Les oubliés de la pandémie

Philippe Walkowiak
11 mars 2021 à 10:59Temps de lecture2 min
Par Philippe Walkowiak

Une augmentation de 6 € par mois. Maximum. Brut. Après souvent avoir pris des risques, travaillés dans des conditions difficiles pour une entreprise à laquelle la crise sanitaire aura permis d’augmenter les bénéfices comme les dividendes versés aux actionnaires. C’est ce que peut accorder une entreprise à un travailleur au salaire minimum.

Loi inadaptée

En effet, la loi bloque toute augmentation " décente " dans des secteurs en bénéfice. Une loi prise en 1996 sous le gouvernement Dehaene-Di Rupo et encore renforcée par le gouvernement Michel-Jambon en 2017. La volonté était alors d’empêcher des augmentations de salaire qui auraient pu mettre à mal certaines entreprises. En liant le sort de tous les travailleurs du privé, cette loi et son durcissement par le gouvernement Michel ont finalement bloqué l’ensemble de la concertation sociale. Un blocage que la pandémie a encore rendu plus criant.

Le Conseil Central de l’économie recommande une hausse de 0,4%, sur deux ans. Impayable dans certains secteurs, même les syndicats le reconnaissent mais une " dringuelle " indécente dans secteurs (grande distribution, chimie, pharmacie) à qui la pandémie " a profité ".

Or ce que consacre une loi, seule une autre loi peut le modifier.

Tensions politiques en vue

En programment une grève le 29 mars, les syndicats tentent de faire pression. La marge de manœuvre reste toutefois étroite.

Pourtant, le gouvernement Wilmès avait pris la décision d’accorder 600 millions au personnel soignant, juste après la première vague. Il est vrai quelque peu poussé dans le dos par des partis qui négociaient simultanément un accord de gouvernement et qui se sont accordés sur un " geste ", taxé par ailleurs !

Les syndicats comptent sur un nouveau " geste " gouvernemental, tant cette loi est inadaptée aux réalités de l’heure.

Mais les libéraux et le CD&V ont obtenu que la déclaration gouvernementale verrouille toute modification de la loi qui encadre les salaires, plaçant l’aile gauche du gouvernement en porte-à-faux. Le PTB n’attend que cela.

Mais l’ensemble de l’économie reste en état précaire, même si les secteurs en bonne santé se cachent derrière les plus fragilisés.

Les patrons ont la loi et les incertitudes du futur pour eux. On ignore de quoi sera fait le monde de demain. Faute d’accord entre interlocuteurs sociaux, la délicate question va se retrouver sur la table du gouvernement. Les libéraux et le CD&V peuvent en outre compter sur le soutien de la N-VA sur cette question. Il y a donc une majorité en Flandre pour ne pas donner suite aux revendications syndicales. PS et ECOLO ne peuvent rester les bras ballants mais risquent de ne pas pouvoir peser.

Pendant ce temps, la Croix-Rouge fait savoir que 40% des Francophones de Ce Pays connaissent des difficultés financières… Oubliés.

@PhWalkowiak

Belgique: grève nationale le 29 mars (JT 10/03/2021)

Secteur privé / Grève nationale le 29 mars

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