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Les pénuries se multiplient au Royaume-Uni : la faute au Brexit et au coronavirus

© 2017 Getty Images

Les menaces de pénuries de certains produits se succèdent au Royaume-Uni. Après les milkshakes dans certains fast-foods, c’est le Coca-Cola qui risque de faire défaut auprès des consommateurs britanniques aujourd’hui. A l’instar d’autres secteurs, la société Coca-Cola Europacific Partners (CCEP) rencontre de gros défis logistiques, imputables tant au Brexit qu’à la pandémie de Covid.

Pénurie de canettes

C’est tout d’abord une pénurie de canettes liée aux difficultés d’approvisionnement en matières premières qui explique la situation, a concédé la firme américaine, alors que de nombreux Britanniques se plaignent de ne plus trouver leurs produits Coca-Cola préférés au magasin. Outre ces problèmes d’approvisionnement, il y a aussi le manque de main-d’œuvre originaire de l’Union Européenne. Le personnel de livraison et les chauffeurs routiers sont singulièrement difficiles à trouver.

L’association de transporteurs RHA (Road Haulage Association) estime le besoin actuel à environ 100.000 chauffeurs de camions. Une pénurie inédite de routiers qui menace pour de longs mois les livraisons, y compris dans les supermarchés.

Embaucher des chauffeurs européens : mission impossible

"Beaucoup de chauffeurs des pays de l’Est sont rentrés en fin d’année dernière pour voir comment le Brexit allait se passer. Certains ne sont pas revenus", se lamente Rob Hollyman à l’AFP. Le patron du transporteur "North West Cargo" a d’ailleurs perdu une douzaine de travailleurs pour cette raison.

Par ailleurs, embaucher des chauffeurs européens semble désormais mission impossible. Les nouvelles règles migratoires post-Brexit réservant les visas de travail aux plus qualifiés, ce qui exclut les chauffeurs poids lourds. Aujourd’hui, la RHA demande ainsi que la profession soit reconnue comme en pénurie, pour faciliter le recours à des chauffeurs étrangers. D’autres représentants sectoriels et chefs d’entreprise font également pression sur le gouvernement pour qu’il amende certaines réglementations.

Car les difficultés d’entrée des travailleurs européens sur le marché britannique impactent aussi d’autres secteurs, notamment logistiques. Ces travailleurs constituent en effet le gros de ses effectifs, les Britanniques boudant ces métiers aux longues heures de travail et aux salaires peu attractifs. Idem pour le secteur de l’Horeca, observe Morten Petersen, consultant en politique européenne, ayant longtemps travaillé pour la chambre de commerce britannique en Belgique.

Il donne cet exemple : "Si vous avez séjourné à Londres l’an dernier, vous n’avez probablement vu aucun Anglais travaillant dans votre hôtel, mais des personnes issues d’autres pays européens ou extra-européens, occupées dans les réceptions, les restaurants, etc. Et bien ceci n’est plus la réalité aujourd’hui".

L’aggravation pandémique

La crise sanitaire, qui a durablement plombé l’activité de ces secteurs, avec celui de la distribution, a encore accentué l’exode des travailleurs étrangers, alors que beaucoup d’employés mis au chômage ou licenciés ont fini par chercher un emploi ailleurs.

Et ce n’est pas tout. Pour la fédération britannique de la distribution (BRC), la situation pourrait encore s’aggraver à partir d’octobre, quand le Royaume-Uni va faire entrer en vigueur de nouvelles vérifications post-Brexit sur les produits d’origine animale importés de l’Union européenne.

Après le Coca, la bière ?

La chaîne de pubs anglais JD Wetherspoon a quant à elle déclaré cette semaine un problème d’approvisionnement, entraînant une pénurie de bières dans certains bars du groupe qui en compte près de 1000 au Royaume-Uni. Phénomène imputable là aussi à un manque de chauffeurs de camions.

"De nombreuses industries avaient compris que ces problèmes se présenteraient, mais il n’y a eu aucune écoute dans le chef des autorités britanniques qui ont fait l’autruche", déplore Morten Petersen.

"Dès la signature de l’accord avec l’Europe, il a été question de postposer certains règlements en cas de difficultés avérées, mais l’Europe a été inflexible là-dessus", poursuit le consultant, "et le Royaume-Uni de peu pas changer grand-chose de son côté, sans accord avec l’Europe. Cela voudrait dire un changement de l’accord qu’on a eu tant de mal à signer. Or, dans le chef des 27, il est totalement exclu de revenir sur ces négociations".

En attendant, de nombreux Britanniques s’inquiètent déjà dans la perspective de Noël, évoquant le confinement de l’an dernier, et le risque cette année d’un sapin ou de tables de dégarnies pour les fêtes.


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