Chronique littérature

Les poèmes d’Erri De Luca, invité d’honneur de La Foire du Livre 2021

Les poèmes d’Erri De Luca, invité d’honneur de La Foire du Livre 2021

© AFP / VINCENZO PINTO

C’est un recueil de poèmes Sophie Creuz que nous présente dans sa chronique littérature : les poèmes d’Erri De Luca qui paraissent chez Gallimard.

La Foire du Livre de Bruxelles s’ouvrira la semaine prochaine du 6 au 16 mai, avec des rencontres virtuelles, bien que réelles, avec une foule d’auteurs, parmi lesquels Erri De Luca, invité d’honneur. Auteur qu’on ne présente plus tant ses livres sont aimés par les lecteurs, pour leur vérité, leur simplicité à dire l’enfance, le monde du travail ou même sa colère face à un monde prédateur. Des thèmes que l’on retrouve notamment dans "Montedidio", "Le poids du papillon", "Le jour avant le bonheur", entre autres merveilleux romans et récits, parus dans la collection Folio.

A la découverte de ses poèmes

Les francophones connaissent moins les poèmes d’Erri De Luca. Ils les découvrent éblouis, interpellés, touchés par cette belle langue, ce chant, restitué avec bonheur dans cette édition bilingue qui les donne à entendre dans leur langue originale sur la page de gauche, avec en vis-à-vis leur traduction française assurée par Danièle Valin qui en restitue toute la beauté nue, la belle ligne, le mouvement. Les mots sont une pierre brute sous la main d’Erri De Luca, ancien ouvrier du bâtiment, qui sait manier l’outil sans altérer, sans dénaturer la matière.

Il n’est pas poète voyant qui s’empare avec lyrisme d’un paysage, fait sien un visage, non il est celui qui écoute ce qui se tait : douleur, amour, beauté ou espérance.

La vue est étroite, ne voit que devant, comparée à l’oreille qui entend derrière aussi, entend l’étage du dessus et celui de dessous.

Erri De Luca

On le sait, Erri De Luca se nourrit des textes anciens, hébraïques, grecs, bibliques et son chant rejoint celui de Virgile, de Dante, de Cervantès, mais aussi les ritournelles populaires pour accompagner fraternellement ceux qui le précèdent, et il met ses pas sur le long chemin périlleux, harassant, joyeux aussi parfois heureusement, d’une humanité en marche.

Les mots pour dire l’actualité des combats pour la dignité et le respect

Erri De Luca revient toujours au même creuset avec une familiarité qui les éclaire chaque fois d’une autre manière. L’Italie modeste, les territoires de l’enfance, la montagne, la solitude, l’amour mais aussi les combats pour la justice sociale, contre l’indifférence et contre l’Etat, quand il n’est plus que "dilapidateur de douleur publique" comme il l’écrit, et non plus garant d’un bien commun.

Erri de Luca est resté un militant mais c’est en poète qu’il trouve les mots pour dire l’actualité des combats, hélas éternels, pour la dignité et le respect. Certains poèmes sortent de l’ombre ceux qui sont tombés et ont été oubliés, des poètes, des résistants, des ouvriers ensevelis, des migrants morts en Méditerranée, sans nom ni sépulture. Mais il évoque avec autant de discrète chaleur, de pudeur et d’ironie, la nature qui, peut-être, regarde nos vanités, notre vaine agitation à nous détruire pour conquérir, quoi ?

La vie en soi, simple, belle, partagée, solidaire, est la seule conquête qui en vaille la peine. Erri De Luca a les mots pour la célébrer ou dénoncer posément, dans une sorte de clameur silencieuse, tout ce qui la nie, l’exploite à son seul profit.

A la recherche du monde d’après

On retrouve là encore le militant. Et le poète, qui rêve du monde d’après : "Dopo", "Après", est le titre d’un des plus beaux poèmes de ce recueil, parmi beaucoup d’autres. Et on se prend à rêver avec lui à l’après, que restera-t-il après ? " Resteront les prières, l’argent disparaîtra, reviendront les coquillages, l’humanité sera, métisse, bohémienne et elle ira à pied. Elle aura pour butin la vie, la plus grande richesse à transmettre à ses fils. "

Erri De Luca livrera ses réflexions au cours d’une rencontre avec Alain Damasio, autre écrivain engagé, le 14 mai à 20 heures. Et pour ceux qui préfèrent le papier au numérique il y a ce recueil, "Aller simple", suivi de "L’Hôte impénitent" qui paraît chez Gallimard dans la collection poésie.

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