La Grande Forme

Les psychédéliques : ces substances illicites pourraient-elles avoir un intérêt thérapeutique ?

Champignons hallucinogènes

© Getty Images

Ecstasy, psilocybine, champignons hallucinogènes… La liste des psychédéliques est longue. Mais qu’est-ce que c’est exactement et pourquoi sont-ils interdits ? Plusieurs études sont en court pour évaluer leur intérêt thérapeutique. Pourraient-ils aider certains patients à lutter contre la dépression ? Plus d’explications avec le Dr Caroline, psychiatre référente de l’émission "La Grande Forme".

Le terme "psychédéliques" désigne une famille de substances (naturelles ou pas) agissant sur le cerveau et provoquant généralement des "trips" : des voyages intérieurs qui ressemblent à des rêves ou même à des expériences mystiques qui s’accompagnent d’hallucinations. On appelle également ces substances : "les hallucinogènes." Ces substances agissent principalement via l’envoi d’une décharge de sérotonine de façon massive. Parmi celles-ci on retrouve :

  • Le LSD (synthétisé en 1938 à base de dérivé de l’ergot. Son inventeur se l’est injecté pour voir son effet, alors qu’il recherchait un traitement pour stimuler les voies respiratoires à partir d’ergot de seigle).
  • La psilocybine (substance active d’un champignon)
  • L’ayahuasca (racine sud-américaine, utilisée par les chamans)
  • La mescaline (cactus mexicain)
  • La MDMA, drogue de synthèse, appelée aussi ecstasy
  • La kétamine (c’est un anesthésique utilisé comme tel pour les hommes et les animaux mais est aussi utilisée dans les milieux festifs comme drogue pour provoquer un trip)

Leur dangerosité

Ces substances étaient très populaires dans les années 60. Elles étaient vendues en libre accès et ont participé (ou accéléré) le mouvement "Peace and Love" qui luttait pour la paix et contre la guerre du Vietnam. Mais elles n’étaient pas réglementées. Or, prises en quantité massive, de façon sauvage et non encadrées, elles peuvent être très dangereuses.
A l’époque, les jeunes prenaient des doses trop importantes, de façon concomitantes à l’alcool, ou plusieurs drogues en même temps, sans encadrement. Or comme il s’agit de produits très forts, ces substances peuvent provoquer : hallucinations, "bad trips", crises d’angoisse, accidents. Résultat : en 1970, elles ont été interdites par l’administration du président Nixon et catégorisées en tant que "substances très dangereuses et addictives". Pourtant, contrairement à ce qu’on croit, elles ne provoquent pas de dépendance. Elles peuvent cependant être dangereuses si elles sont utilisées de façon "sauvage" et non encadrée.

Des bienfaits "potentiels" ?

Au début des années 50-60, toutes ces substances faisaient l’objet d’études scientifiques sur les bienfaits qu’elles pouvaient apporter, quand on les administre dans un cadre très précis et très encadré. Mais ces recherches ont également été interdites en 1970. Certains chercheurs, voyant leurs effets bénéfiques, se sont néanmoins mobilisés pour reprendre des études contrôlées. Ainsi, depuis les années 2000, aux USA, quelques études (très limitées) ont repris. Par la suite, au vu des effets positifs, elles se sont élargies. L’Angleterre, la Suisse et l’Allemagne leur ont emboîté le pas. Ce sont des études très sérieuses, qui se font dans un cadre universitaire.
 
Dire que les psychédéliques peuvent avoir des bénéfices ne veut pas dire qu’on veut autoriser son usage pour tout le monde, sans encadrement et ne veut pas banaliser la puissance de cette substance.
 
En dehors d’un cadre médical strict, la prise de substances psychédéliques peut être dangereuse. Les hallucinogènes puissants mettent le consommateur plusieurs heures dans un état incontrôlable. Il est particulièrement mauvais d’en prendre souvent en grandes doses, de mélanger les substances et d’en prendre avec de l’alcool. Les bruits et lumières vives et la déshydratation peuvent aussi provoquer ou aggraver un "bad trip". Dire que les psychédéliques peuvent avoir des bénéfices ne veut pas dire qu’on veut autoriser son usage pour tout le monde, sans encadrement et ne veut pas banaliser la puissance de cette substance. Au contraire, le cadre doit être très serré et médical.
Actuellement, certaines substances sont reconnues par la Food and Drug administration (FDA) américaine comme "breakthrough therapy" (ndlr = thérapie innovante, ou percée thérapeutique) :
  • La kétamine pour les dépressions suicidogènes
  • La psilocybine pour les dépressions résistantes puis les dépressions sévères
  • La MDMA (Extasy) pour le trouble de stress post-traumatique (PTSD)

En Belgique, il existe également quelques centres qui permettent l’administration de kétamine en micro dose, pour lutter contre les dépressions résistantes à d’autres traitements. "Dans ces recherches, on a un setting très particulier et très cadré" explique le Dr Caroline. Voici les conditions dans lesquelles on fait ces études :

  • Cela doit se faire dans le cadre d’un accompagnement médical et psy serré : des entretiens avant et après la prise pour préparer et débriefer
  • On doit d’abord tenter avec une micro dose pour voir si on tolère puis donner une dose moyenne
  • Pendant la prise : être accompagné pendant plusieurs heures (en fonction du produit) par deux professionnels de la santé qui restent en permanence et vous contiennent, vous rassurent et peuvent agir en cas d’angoisse ou de complications
  • Ne pas répéter les prises trop souvent (c’est 1 ou 2 pour la psilocybine)
Dans ce cadre, ces psychédéliques pourraient devenir des traitements prometteurs pour soulager des pathologies psychiatriques résistantes à d’autres traitements : dépression, addiction, PTSD.
 
Retrouvez "La Grande Forme" en direct du lundi au vendredi de 13 heures à 14h30 sur VivaCité. Vous avez manqué l’émission ? Nous vous invitons à la revoir sur Auvio ainsi que sur différentes plateformes de Podcast.
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