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Les portraits de Pierre Bernard à la galerie Chapitre XII

© Pierre Bernard, Persona 1 - 2021

La peinture n’est pas morte dans les arts contemporains, elle se porte même plutôt bien. Pierre Bernard, un jeune peintre belge nous en fait la démonstration avec "Les neurones miroirs" une première exposition fascinante à la galerie Chapitre XII.

Deux grands portraits dans l'atelier de Pierre Bernard
Deux grands portraits dans l'atelier de Pierre Bernard © Pierre Bernard

Pour Pierre Bernard, les portraits de cette exposition, en nuances de noir ou en couleurs, frontaux ou recouverts de crustacés, parlent d’abord de sa fascination pour la peinture. Et si du sens se dégage de son travail, ce sera à l'insu de l'artiste. Passionné par les techniques, Pierre Bernard s’arrêtera finalement sur la peinture à l’huile. "Pour sa complexité technique et sa force de représentation", dit-il.  Les textures, les superpositions, la touche, la matière, il faut " que l’on soit pris dedans quand on se rapproche du tableau". Et comme un athlète ou un violoniste, il pratique sa discipline au quotidien. Inlassablement, relevant les défis techniques, en recherche de l’excellence et de la singularité.

Pierre Bernard, détail
© Pierre Bernard, Persona 2 (détail)

Têtes de série

Cloîtré dans son atelier, le peintre cherche un sujet sur lequel développer sa technique. Il a un modèle sous le main: lui-même. Commence une longue période d’expérimentation sur les possibilités de la couleur noire. Une série d’autoportraits desquels se dégagent introspection et solitude. Une sombre impression.

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Par la série, la répétition, l’accumulation, les variations sur le même thème, un corpus d'œuvres se forme qui fait sens a posteriori, et parfaitement dans les préoccupations de l'époque: le dévoilement, la recherche frénétique de l'identité. Capter l'indicible en soi. Epuiser le sujet (et s'épuiser) pour répondre à cette question: comment suis je unique ? Une interprétation qui en vaut bien une autre, pour Pierre Bernard qui laisse ça au spectateur. 

Le visage comme support

Pour sortir du portrait, réceptacle inévitable d’émotions, l’artiste ne conserve que la forme du visage qui servira désormais de support à la représentation. Des fleurs apparaissent à la place des yeux, puis sur l’ensemble du visage désormais " augmenté ", masqué, phagocyté par le vivant. Des fleurs noires invasives. La nature reprend ses droits et elle n’est peut-être pas si amicale. Une interprétation qui en vaut bien une autre...

Pierre Bernard, Les neurones miroirs et The Character 2 - 2021-2022
Pierre Bernard, Les neurones miroirs et The Character 2 - 2021-2022 © Pierre Bernard

Nature morte ou vivante ? 

La couleur est un autre défi. Tant mieux pour l'artiste qui redécouvre le medium, cherche, apprivoise, créée une peinture unique. Et des images foisonnantes. 

Pierre Bernard, Persona et Persona 2
Pierre Bernard, Persona et Persona 2 © Pierre Bernard

Des fleurs mortes, des crustacés, des papillons, des plumes, des poissons, des fruits, des artichauts... recouvrent le visage-canevas. Le regard est happé par la lumière, la matière, le rendu des détails. Le plasticien évoque la nature morte des écoles flamande et hollandaise; ces tableaux - comme ceux du baroque flamand Frans Snyders - qui montrent de la chair morte à profusion (oie, faisans, viande), mais dont on fera un festin pour célébrer la vie. 

Frans Snijders, Nature morte avec un rafraîchisseur à vin - Gemäldegalerie Alte Meister.
Frans Snijders, Nature morte avec un rafraîchisseur à vin - Gemäldegalerie Alte Meister. © wikimedia creative commons

Les visages peints par Pierre Bernard, disparaissent derrière le vivant et les allusions au repas (assiettes...) mais il s’en dégage une ambiguïté, un malaise: les feuilles sont flétries et on ne peut dire si les carapaces des crustacés sont vides ou si elles protègent toujours la vie. La flamme d’une bougie dans le tableau Persona 5, la présence répétitive du papillon; tous ces éléments composent des vanités qui nous rappellent l’éphémère de notre existence. A moins que nous soyons face à une fusion avec le vivant, comme un délitement de l’identité dans un tout. Une interprétation qui en vaut bien une autre...

Pierre Bernard, Persona 3 (étude) et Persona 5 - 2021
Pierre Bernard, Persona 3 (étude) et Persona 5 - 2021 © Pierre Bernard

Les papillons, figures récurrentes des tableaux, se retrouvent aussi sur les tables de la galerie Chapitre XII, dans des compositions mises sous globe. Des pièces qui donnent du relief à l'exposition et révèlent une autre passion de l'artiste qui en fait la collection et l'élevage. Morts mais magnifiques, lumineux, fascinants, éphémères et désormais flamboyants pour l’éternité (ou à peu près), ces papillons rejoignent les tableaux où vie et mort rôdent dans leurs plus beaux atours. A bien y regarder, Pierre Bernard qui se dit volontiers casanier, nous ouvre les portes de ses "neurones miroirs" avec une belle générosité. 

En pratique : 

Pierre Bernard "Les neurones miroirs"

Du 05.02 au 12.03.2022

Galerie Chapitre XII - Avenue des Klauwaerts, 12 - 1050 Bxl

extérieur ou intérieur, tout est dans le regard du peintre
extérieur ou intérieur, tout est dans le regard du peintre © Pierre Bernard

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