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Les NFT font leurs premiers pas à la biennale de Venise grâce au Cameroun

Le pavillon du Cameroun à la prochaine biennale de Venise mettra à l’honneur les NFT, ces certificats de propriété numérique dont l’authenticité est vérifiée par la technologie blockchain.

© Photographie Barabanschikow Alexander / Shutterstock

Une petite révolution a bousculé le monde de l’art depuis près d’un an. Son nom : NFT, jeton non-fongible. Après d’être invitée à la dernière édition de la foire d’art contemporain Art Basel Miami, cette technologie basée sur la blockchain fait ses premiers pas à la biennale de Venise grâce au pavillon national du Cameroun.

Pour sa première participation à la biennale de Venise, le Cameroun a vu les choses en grand. Il a laissé le soin aux curateurs Paul Emmanuel Loga Mahop et Sandro Orlandi Stagl d’imaginer son pavillon national, qui aura pour thème "Le temps des chimères" ("The Time of the Chimeras").

A cette occasion, le pays présentera deux expositions réparties sur deux sites, l’une au lycée d’art Michelangelo Guggenheim et l’autre au palais Ca' Bernardo. La première mettra en avant les œuvres de huit artistes camerounais et internationaux comme Francis Nathan Abiamba, Angéle Etoundi Essamba et Umberto Mariani. La seconde sera dédiée aux NFT, ces certificats de propriété numérique dont l’authenticité est vérifiée par la technologie blockchain.

Cette exposition est organisée par Global Crypto Art DAO, un collectif venant en aide aux crypto-artistes émergents via la communauté du DAO (organisation autonome décentralisée, ndlr). Y participeront une vingtaine d’artistes venant du Royaume-Uni, du Brésil, de Chine, d’Espagne… mais aucun du Cameroun. Sandro Orlandi Stagl affirme toutefois que cette exposition, dédiée aux NFT, "représente une échappatoire et un développement possibles pour les jeunes générations camerounaises", comme il l’a expliqué à la publication spécialisée Artnet News.

Un vecteur d’émancipation ?

Beaucoup d’artistes africains nourrissent l’espoir que les NFT puissent remettre en question le modèle commercial des maisons d’enchères et des galeries d’art, resté incontesté depuis des années. Ils y voient également une opportunité d’accéder sans intermédiaire à des collectionneurs internationaux à travers des plateformes de vente comme Nifty Gateway et OpenSea.

Osinachi est de ceux-là. Cet artiste nigérian s’est tourné vers la blockchain en 2017, alors que le marché de l’art traditionnel regardait d’un mauvais œil ses œuvres pop art réalisées sur Microsoft Word. Quatre ans plus tard, ses tableaux s’arrachent à plusieurs dizaines de milliers d’euros sur Internet, faisant d’Osinachi l’un des crypto-artistes africains les plus cotés. Il a exposé certaines de ses créations numériques dans l’exposition virtuelle "Reload…", que la foire nigériane Art X a lancé en novembre dernier avec la plateforme SuperRare pour montrer comment les artistes du continent se saisissent de cette nouvelle technologie.

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Mais les NFT ne sont pas (encore) synonymes d’émancipation pour tous. Un rapport d’Art Tactic, cité en novembre dernier dans The Art Newspaper, révèle que le marché de ces jetons virtuels profite essentiellement aux artistes américains, britanniques et canadiens. Ils concentrent à eux seuls 73% des ventes de NFT réalisées sur la plateforme spécialisée Nifty Gateway durant les derniers 21 mois. Leurs homologues originaires d’Afrique et d’Amérique latine ne représentent, eux, que 3,6% des transactions analysées.

L’Afrique se saisit des NFT

Cela ne décourage pas certains entrepreneurs africains de tenter leur chance avec les NFT. C’est le cas de Jepchumba, une artiste originaire du Kenya. Cette fervente promotrice des technologies créatives en Afrique a récemment créé Nandi, une plateforme d’acquisition de NFT privilégiant les artistes d’Afrique et de sa diaspora. Pour Jepchumba, cette initiative souligne à quel point il est grand temps pour le continent africain de se saisir de cette nouvelle technologie. "Je pense que [les artistes africains] ne devraient pas laisser passer ce moment. Il y a quelque chose dans la culture africaine qui est intimement lié à la technologie, mais étant donné que la technologie est axée en dehors de l’Afrique, nous passons toujours à côté", a-t-elle déclaré au média numérique Contemporary And.

En Afrique, les artistes et les entrepreneurs ne sont pas les seuls à surfer sur la vague des NFT. Près de 14% des internautes nigérians déclarent posséder un objet numérique sous forme de NFT, d’après une enquête du site Finder.com. Ils sont aussi 21,7% à vouloir en acheter prochainement. Il n’est pas étonnant que les Nigérians soient tentés par ce type d’investissement. En ces temps de crise économique et de dévaluation du naira, beaucoup perdent confiance dans leur devise nationale et préfèrent investir dans les cryptomonnaies et les NFT. Le géant ouest-africain n’est pas le seul à observer cet engouement populaire. L’ensemble du marché africain des cryptomonnaies a connu une croissance de plus de 1.200% en 2020, d’après Chainalysis Insights. Une aubaine pour les artistes du continent qui hésitent encore à se saisir des NFT.

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