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Les jeux vidéo sont-ils de l'art ? Une exposition allemande pose la question

L'installation "SHE KEEPS ME DAMN ALIVE" de Danielle Brathwaite-Shirley est incluse dans l'exposition "WORLDBUILDING: Gaming and Art in the Digital Age".

© Alwin Lay / the JULIA STOSCHEK COLLECTION exhibitions

17 juin 2022 à 07:42Temps de lecture2 min
Par Samuel Camus avec AFP

Le regretté journaliste américain Roger Ebert a autrefois déclaré que "les jeux vidéo ne seront jamais de l'art". La Julia Stoschek Collection à Düsseldorf n'est pas de cet avis. L'institution culturelle allemande leur consacre actuellement une exposition entière qui montre comment les jeux vidéo s'intègrent de plus en plus dans la culture visuelle contemporaine.

Pour Hans Ulrich Obrist, le curateur "WORLDBUILDING: Gaming and Art in the Digital Age", les jeux vidéo sont aux XXIème "ce que les films étaient au XXème siècle et les romans au XIXème siècle". Pour étayer ses dires, il a sélectionné une trentaine d'oeuvres multimédia qui élèvent l'univers du gaming au rang d'art. Certaines sont issues de la Julia Stoschek Collection et ont été spécialement adaptées pour l'exposition, tandis que d'autres ont été commissionnées pour l'occasion.

Les œuvres incluses dans "WORLDBUILDING" sont très différentes les unes des autres en termes d'échelle, de portée et d'objectif, mais aussi de forme et de fonction. Quelques-unes comme "SHE KEEPS ME DAMN ALIVE" de Danielle Brathwaite-Shirley sont de véritables jeux vidéo. Dans cette installation, l'artiste britannique sensibilise le grand public sur la condition des personnes transgenres noires. Elle le met au défi de protéger cette communauté marginalisée dans trois scénarios, à savoir l'océan, le donjon et la ville. Les visiteurs sont munis d'un pistolet rose, dont la texture rappelle celle d'un cerveau, pour éliminer les menaces qui pèsent contre les personnages du jeu. Ce n'est pas une invitation à tirer à vue, mais plutôt à s'interroger sur le pouvoir (illusoire) que confère une arme à feu. 

Changement d'ambiance avec "The Great Adventure of Material World" de Lu Yang. Cette installation en trois panneaux ressemble, au premier abord, à un jeu de rôle classique. Les visiteurs sont invités à incarner le personnage du Chevalier du monde matériel. Le but ? Accomplir plusieurs quêtes tout en combattant des ennemis. Mais, comme dans toutes les œuvres de Lu Yang, le jeu n'est qu'un prétexte pour aborder des thématiques existentialistes. "[Nous] créons diverses idéologies, états mentaux et systèmes sociaux afin de rationaliser et de justifier le monde matériel", explique l'artiste chinois par le biais d'un de ses autres personnages, Uterus Man. 

L'exposition "WORLDBUILDING" montre comment les artistes visuels s'appuient sur l'esthétique des jeux vidéo pour aborder des questions liées à notre existence à travers les mondes virtuels. Il faut dire que les internautes y consacrent de plus en plus de temps. Ils passeraient quotidiennement 6 heures et 58 minutes sur Internet, selon les données de GWI. Il ne fait nul doute que certaines de ces heures sont consacrées au gaming, comme le souligne Hans Ulrich Obrist. "En 2021, 2,8 milliards de personnes - soit près d'un tiers de la population mondiale - ont joué à des jeux vidéo, faisant d'un passe-temps de niche le plus grand phénomène de masse de notre époque. De nombreuses personnes passent des heures chaque jour dans un monde parallèle et vivent une multitude de vies différentes", a-t-il déclaré dans un communiqué. 

Les amateurs d'art pourront découvrir les créations d'Ed Atkins, JODI, Peggy Ahwesh, Lawrence Lek, Meriem Bennani et Cao Fei incluses dans "WORLDBUILDING" jusqu'au 10 décembre 2023 à Julia Stoschek Collection à Düsseldorf. L'exposition sera ensuite présentée au Centre Pompidou-Metz de juin 2023 à janvier 2024.


AFP

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