Culture & Musique

"Les gros théâtres sont encore aux mains des hommes", Bénédicte Linard sur la parité dans les arts de la scène

26 juil. 2022 à 08:42 - mise à jour 26 juil. 2022 à 11:28Temps de lecture3 min
Par Renaud Verstraete sur la base d'une interview menée par Martin Bilterijs

En octobre 2020, un rapport à l'initiative d'Écarlate La Cie, mené conjointement par l’UCLouvain, l’Uliège et La Chaufferie-Acte 1, mettait en évidence le peu de représentativité des femmes et des minorités dans le secteur des arts de la scène. Les conclusions de cette première étude chiffrée étaient claires : les femmes et les minorités sont sous-représentées sur les planches, en coulisses et dans les directions des théâtres de la Fédération Wallonie Bruxelles.

En 2020, les femmes se partageaient 20% des postes de direction et ne contrôlaient que 18% des budgets dans le secteur des arts de la scène. Si on retrouve aujourd’hui des femmes à la tête de certains théâtres, comme au Rideau de Bruxelles ou à l’Atelier 210, les conseils d’administrations et les postes de direction restent majoritairement masculins.

En 2022, le rapport s’est-il rééquilibré ?

Fin novembre 2021, Bénédicte Linard, la ministre de la Culture annonçait l’adoption du décret relatif aux futures directions des arts de la scène, qui devait permettre d’ouvrir la voie à plus de parité et de transparence. Au micro de Matin Première, la ministre estime que les choses ont évolué favorablement : "Le décret direction met en place des procédures plus transparentes, et permet de donner les mêmes chances aux uns et aux autres parce que l’on sait que moins de femmes se proposent."

En pratique, le décret direction permet, entre autres, de "mettre en place un jury paritaire, de permettre que les mandats de 5 ans soient renouvelables. S’il n’y a pas de femmes qui se présentent dans un appel à candidature, la candidature doit être relancée. Tous ces éléments du décret direction amène à créer les circonstances pour tendre vers plus de parité."

Au niveau des statistiques, la situation semble s’être améliorée. La ministre nuance toutefois les chiffres qui ne reflètent pas la situation sur le terrain : "Si en 2021, 54% d’hommes étaient aux postes de directions, ils étaient en réalité encore aux manettes de 74% du budget. Les gros théâtres sont encore plus aux mains des hommes" conclut-elle.

Tous ces éléments du décret direction amène à créer les circonstances pour tendre vers plus de parité

Les quotas, une solution toute trouvée ?

La question des quotas pour atteindre la parité revient fréquemment sur la table. En 2020, l’Atelier 210 n’avait ouvert les candidatures pour le poste de coordinatrice artistique qu’aux femmes et avait nommé Léa Drouet à la tête du théâtre. Faudrait-il dès lors généraliser des quotas hommes-femmes à toutes les structures culturelles ? Bénédicte Linard rappelle que le décret direction ne fonctionne pas sur base de quotas : "Je pense que les quotas sont des outils temporaires parfois utiles. Ici, on voit que d’autres outils font leur travail. Le fait d’avoir un jury paritaire composé de personnes qui ne sont pas issues de la structure, le fait qu’il y ait une publicité de la candidature, tout ça amène à ce qu’il y ait à la fois plus de candidatures et plus de transparence."

Les quotas sont des outils temporaires parfois utiles

Et en coulisses ?

Au-delà des postes à responsabilités, la question de la parité se pose également pour celles et ceux qui font le théâtre au quotidien. Comment faire en sorte qu’il y ait plus de programmatrices, de comédiennes, de techniciennes, sur scène et en dehors, devant le public et derrière les caméras ? S’il y a une majorité de femmes dans les études artistiques, elles perdent petit à petit leur place dans un environnement professionnel essentiellement masculin. "On travaille aussi à faire en sorte d’augmenter la parité dans ces équipes-là. Différents outils existent. Dans le cinéma par exemple, les jurys aussi sont paritaires. On fait également en sorte de former les instances d’avis à la dimension de genre pour comprendre quels sont les biais que l’on peut mettre en place dans notre société."

Ce ne sont pas uniquement les règles légales qui vont changer les choses

Si la parité dans le secteur culturel reste un combat de tous les jours, la ministre de la Culture se montre optimiste quant à la prise de conscience générale sur ces questions : "Ce ne sont pas uniquement les règles légales qui vont changer les choses. Il se passe quelque chose dans notre monde" conclut-elle.

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