RTBFPasser au contenu
Rechercher

Monde

Les sanctions vont indirectement toucher les citoyens russes, déjà appauvris par la gestion de Vladimir Poutine

01 mars 2022 à 05:00Temps de lecture3 min
Par Françoise Berlaimont

Les sanctions économiques et financières décidées par l’Union européenne et les Etats-Unis visent avant tout Vladimir Poutine et les oligarques russes. Les proches du Kremlin vont voir leurs villas sur la Côte d’Azur, leurs yachts en Méditerranée ou en Floride, leurs chalets dans les Alpes, leurs collections de voitures de luxe ou encore leurs comptes bancaires devenir inaccessibles. Ces sanctions vont aussi toucher les cercles militaires et des renseignements. Quant aux citoyens russes ordinaires, très loin de ce train de vie, ils devraient en subir indirectement le contrecoup.

Un ogre nucléaire mais un nain économique

La Russie est la première puissance nucléaire mondiale et le plus grand pays au monde en superficie. Mais en matière d’économie, elle ne représente que 2% du PIB mondial. C’est douze fois moins que les Etats-Unis et neuf fois moins que l’Union européenne ou la Chine. L’économie russe, basée à 50% sur la vente de gaz et de pétrole, va être sérieusement secouée, et c’est le but. Le revenu par habitant est déjà passé en quelques années de 14.000 euros à 11.000 euros. Le citoyen russe ordinaire, même s’il n’est pas visé par les sanctions, va en souffrir.

"L’argent de l’Etat russe va servir à payer les dépenses militaires engendrées par l’agression de l’Ukraine, explique Roland Gillet, professeur d’économie financière à la Solvay School et à la Sorbonne. "Ces sommes ne seront pas investies dans les programmes sociaux pour aider les plus pauvres." Et puis, vu les sanctions sur le secteur bancaire, "les biens qui pourront encore être importés seront plus chers à cause de la dévaluation du rouble".

Sanctions à géométrie variable

Avec le blocage de la banque centrale de Russie, les Américains veulent notamment empêcher les autorités russes d’acheter des roubles sur les marchés internationaux, grâce notamment à leurs réserves d’or. Ce lundi matin, le rouble avait déjà perdu 20% de sa valeur face au dollar. Depuis l’annonce des sanctions ce dimanche, les citoyens russes font la file devant les distributeurs de banque en devises étrangères, par crainte de manquer de liquidités. Car certaines banques russes, visées par les sanctions, pourraient très vite tomber en faillite. Le spectre d’une inflation fulgurante, suivie d’une récession, va toucher tous les Russes, surtout les plus modestes.


►►► A lire aussi: La porte ouverte à une adhésion express de l’Ukraine dans l’UE ? Pas si simple


La Russie va continuer à vendre son gaz à l’Europe, qui devra bien payer ses importations. Les Européens essaient donc d’être attentifs aux banques qui seront bannies du système Swift, en épargnant les institutions qui restent indispensables à la bonne marche des contrats énergétiques, des contrats qui ne peuvent être rompus du jour au lendemain.

 

Autarcie alimentaire mais pas technologique

Depuis les premières sanctions économiques en 2014, la Russie s’est organisé une certaine autarcie alimentaire. Le pays est le premier exportateur de blé au monde. L’économie russe a aussi développé les cultures de légumes et de fruits, les élevages pour la viande et les produits laitiers. "Il n’y a pas de craintes à avoir de ce côté-là", estime Roland Gillet. Quant à l’annulation des vols aériens des compagnies européennes et américaines, la plupart des Russes ne sont pas concernés. Les voyages à l’étranger, par aviation commerciale ou par jets privés, ne concernent qu’une minorité de riches.

Par contre, l’embargo sur les composants va influencer les activités industrielles, va les ralentir, et peut-être entraîner du chômage. "Mais là n’est pas le but des sanctions, nuance le professeur Roland Gillet. "Les Ukrainiens ne comprendraient pas que l’on n’agisse pas alors que le régime établi à Moscou détruit leurs infrastructures". Après le Covid, un vaccin Spoutnik inefficace, le peuple russe va devoir encore subir les conséquences de la guerre voulue par Vladimir Poutine.

Sur le même sujet

Sanctions européennes et guerre en Ukraine : sept banques russes exclues de Swift, RT et Sputnik interdits de diffusion

Guerre en Ukraine

Guerre en Ukraine : l'armateur MSC Mediterranean Shipping suspend les cargaisons vers la Russie

Guerre en Ukraine

Articles recommandés pour vous