Littérature

Les poilus, acteurs majeurs de la vie politique de l’entre-deux-guerres

Couverture du livre "Les survivants. Les anciens combattants belges dans l’entre-deux-guerres"

© Septentrion Presses Universitaires

25 oct. 2022 à 09:05Temps de lecture3 min
Par Belga

Les vétérans belges de 14-18 ont constitué l’une des plus importantes forces de démocratisation sociale et politique dans le pays durant l’entre-deux-guerres, selon l’ouvrage "Les survivants. Les anciens combattants belges dans l’entre-deux-guerres" de deux historiens de l’université de Gand, Martin Schoups et Antoon Vrints, dont la traduction en français vient de sortir aux presses universitaires du Septentrion.

Mus par le souvenir des camarades tombés au front, et eux-mêmes porteurs de nombreux stigmates, les anciens combattants n’auront de cesse, vingt-deux ans durant, de ferrailler avec l’establishment politique et économique tantôt pour l’amélioration de leurs conditions matérielles tantôt pour une plus grande justice, linguistique notamment dans le chef du mouvement flamand.

L’ouvrage vient à rebrousse-poil d’une histoire parfois enseignée expliquant par la sortie de la Grande Guerre la radicalisation menant à la fin des années 30. Au contraire, les associations d’anciens combattants sont constituées de simples soldats qui, durant deux décennies, se battront au sortir de 1918 avec des revendications diverses pour leurs droits et pour la paix. Ils partageront en commun l’objectif de ne plus lâcher les dirigeants du pays au nom d’un droit en particulier, celui "à la parole".

Le roi Albert comprend vite l’état de la situation. Il accorde le suffrage universel masculin dès 1919, forçant même la Constitution pour la première élection découlant de cette évolution. Les socialistes en recueilleront les fruits. Mais les vétérans ne s’arrêteront pas en si bon chemin, exigeant le contrôle des prix, de véritables droits pour les invalides et une plus grande justice alors que les "profiteurs" de guerre s’en sortent mieux que les soldats revenus des tranchées. Ces revendications des "petits" contre les "grands" prendront une tournure linguistique en Flandre où les soldats de la base – le gros du contingent – se souviennent du sort peu enviable que leur laissaient les officiers, majoritairement francophones.

S’il y eut bien l’un ou l’autre dérapage, dont l’envahissement du parlement en 1920 alors que le gouvernement ne consentait qu’à leur donner l’aumône, le mouvement des anciens combattants se voulait pacifiste et respectueux de l’ordre constitutionnel, souligne l’ouvrage. Diverses, ces associations représentaient à l’époque le gros de la société civile. Les avancées sociales et politiques et le pacifisme conduisirent à une démilitarisation du pays. Cette dernière amena les officiers à lancer un contre-feu dans les années vingt en vue de pousser une monarchie autoritaire, un mouvement dont le roi Albert se saisit dans un subtil équilibre oscillant entre stratégie de la tension et volonté d’étouffer les plus réactionnaires.

En Flandre émergèrent des mouvements de droite nationaliste pour contester la faiblesse des avancées linguistiques obtenues par les vétérans flamands.

Jamais cependant, au contraire de ce qu’ont pu vivre l’Italie et l’Allemagne, les associations d’anciens combattants n’ont engendré en Belgique de mouvements autoritaires durant l’entre-deux-guerres, soulignent les deux historiens.

Plus tard, le pacifisme amena la principale association flamande d’anciens combattants, VOS, à adopter une attitude de non-engagement, ambiguë vis-à-vis de la montée du nazisme puis, sous le joug d’organisations nationalistes opposant Flandre et Belgique, à collaborer à partir de 1941. Traversées depuis 1918 par un sentiment patriotique et anti-allemand, les associations nationales se regroupent, elles, autour du roi Leopold III pour faire du renseignement, en regrettant la faiblesse du régime parlementaire et avec l’ambition de contrer nationalisme flamand et communisme. C’est la fin de "l’âge d’or" d’un combat de 22 ans pour les libertés publiques.

 

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