Les invisibles: un documentaire plaidoyer pour l’amour et la liberté

Les invisibles

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13 avr. 2021 à 10:46Temps de lecture2 min
Par Anne Schiffmannn

Des femmes et des hommes, nés dans l’entre-deux-guerres, ont choisi de vivre leur homosexualité au grand jour, à une époque où la société les rejetait. Aujourd’hui, ils racontent ce que fut leur vie insoumise, faite d’amour et de liberté, malgré les jugements.

Les invisibles : un documentaire de Sébastien Lifshitz à voir sur Auvio

César du Meilleur documentaire en 2013, Les Invisibles a été réalisé par Sébastien Lifshitz à qui l’on doit aussi le très beau film " Adolescentes " César du Meilleur documentaire 2021 et diffusé récemment sur La Trois. 

Ce talentueux réalisateur part ici à la rencontre de Thérèse, Catherine, Pierre, Yann et les autres: une poignée de femmes et d’hommes qui n’ont eu peur de rien. Ils sont nés dans les années 30. Ils ont assumé l’homosexualité à une époque où elle était encore tellement taboue. Ils ont aimé, lutté, désiré, fait l’amour. Ils se sont autorisé cette liberté pour s’épanouir, malgré le regard, le jugement et parfois l’exclusion familiale ou sociale. Aujourd’hui, les choses ont changé mais le rejet et la discrimination existent encore et des réflexions sont d'ailleurs menées pour savoir comment éduquer dès le plus jeune à la lutte contre l’homophobie. 

Mais de leur temps, on ne parlait pas de tout ça en famille et surtout pas à l’école. Les un.e.s et les autres racontent les doutes qui les ont envahis à l’adolescence, tant à l’époque l’homosexualité était mal vue. Jusqu’en 1981, on parlait même de maladie psychiatrique. Malgré tout ce poids, ils et elles ont arrêté de se cacher et nous racontent cette vie empreinte d’une liberté incroyable, à contre-courant de la bien-pensance.

Quand il a rencontré Yann, Pierre n’avait jamais eu de relation amoureuse. Lui, enfant d’une famille catholique pratiquante, s’est toujours senti plus attiré par les garçons mais il vivait cela en secret et dans la culpabilité. Jusqu’au grand jour de cette rencontre qui a changé sa vie.

La marginalité nous rendait libre

Deux femmes nous racontent leur grande histoire d’amour qui a débuté au travail et qui dérangeait leur patron. Au point d’avoir été licenciées. Elles ont fait le tour du monde, vivant de rien. " La marginalité nous rendait libre " disent-elles.

Monique, le regard perçant et assuré, la voix si vive et passionnée, explique que revendiquer son homosexualité était alors tout simplement scandaleux. Mais aussi loin qu’elle s’en souvienne, elle a toujours été attirée par les filles. " Ce n’est pas un choix : c’est inscrit en moi ". Elle a eu la force d’assumer qui elle était, sans doute grâce à ce père qui l’a acceptée. Une chance dont elle est encore tellement reconnaissante aujourd'hui.

le plaisir c’est qui vous équilibre et vous rend apte à aimer les autres

Thérèse n’a eu cette force qu’à l’âge de 40 ans, après un mariage et 4 enfants. Avec mai 68, " j’ai commencé à faire bouger mes petites ailes " raconte-t-elle. Elle est devenue militante féministe et pour la libération de l’avortement et de la contraception. Et puis ses compagnes de lutte sont devenues ses partenaires sexuelles. " J’ai appris le plaisir avec les femmes, et le plaisir c’est qui vous équilibre et vous rend apte à aimer les autres ". C’est si joliment dit.

Avec une parole tout à fait décomplexée et libérée, ces femmes et ces hommes d’un certain âge, nous parlent de désir, de plaisir et d’amour en toute simplicité. Une parole rare. C’est sans artifice et sans tabou, c’est tendre, vrai et sensible à la fois.  

Production : Zadig Films

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