Monde

Les jeunes Iraniens contournent le blocage du Web grâce notamment au réseau Starlink d’Elon Musk

© AFP or licensors

22 oct. 2022 à 05:00 - mise à jour 22 oct. 2022 à 09:52Temps de lecture3 min
Par Mathieu Van Winckel

Voilà une révolte qui ne se montre pas. Les images de la répression en cours en Iran sont d’une qualité médiocre. De courtes vidéos filmées souvent de loin avec des téléphones par des gens qui visiblement n’ont aucune compétence de vidéaste. Des images compressées pour passer plus facilement sur les réseaux sociaux. Les médias du monde entier doivent se contenter de ça depuis plusieurs semaines. La "révolte des voiles" se donne quasiment à huis clos, parce que le régime des Mollahs a coupé Internet au début de la répression. Une répression sanglante.

Des jeunes femmes, des étudiantes, des hommes aussi qui demandent plus de libertés pour les femmes, sont abattus, tantôt dans les rues, tantôt dans les écoles.

La révolte a commencé le 16 septembre dernier, quand les Iraniens apprennent la mort de Masha Amini, jeune femme arrêtée par la police des mœurs pour ne pas avoir porté correctement son voile. La jeune femme est décédée après son passage au commissariat. Les manifestations qui ont suivi ont laissé éclater la colère d’une partie des femmes iraniennes. Elles brûlent leur voile, se promènent les cheveux à l’air et osent danser et chanter en public, ce qui est strictement interdit par les autorités.

Une Iranienne malmenée et emportée par la police le 12 octobre 2022 à Rasht
Une Iranienne malmenée et emportée par la police le 12 octobre 2022 à Rasht © AFP or licensors

Passer par les mailles du filet

Les Iraniens exilés sont inquiets. Ils tentent par tous les moyens d’avoir des nouvelles de leurs familles. Le téléphone n’est pas une solution parce que, comme l’explique Alemi Azadeh, une Iranienne installée en France depuis des années, "on a peur d’être sur écoute. On sait que le régime surveille tout. Et surtout les communications entre les familles et les expatriés qui militent contre le régime. Je ne sais même pas si ma famille participe aux manifestations. On communique par WhatsApp, mais sans Internet c’est impossible de savoir ce qu’il se passe."

Et pourtant, des images nous parviennent. Pas nombreuses et imprécises. Cela veut dire qu’il y a des failles dans la censure iranienne. Le premier filon nous est expliqué par Assan Habibi, exilé iranien de longue date en Europe. Il tente d’obtenir des informations sur les prisonniers politiques en Iran, leurs conditions de détention, leur état de santé, les actes de tortures, etc.

Il explique qu’il "faut comprendre que le régime des Mollahs ne peut pas se couper totalement d’Internet. Les autorités peuvent couper les accès de la population mais les administrations et entreprises doivent encore pouvoir travailler. Même si le débit de ces connexions est faible, certains jeunes se débrouillent pour faire passer des vidéos par un contact dans les administrations, par exemple. Tous les fonctionnaires ne sont pas des défenseurs du régime. Alors ils désobéissent discrètement."

Une Iranienne défie le pouvoir à Téhéran en se faisant prendre en photo, sans voile derrière un religieux, le 11 octobre 2022.
Une Iranienne défie le pouvoir à Téhéran en se faisant prendre en photo, sans voile derrière un religieux, le 11 octobre 2022. © AFP or licensors

Mais seuls les plus débrouillards y parviennent. Une fois la connexion clandestine trouvée, il faut encore accéder aux sites liens de contacts avec l’étranger. Le régime a bloqué l’accès à plusieurs systèmes de messagerie. Les Iraniens utilisent alors des "réseaux privés virtuels" (VPN) qui masquent l’adresse IP des utilisateurs pour accéder aux contenus bloqués.

Du matériel StarLink d’Elon Musk serait entré clandestinement en Iran

L’autre filon nous est glissé dans l’oreille par d’autres Iraniens en exil en Belgique. Selon eux, des images auraient été envoyées grâce à des terminaux StarLink introduit clandestinement dans le pays. Ce réseau de satellite signé Elon Musk a déjà beaucoup fait parler de lui en fournissant des accès Internet en Ukraine. Un système qui permet d’être connecté avec le reste du monde sans que les Etats ne puissent intervenir.

Cette information semble se confirmer avec de plus en plus de photos de matériel StraLink présent en Iran. Et puis CNN donne ce vendredi soir la confirmation finale. Selon le média américain, le président Joe Biden a demandé à Elon Musk de fournir de la connexion à l’Iran. Et il y a du travail puisqu’en plus de faire entrer des terminaux StarLink clandestinement en Iran, il faut que les satellites passent au-dessus du pays et garantissent un flux suffisant.

Une solution qui a montré son efficacité sur le champ de bataille ukrainien mais qui pourrait s’avérer dangereuse pour la population en Iran. Le régime ne se laissera pas faire : l’utilisateur d’un système VPN risque plusieurs années de prison, s’il se fait attraper. Les sanctions qui ne manqueront pas de toucher aussi les citoyens qui tenteront de se connecter au système StarLink.

Inscrivez-vous aux newsletters de la RTBF

Info, sport, émissions, cinéma...Découvrez l'offre complète des newsletters de nos thématiques et restez informés de nos contenus

Sur le même sujet

Articles recommandés pour vous