Exposition - Musées

Les Pays-Bas affrontent leur passé colonial à travers une nouvelle exposition

Chaîne d’esclaves issue de l’exposition "Slavery" au Rijksmuseum d’Amsterdam

Il s’agit d’une page encore taboue de l’histoire néerlandaise. Le Rijksmuseum d’Amsterdam présente jusqu’au 29 août une exposition inédite consacrée à l’esclavage. C’est la première fois que le musée se penche sur le passé esclavagiste du pays européen.

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Dix histoires vraies pour aborder un sujet inextricablement lié à l’histoire des Pays-Bas : l’esclavagisme. L’exposition "Slavery" du Rijksmuseum retrace la vie de dix individus venant du Brésil, du Suriname et des Caraïbes, qui ont tous joué un rôle dans la traite négrière néerlandaise. On retrouve parmi eux un serviteur africain amené contre son gré aux Pays-Bas ou encore un industriel du sucre amstellodamois. "En se concentrant sur dix histoires personnelles véridiques, l’exposition donne un aperçu de la façon dont les individus ont fait face à l’injustice légalisée", souligne Valika Smeulders, responsable du département historique du Rijksmuseum.

Afin de plonger encore plus les visiteurs dans la mémoire de la servitude, le musée mettra à leur disposition des audioguides narrés par des personnalités comme le kickboxeur néerlando-surinamais Remy Bonjasky, la pianiste Anastacia Larmonie et l’actrice néerlandaise Joy Delima. Tous entretiennent un lien avec l’un des dix individus dont l’exposition raconte l’histoire de par leurs expériences personnelles.

"Surapati and an Enslaved Female Servant with the Cnoll Family" de Jacob Coeman fait partie de la nouvelle exposition du Rijksmuseum d’Amsterdam, intitulée "Slavery".
"Surapati and an Enslaved Female Servant with the Cnoll Family" de Jacob Coeman fait partie de la nouvelle exposition du Rijksmuseum d’Amsterdam, intitulée "Slavery". Image Courtesy of the Rijksmuseum

Par ailleurs, "Slavery" comprendra des artefacts, des peintures et des documents d’archives uniques provenant de musées nationaux et internationaux, tels que le Nationaal Museum voor Wereldculturen, le British Museum, la National Gallery of Denmark et les Iziko Museums d’Afrique du Sud. Des objets ayant appartenu à d’anciens esclaves seront également exposés au Rijksmuseum, une grande première pour l’institution muséale.

Exposition "Slavery" au Rijks Museum
Exposition "Slavery" au Rijks Museum AFP or licensors

Repenser l’héritage post-colonial

Pour Taco Dibbits, directeur du Rijksmuseum, cette démarche est d’autant plus importante que l’esclavage et la traite négrière sont trop peu abordés dans le récit national néerlandais. "Le Rijksmuseum est le musée national d’art et d’histoire [des Pays-Bas]. L’esclavage fait partie intégrante de notre histoire. En approfondissant ce sujet, nous pouvons nous faire une idée plus complète de notre histoire et mieux comprendre la société d’aujourd’hui", affirme-t-il.

En plus de monter l’exposition "Slavery"*, le Rijksmuseum a entrepris d’ajouter un cartel supplémentaire à plus de 70 pièces de sa collection afin d’expliquer leur lien, jusqu’ici méconnu, avec l’esclavage. Cette décision fait écho aux nombreuses initiatives entreprises, ces dernières années, par d’autres institutions muséales pour se pencher sur le passé colonialiste des Pays-Bas. Le musée d’Amsterdam s’y était attelé à travers l’exposition "Dutch Masters Revisited", pour laquelle des célébrités néerlandaises aux multiples origines ethniques avaient pris la pose dans des vêtements et des décors d’époque.

Visiteur face à un tableau de l’exposition "Slavery" du Rijksmuseum d’Amsterdam
Visiteur face à un tableau de l’exposition "Slavery" du Rijksmuseum d’Amsterdam AFP or licensors / Kenzo Tribouillard

Plus récemment, un comité consultatif auprès du gouvernement néerlandais a affirmé dans un rapport officiel que les Pays-Bas devraient restituer les objets culturels pillés à leurs anciennes colonies. "Pendant la période coloniale, de nombreux objets du patrimoine culturel ont été apportés aux Pays-Bas contre la volonté de leurs propriétaires, par exemple comme butin de guerre. Cette injustice historique est préservée dans les collections coloniales que l’on peut voir aujourd’hui dans les musées néerlandais", a-t-il notamment écrit. Toutefois, la décision de restituer un objet pillé pendant la colonisation incombe au gouvernement néerlandais, ce qui, si l’on en croit l’exemple français, est un processus extrêmement long.

 

*L’exposition "Slavery" se tiendra du 8 juin au 29 août au Rijksmuseum d’Amerstam.

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