Ensemble pour la planète

Les hôpitaux, gros émetteurs de gaz à effet de serre, en transition

© Tous droits réservés

Les hôpitaux sont souvent pointés comme de mauvais élèves en termes d’écologie. Et pour cause. Si la santé n’a pas de prix, elle a bel et bien une empreinte carbone importante…qui pourrait tripler d’ici 2050 si rien n’est fait. Heureusement, de nombreuses initiatives, permettant de réduire cette empreinte carbone tout en préservant la qualité des soins, voient le jour dans différents hôpitaux belges. C’est le cas aux Cliniques de l’Europe à Bruxelles, où nous avons rencontré Marie Loriaux, qui accompagne les bonnes pratiques au sein de l’établissement.

Le secteur de la santé représente 4,4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre, d’après une étude publiée par la revue médicale The Lancet, en 2020. C’est beaucoup. Et jusqu’ici, le secteur est comme éthiquement épargné de l’effort à consentir pour limiter l’empreinte carbone. "Mais, les mentalités ont changé au sein du monde médical. Il y a une réelle prise de conscience et les établissements bruxellois et wallons se bougent. Chacun à son échelle. Chacun avec ses budgets."

Qu’est-ce qui pose problème ?

Le secteur de la santé, dont les hôpitaux font partie, dépend d’un tas d’autres professionnels et activités qui participent à la chaîne de soins. L’industrie du bâtiment, l’industrie pharmaceutique, le secteur de la mobilité quotidienne, de l’agriculture, du numérique, etc. Il ne peut donc pas être pensé isolément.

"La première source d’émission de gaz à effet de serre provient de notre chaîne d’approvisionnement." Et si Marie n’a pas de chiffre exact pour son établissement, on peut aisément se référer aux données collectées par le Think-Thank The Shift Project en France.

Environ un tiers de l’empreinte carbone du secteur est lié aux achats consommables : les médicaments, le matériel jetable, les repas. Les déplacements sont une autre source majeure d’émission de gaz à effet de serre. Du personnel vers son lieu de travail, mais aussi des patients vers les centres de soins et hôpitaux. Ces déplacements représentent un quart de l’empreinte carbone du secteur. Enfin, les infrastructures constituent le troisième poste important d’émission de gaz à effet de serre. Elles sont très énergivores et représentent également un quart de l’empreinte carbone totale du secteur. "Nous consommons beaucoup de gaz et d’électricité pour répondre aux besoins des patients. Nous devons chauffer. Nous avons des salles qui doivent être ventilées et éclairées en permanence, notamment les salles d’urgences. Des appareils médicaux, des ordinateurs et monitorings qui doivent fonctionner car ils sont liés à la survie du patient, etc."

© The Shift Project

Quelles sont les pistes d’améliorations ?

Présente sur quatre continents, l’ONG Health Care Without Harm, qui guide le mouvement mondial pour des soins de santé respectueux de l’environnement avance 7 grands leviers d’actions pour ne plus dépendre des énergies fossiles : utiliser une électricité 100% renouvelable, investir dans des infrastructures zéro émission, développer des transports propres, miser sur une alimentation agricole résiliente, avoir une production de médicaments bas carbone, mieux gérer les déchets médicaux et améliorer l’efficacité du système de santé. "Notre hôpital, tout comme 5 autres hôpitaux bruxellois, participe au programme Greening the Brussels healthcare sector lancé par l’ONG." Financé par la COCOM, l’objectif de ce programme est de soutenir la transition écologique du secteur de la santé en région de Bruxelles-Capitale. "Tout le monde s’échange les bonnes pratiques à adopter, travaille ensemble dans une ambiance très collégiale."

© Health Care Without Harm

Des actions concrètes au sein des Cliniques de l’Europe

Afin de répondre à l’urgence climatique et à la nécessité de rendre le secteur de la santé plus résilient, en janvier 2022, les Cliniques de l’Europe ont créé un groupe de travail multidisciplinaire, baptisé GreenEurope. "À la base, c’était pour recenser et partager les bonnes pratiques déjà en place, mais ça a pris une tout autre ampleur." Aujourd’hui, 14 collaborateurs, avec des profils très différents au sein des Cliniques de l’Europe, se rassemblent chaque mois pour avancer sur 6 thèmes principaux : les achats durables, la gestion des déchets, la consommation de l’eau, la consommation d’énergie, la biodiversité et la mobilité. "En quelques mois, les résultats sont très enthousiasmants."

© Tous droits réservés

Pour minimiser l’impact environnemental de leur énorme besoin en énergie, l'entité a installé de nombreux panneaux solaires, en partenariat avec Sun For Schools, isole ses façades et remplace ses châssis doubles vitrage par des châssis dernière génération lors de travaux de rénovation. "On a également lancé la campagne Switch Off concernant la lutte contre le gaspillage d’énergie au sein de l’hôpital. Le but est de sensibiliser le personnel à éteindre la lumière, son ordinateur, l’imprimante ou encore le chauffage lorsqu’il quitte une salle."

Pour limiter leur quantité gigantesque de déchets envoyés directement vers l’incinérateur, les Cliniques de l’Europe ont installé des poubelles de tri sélectif un peu partout dans l’hôpital, notamment dans les espaces de soin. "Jusqu’à il y a peu, tous les déchets étaient incinérés. Les déchets médicaux dangereux, évidemment, mais aussi tous les autres déchets ménagers. Il n’y avait pratiquement aucun tri sélectif." Mais Marie aimerait aller plus loin, notamment avec l’entreprise belge Ecosteryl, leader mondial dans le traitement des déchets hospitaliers. "Aujourd’hui, une pince en métal utilisée lors d’une intervention est jetée à la poubelle et file directement vers l’incinérateur." Il existe pourtant des alternatives. "Ecosteryl a créé une machine capable de traiter ce type de déchets et de les recycler. Quand j’en parle autour de moi, tout le monde me dit que c’est une super idée ! Mais, ça coûte très cher, et rien ne bouge." Concernant leur matériel informatique désuet, celui-ci est désormais envoyé dans l’entreprise de recyclage Out Of Use. "Une entreprise qui crée de l'emploi pour des profils non-diplômés et qui revalorise les matières électroniques non utilisées."

Au sujet des repas, les Cliniques de l’Europe souhaitent prendre le chemin d’une alimentation saine et variée, produite localement et dans le respect de l’environnement, du bien-être animal et de bonnes conditions de travail. "Nous sommes candidats au label Good Food de Bruxelles-Environnement. Notre souhait est d’obtenir le label au niveau "1 fourchette" pour le restaurant du personnel de nos deux sites."

Au niveau de la biodiversité, l'hôpital a également lancé différentes initiatives et pourrait bientôt rejoindre le réseau nature Natagora. Il a par exemple remplacé ses plantes invasives par des espèces indigènes, placé une couverture de sol sur leurs espaces verts pour maintenir l’humidité des sols afin d’arroser le moins possible, installé un hôtel à insectes ou encore créé des nichoirs avec leurs patients en psychiatrie. "Ils ont adoré ça !"

Enfin, en termes de mobilité, les Cliniques de l’Europe participent au Bike Project avec Bruxelles-Environnement et Pro Vélo. "Notre personnel peut tester des vélos et est accompagné pour adopter ce mode de transport au quotidien. Et ça marche ! Certains de mes collègues ont délaissé leur voiture pour leur déplacement domicile-travail." Elles explorent également de nouvelles solutions pour leurs transports logistiques.

© Tous droits réservés

Label Entreprise Ecodynamique

Toutes ces initiatives mises en place au sein de leurs établissements nourrissent leur candidature au Label Entreprise Ecodynamique de Bruxelles-Environnement. Un label qui récompense et encourage les entreprises, associations et institutions bruxelloises qui agissent pour réduire l’impact de leur activité sur l’environnement. "On a entre 12 et 18 mois pour l’obtenir, ce qui est assez confortable. Mais, au final, ce n’est pas tant l’obtention du label qui compte, mais plutôt notre transition. On veut changer les choses et de façon définitive." Les Cliniques de l’Europe pourraient ainsi rejoindre les Cliniques universitaires Saint-Luc, actuellement le seul hôpital bruxellois à avoir obtenu le label.

Un lieu qui s’adapte à son époque

Marie Loriaux a la chance de pouvoir consacrer une grande partie de son temps à la coordination des projets écoresponsables au sein des Cliniques de l’Europe. Ce qui n’est pas forcément le cas dans d’autres institutions. "Imaginons que Monsieur Alain Maron souhaite vraiment que les hôpitaux à Bruxelles puissent se mobiliser et qu’il offre au moins un mi-temps à chaque hôpital bruxellois, qui serait coordinateur de la transition écologique, ça pourrait avoir un impact énorme." De plus, selon elle, ce genre d’initiatives positives pourraient redonner un souffle positif dans un secteur en difficulté. "Le personnel est en pénurie, en souffrance. Apporter cette thématique dans la joie peut être un moyen de remotiver les travailleurs. Cela peut aussi avoir son importance pour attirer les nouvelles générations, d’autant plus sensibles à la cause environnementale."

© Tous droits réservés

Adepte du principe du colibri, Marie rêve d’un monde où l’hôpital serait un acteur respectueux de l’environnement, engagé dans sa région et inspirant pour ses visiteurs. "Si chaque hôpital entame une transition écologique, intègre l’aspect de durabilité dans ses marchés publics, fait pression sur ses fournisseurs, etc. je pense que ce chiffre de 4,4%, on peut le diminuer ensemble."

Ensemble pour la planète, des contenus pour comprendre et agir à retrouver sur RTBF. be et RTBF AUVIO !

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous