Opéra

Les Oiseaux de Walter Braunfels : un opéra à (re)découvrir

© Klara Beck @ ONR

Nicolas Blanmont a assisté à Strasbourg à la création française des Oiseaux de Walter Braunfels, redécouvert il y a presque un quart de siècle et enregistrée par Lothar Zagrosek pour la série que Decca avait consacrée aux compositeurs injustement bannis par les Nazis.

Redécouverte des Oiseaux de Walter Braunfels

Entartete Musik, musique dégénérée. Pour les Nazis, ce fut un label d’infamie : des compositeurs mis au ban de la vie musicale parce qu’ils étaient trop modernes (la seconde école viennoise), trop à gauche (on parlait de bolchevisme musical), trop ouverts aux nouvelles tendances et notamment au jazz (qualifié de " musique de nègre ") ou, surtout et tout simplement, parce qu’ils étaient juifs.

Durant les années 90, Decca eut l’intelligence et l’audace de consacrer toute une collection à ces compositeurs injustement bannis. La firme anglaise produisit une trentaine de références, dont nombre d’opéras, et remit à l’avant-plan les noms de Korngold, Schrecker, Zemlinsky, Goldschmidt, Schulhoff, Krasa, Eisler ou encore Braunfels. Tant et si bien que l’étiquette autrefois infamante de Entartete Musik devint pour les mélomanes un label de qualité, permettant de découvrir des œuvres puissantes et le plus souvent très accessibles. C’est qu’on s’aperçut aussi que nombre de ces compositeurs, bien moins radicaux que les atonalistes et dodécaphonistes, avaient également été ignorés après le nazisme, parce que jugés trop conservateurs par l’idéologie musicale dominante.

Walter Braunfels (1882-1954) est de ceux-là qui, plus encore que de son exil intérieur (il était considéré comme antinazi et "demi-juif"), souffrit de l’indifférence et de l’ignorance dans laquelle fut accueillie sa musique après que Konrad Adenauer l’a réinstallé en 1945 à la tête du Conservatoire de Cologne qu’il avait été forcé de quitter douze ans plus tôt.

Création française de l’opéra

Depuis son enregistrement par Lothar Zagrosek pour la série de Decca, Die Vögel (Les Oiseaux) a retrouvé peu à peu le chemin des scènes, en Allemagne mais aussi en dehors. Après Cologne en décembre dernier, c’est l’Opéra du Rhin qui en propose actuellement une nouvelle production, qui marque également la création française de l’œuvre (en Belgique, elle n’a toujours pas été jouée apparemment). Cet opéra créé en 1920 à Munich sous la direction de Bruno Walter est une splendeur : partition très riche dans la lignée de Wagner et de Richard Strauss mais avec une dimension onirique et poétique supplémentaire, mais aussi livret passionnant mêlant satire et philosophie. Inspirée d’une pièce d’Aristophane, l’histoire est en effet celle d’une tentative de révolte des oiseaux qui veulent créer leur ville idéale et s’affranchir de la tutelle des dieux. Tentative vite matée on l’aura deviné.

Théâtralement, on est déçu par la mise en scène de Ted Huffman (qui avait si bien réussi The time of our singing à la Monnaie). Son choix de transposer l’action dans un grand bureau paysager et de faire des oiseaux des employés se révoltant contre la société qui les emploie se révèle inutilement réducteur : il prive l’œuvre de toute sa dimension fantastique sans pour autant la rendre plus lisible pour le public d’aujourd’hui. Par contre, la réalisation musicale est splendide : direction expressive et luxuriante à souhait du jeune chef ouzbèke Aziz Shokhakimov, et belle distribution avec notamment Marie-Eve Munger (le Rossignol), Tuomas Katajala (Bonespoir), Cody Quattlebaum (Fidèlami) ou Josef Wagner (Prométhée).

Extraits de l’œuvre et compte rendu du spectacle à retrouver dans la soirée Opéra sur Musiq3 ce samedi 29 janvier à 20h.

Le spectacle se donne encore à l’Opéra de Strasbourg ce 30 janvier et à Mulhouse (La Filature, 20 et 22 février). Il sera également visible sur la plateforme Arte TV Concert dès le 10 février et diffusé par France Musique le 19 février.

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