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Les peines alternatives : l'exemple des formations d'Arpège - Prélude, pour "une justice qui mise sur l’avenir"

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En Belgique, le recours aux peines alternatives reste marginal. Pourtant, l’ASBL Arpège Prélude prouve que la prison n’est pas la seule option. Et ce, depuis plus de 25 ans…

"Cher procureur, merci de m’avoir donné une chance en m’envoyant à la formation Prélude", dit l’un. "Cela m’a permis d’en apprendre plus sur moi et d’être une meilleure personne", renchérit l’autre. Les témoignages se succèdent, griffonnés sur des bouts de papier et consignés soigneusement par les formateurs de l’ASBL.

Le principe est simple : la formation peut être ordonnée pour la majorité des délits ayant occasionné une victime identifiable. Sont exclus les cas de violences intrafamiliales et les faits de mœurs. Plutôt que de prononcer une peine 'classique', à savoir la prison, le procureur du Roi ou le juge préconisent une sanction alternative. L’auteur du délit ne sera pas incarcéré mais il devra remplir plusieurs conditions. Par exemple, participer à la formation Arpège Prélude.

Apprendre à créer du lien, ensemble

"Les séances s’articulent autour de trois thèmes : la citoyenneté, les conflits et les victimes", déclare Isabelle Regniers, coordinatrice et formatrice pour l’Association. "Nous entamons avec eux une réflexion sur la justice, le passage à l’acte et ses conséquences". C’est un exemple de justice restauratrice qui propose une approche différente de la justice punitive. "On sait que les peines, et particulièrement la prison, désinsèrent", affirme la formatrice. "Ici, c’est l’inverse. Le but est de restaurer le lien qui unit l’auteur à la société, à sa victime, mais aussi à lui-même."

Chaque participant peut s’épanouir, à sa manière, lors de la formation. "Certains sont très marqués par les exercices de gestion des conflits. Cela leur permet de prendre conscience de leur mode de fonctionnement et, si nécessaire, de le modifier", précise Isabelle Regniers. "Pour d’autres, c’est l’expérience de groupe qui est valorisante". En effet, il s’agit d’un important facteur d’intégration. "Ce sont des personnes qui sont souvent marginalisées, exclues. Elles n’ont que rarement fait partie d’un groupe qui reconnaît leur valeur."

Evidemment, s’agissant d’une formation contrainte, beaucoup arrivent avec des pieds de plombs avoue la coordinatrice : "Certains refusent de se plier aux règles de la formation et ils ne s’intègrent pas au processus. Mais une fois insérés dans un groupe, je dirais que trois quarts des participants viennent à bout des 50 heures".

Une plus-value pour tous

Quant aux résultats, il est difficile d’affirmer que la formation prévient de tout risque de récidive puisqu’aucune étude n’existe à ce sujet. Mais d’après Arpège Prélude : "Cette mesure représente une plus-value pour toutes les personnes impliquées et pour la société dans son ensemble. Il ne s’agit pas d’accorder au justiciable un traitement de faveur". C’est d’ailleurs le message que l’ASBL essaie de transmettre aux magistrats qui considèrent souvent les peines alternatives comme des 'cadeaux' faits aux justiciables. Des exceptions au système pénal principal et à la privation de liberté.

En réalité, c’est une deuxième chance. Et une nécessité, pour Isabelle Regniers : "On leur permet de construire les choses autrement, d’expérimenter la justice autrement, de voir la société sous un autre angle. C’est une justice qui mise sur l’avenir et qui dit aux justiciables qu’ils y ont leur place".

En 2021, l’ASBL Arpège Prélude a traité près de 336 décisions. 

Après les murs, le podcast dans lequel un ancien détenu raconte son histoire avec résilience

Et à quoi ressemble le système actuel, le système punitif ? Serge Thiry le raconte dans un podcast en 10 épisodes, Après les murs. Serge a passé 27 ans en prison. Vols de voiture, braquages et tentatives d'évasion, son casier judiciaire est bien rempli. "Mais la vie ce n'est pas la Casa de Papel", dit-il. Tout acte a des conséquences. Après les murs, c'est un récit de vie aux allures de western. Une vie d'aventures et de choix dangereux, racontée par un cowboy repenti. Une vie de résilience aussi. Aujourd'hui, Serge a trouvé sa voie, il a fondé une ASBL et s'en est sorti à la sueur de son front. Il revient sur son parcours chaotique et profite de cette introspection pour pointer les failles de la justice belge. Verdict : c'est l'exclusion qui mène à la délinquance, il suffirait de donner une vraie place à chacun dans la société pour éviter de gâcher des vies en prison.

► Ecoutez les 10 épisodes du podcast sur Auvio.

Après les murs : chapitre 1

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