Climat

Les permafrosts européens proches de leur point de basculement, selon une étude

20 mars 2022 à 06:00Temps de lecture3 min
Par Adeline Louvigny (RTBF info)

Avec la prise de conscience des enjeux environnementaux liés à la crise climatique, la communauté scientifique a développé, depuis quelques années, le concept de point de basculement climatique (tipping points), ou plus poétiquement, de géants endormis : des systèmes bio-géo-physiques, qui, influencés par l’évolution climatique de ces dernières décennies, pourraient "basculer" dans un nouvel état, changer d’équilibre, à un point qu’il n’est plus possible de revenir en arrière, à l’état précédent, plus stable pour le développement de notre civilisation humaine, et la survie des organismes vivants.

Parmi ces géantes et géants, la forêt amazonienne (dont le point de bascule approcherait plus vite que prévu, selon une étude parue il y a quelques jours), l’Antarctique, dont les températures ont atteint des records ces dernières années, et, beaucoup plus proche de nos contrées tempérées : le permafrost.

La menace du dégel du permafrost

Le pergélisol (de son petit nom francophone) est considéré comme un géant endormi au sommeil agité : en effet, ce sous-sol gelé contient une quantité très importante de matière organique (parfois vieille de plusieurs milliers d’années), qui exposée à des températures de plus de 0 °C, va se décomposer et libérer du CO2 et du méthane.

"Il est d’une importance vitale que ces écosystèmes soient compris et pris en compte dans l’étude de l’impact du changement climatique sur la planète" a déclaré la Dr Ruza Ivanovic, une des coauteurs d’une nouvelle étude qui s’intéresse justement au devenir des permafrosts.

Réalisée par des chercheurs de l’Université de Leeds, au Royaume-Uni, et publiée dans la revue "Nature Climate Change", elle donne une sorte d’estimation de l’espérance de vie des permafrosts de tourbière en Fennoscandie : ce territoire nordique comprenant la Finlande, la Scandinavie et une partie de la Russie européenne, ainsi que l’ouest de la Sibérie. Les chercheurs ont évalué quels territoires seraient encore capables d’accueillir deux types de permafrosts, dans les prochaines décennies, selon plusieurs scénarios climatiques, définis par le GIEC.

Même dans les scénarios les plus optimistes, les zones de permafrosts seraient réduites : 58% seraient perdues d’ici la fin du siècle, une partie pouvant peut-être se régénérer en Sibérie, ce territoire abritant des permafrosts dits continus, soit qui s’étendent sur de grande surface sans interruption. Du côté scandinave, pas de retour en arrière, par contre. Les "palsas", ces monticules de terres gelées, discontinues, allant de quelques mètres à quelques kilomètres de diamètre, seraient particulièrement sensibles au réchauffement.

Quel impact ? Très difficile à prédire

L’impact de ce point de basculement, qui arriverait plus tôt que précédemment prévu, est difficile à évaluer tant les relations entre le pergélisol, sa végétation et le climat sont complexes. Car ces sols gelés ne sont pas dénués de vie : en effet, la couche supérieure, dite active, fond et gèle selon les saisons, permettant le développement d’un écosystème. Ainsi, la couverture végétale peut offrir une protection aux rayons du soleil, limitant alors le potentiel réchauffement des couches inférieures du permafrost. Il est donc très difficile d’estimer la libération de CO2 que pourrait engendrer un réchauffement atmosphérique. Mais il est certain qu’il y aura un effet de rétroaction positive, ou boule de neige : le dégel entraînera une élévation de température… Et aurait des conséquences plus larges, comme sur les feux de forêts par exemple. Et de se rappeler les terribles incendies qui ont touché les forêts sibériennes en 2021.

La fonte du permafrost aura également un profond impact paysager et hydrologique : à grande échelle, des villes et villages sont en effet menacés.

Mais notre étude n’est pourtant pas pessimiste : le dégel du permafrost est progressif, il y a donc encore moyen d’activer des leviers d’atténuation du changement climatique. "Le rythme et l’ampleur de la perte de zones appropriées au permafrost pourraient être limités, voire partiellement inversés, par des politiques énergiques d’atténuation du changement climatique" commente ainsi l’auteur principal et géographe Richard Fewster.

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