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Mode

Les robes, c’était aussi pour les garçons : retour sur 200 ans de vêtements pour enfants

Robe, Caroline Bosmans, collection automne/hiver 2021. La plus discrète de l’exposition…

Kidorama, c’est le nom de la nouvelle exposition du Musée du costume et de la dentelle, à Bruxelles. L’occasion de jeter un regard rétrospectif sur 200 ans de tenues pour enfants, de 1820 à 2020. Au travers de l’évolution des garde-robes, l’exposition jette un regard sociologique sur la place accordée aux enfants.

"Plus l’enfant a pris de l’importance dans la société, plus son vêtement a été adapté à lui également", explique Mathilde Semal, co-commissaire de l’exposition. "Les vêtements sont le fruit de notre culture, de notre société… Les questions ont souvent été les mêmes mais les réponses apportées par la société varient. Aujourd’hui les grandes tendances tournent autour de l’autonomie, de la durabilité, de l’unisexe". Coup de projecteur sur quelques tendances de fond, en quelques photos.

Il y a unisexe et unisexe

Robes pour petits garçons
Robes pour petits garçons Kidorama – Andrea Anoni

Ces robes, sur la photo, sont-elles destinées aux filles ou aux garçons ? C’est une question que les enfants qui visiteront l’exposition seront invités à se poser. Ils y apprendront qu’il n’y a pas si longtemps, les tout jeunes garçons et filles portaient indifféremment des robes. L’habit était unisexe. A noter que les ornementations et la coupe différaient cependant souvent. Sur la photo, il s’agit probablement de modèles destinés aux garçons.

Ce concept d'"unisexe" prend une tout autre forme aujourd’hui.

"A l’heure actuelle, ce qu’on appelle "vêtements unisexes", c’est associé à des éléments très neutres voire masculins : on est sur des pantalons, des couleurs comme le gris, le bleu. Alors qu’au dix-neuvième siècle et au début du vingtième, les petits garçons portaient des robes comme les filles, des robes très ouvragées avec des volants, de la broderie anglaise, en soie etc", commente Mathilde Semal.

"Le petit garçon était lié au monde féminin de la mère : il restait avec les femmes jusqu’à ses 7 ans, "l’âge de raison", à partir duquel il allait entrer à l’école. Pour des raisons de praticité, les enfants étaient habillés en robe, de façon similaire. La robe était très pratique et permettait à l’enfant de se mouvoir plus facilement, c’était plus facile de le changer."

A partir des années 20, la robe pour garçons disparaît progressivement. Aujourd’hui même les bodies et pyjamas pour bébés sont souvent sexués. Mais des créateurs s’inscrivent à contre-courant et proposent des vêtements qui mixent réellement les codes masculins et féminins contemporains, y compris pour les enfants. La commissaire cite Thom Browne, qui propose des vêtements "qui se rapprochent d’une vraie mode unisexe où tout le monde serait libre de porter ce qu’il souhaite, y compris des jupes et des robes pour les petits garçons." Dans l’exposition, on découvre aussi un ensemble d’un jeune label belge fondé par une créatrice, Sofie Ysewijn, qui imagine des coupes et couleurs un maximum non genrés.

Des vêtements pensés pour eux

Grande star de l’expo : la robe à smocks, que l’on retrouve dans différentes vitrines. Et pour cause, elle a traversé les décennies. Une incontournable, qui existait déjà au 19e siècle. Les smocks, ce sont des points de broderie qui créent des centaines de petits plis, permettant au vêtement de s’élargir au niveau de la poitrine au moment de l’enfilage, bien pratiques donc avant l’invention des fibres élastiques.

Datant des années 80, cette robe reprend tous les codes de la robe à smocks : col Claudine, manches bouffantes et buste orné de smocks.
Datant des années 80, cette robe reprend tous les codes de la robe à smocks : col Claudine, manches bouffantes et buste orné de smocks. Musée Mode & Dentelle – A.Anoni

"Le début du 19e siècle marque la naissance d’un intérêt pour le confort de l’enfant, on pense par exemple à la mode anglaise. Ça commence toujours par les élites, il faut plusieurs années ou dizaines d’années pour que ces grandes tendances percolent et arrivent dans la mode de tout un chacun", poursuit Mathilde Semal. Mais si la préoccupation pour le confort des enfants se généralise au 19e siècle, c’est à partir des années 50 qu’on voit arriver une mode spécifiquement pensée pour eux, selon leur âge et leurs goûts. "Pour la première fois, des créateurs se spécialisent dans la mode enfant, notamment liée à l’apparition du prêt à porter. De plus en plus de créateurs présentent des vêtements conçus pour les enfants, que ce soit en termes de matières, de coupes, de couleurs, de motifs…" Une évolution à mettre en parallèle avec l’importance accordée à la place de l’enfant au sein de la famille.

Les enfants ont leur mot à dire et il s’agit de leur plaire, "parfois au désespoir des parents", sourit la commissaire en présentant un panaché de t-shirts illustrés de quelques idoles enfantines. "C’est un phénomène apparu dans les années 80, notamment avec Snoopy. La figure de Mickey apparaît un peu à la même époque. L’enfant devient plus prescripteur, c’est le début de "l’enfant roi", et les marketeurs l’ont bien compris. Ils vont proposer des vêtements qui parlent aux enfants, parfois davantage pour des vêtements de nuit ou qu’on garde chez soi."

Mario, star des années 80 et 90
Mario, star des années 80 et 90 Quentin WIlms – RTBF

Depuis plus récemment, on observe une nouvelle tendance : le luxe version enfants.

"A côté des créateurs qui proposent des vêtements pensés pour les enfants, il y a aussi des maisons de luxe, haut de gamme, qui créent d’abord pour les adultes puis qui lancent une ligne pour les enfants. C’est un phénomène qu’on a vu dans les années 20 et qui a pris plus d’importance dans les années 60. Le phénomène s’est intensifié à partir des années 2010. Presque toutes les marques de luxe ont désormais une ligne enfant".

Reconnaissez-vous celle de Jean-Paul Gaultier ?
Reconnaissez-vous celle de Jean-Paul Gaultier ? Quentin WIlms – RTBF

Plus durable… comme avant

Autre tendance forte aujourd’hui : l’upcycling, la durabilité. Et cela dans le contexte d’une industrie qui reste l’une des plus polluantes. "Souvent les parents sont davantage sensibilisés et ce sont des enjeux qu’on retrouve dans les marques actuelles", explique Mathilde Semal.

On le voit par exemple avec la marque belge "Bonjour Maurice" dont les vêtements sont également mixtes et réversibles, ce qui leur permet de durer plus longtemps et de se transmettre entre frères et sœurs, tout en étant conçus pour être utilisés de façon autonome par les enfants.

Quentin Wilms – RTBF

Mais comme le montre l’exposition, cette tendance-là renvoie à des préoccupations anciennes : "Ce phénomène d’upcycling, de garder les vêtements plus longtemps, de les transmettre, on le retrouvait avant, sans doute davantage pour des raisons économiques, aussi parce qu’on avait une valeur du vêtement différente : les vêtements coûtaient plus cher par rapport au pouvoir d’achat des gens. Les vêtements étaient précieux. On a essayé de faire dialoguer des pièces contemporaines et des pièces de nos collections qui se rejoignent en termes d’approche."

On retrouve la robe à smocks, qui par sa flexibilité peut se porter longtemps, sans compter la pratique des ourlets pour s’adapter à l’évolution de la taille des enfants. Et à côté, une version contemporaine de l’utilisation du plissé : un label britannique qui conçoit des vêtements qui se déplissent au fil du temps, de façon à pouvoir être portés de 1 à 3 ans.

Tous ces vêtements et bien d’autres sont à découvrir jusqu’au 5 mars 2023, date de fin de cette exposition qui renouvelle le regard sur les garde-robes des plus petits.

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