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Un jour dans l'histoire

Les grandes heures de la tapisserie bruxelloise

Un Jour dans l'Histoire

Les grandes heures de la tapisserie bruxelloise

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La tapisserie bruxelloise est, au Moyen-Âge, l’art qui fait a renommé de la ville dans toute l’Europe. Laurent Dehossay revient sur les grandes heures des tapissiers bruxellois avec son invité du jour, l’historien Roel Jacobs.

16 mai 1528 : rififi dans le petit monde de la tapisserie bruxelloise. Des fraudes ont été constatées de la part de grands ateliers à grand succès qui proposeraient, sur le marché international, des produits à moindre coût, à côté de leur production de haute qualité. Les œuvres sont contrefaites, partiellement peintes au lieu d’être tissées. De nombreuses tapisseries sont saisies, c’est la crise dans ce secteur vital pour la capitale du duché des Pays-Bas espagnols.

Le 16 mai, donc, le magistrat de Bruxelles, sous la pression de la Gouvernante générale Marguerite d’Autriche, décide d’obliger les fabricants à signer leur travail et à y indiquer une marque représentant la ville. Deux B rouges (unique couleur de la ville à l’époque) entrecroisés qui signifient "Bruxella in Brabantia". Ils doivent référence chaque tapisserie (qu’on appelle aussi drap, à l’époque) dans un registre officiel. Il faut dire qu’on ne rigole pas avec cet artisanat de luxe.

Des ducs de Brabant aux ducs Bourgogne, en passant par la cour de l’empereur Charles Quint, le drap de Bruxelles est très en vogue durant toute la période qui chevauche le Moyen-Âge et les Temps Modernes, et voyage jusqu’à la cour du roi de France ou du pape à Rome, du château de Cracovie aux demeures londoniennes d’Henry VIII. C’est le produit de prestige le plus cher qui existe en Europe à ce moment-là.

Du drap, qu’on ne met pas sur son lit mais que l’on porte bien comme vêtement, l’art du textile passe à la tapisserie décorative. Si Arras et Tournai ont été des centres tapissiers majeurs, c’est bien Bruxelles qui sort son épingle du jeu. L’industrie fait vivre un tiers des habitants et habitantes de la ville, et se repose avant tout sur sa qualité plutôt que sa quantité.

Les tapisseries bruxelloises de Charles Quint sont des œuvres très importantes, qui symbolisent la force du pouvoir de l’empereur. De grands noms de la peinture flamande sont en réalité d’abord des dessinateurs de modèles (appelés cartons) de tapisserie, comme Bernard van Orley. D’autres peintres reconnus seront appelés à produire des cartons, comme Brueghel ou Vermeer.

La Battaille de Pavia en 1525, et la victoire de Charles Quint sur la France, représentée en tapisserie par Bernard van Orley.
La Battaille de Pavia en 1525, et la victoire de Charles Quint sur la France, représentée en tapisserie par Bernard van Orley. © De Agostini via Getty Images – DEA / A. DAGLI ORTI

Si les tapisseries bruxelloises ont fait le tour du monde, on peut évidemment encore en admirer chez nous. On peut en voir au Musée Art et Histoire au Cinquantenaire, et au musée de la Ville de Bruxelles. Certaines sont aussi conservées dans la salle du conseil communal de l’hôtel de ville, pour laquelle elles ont été réalisées sur mesure et où elles ont toujours été pendues depuis leur conception.

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