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Les symboles de la géométrie signent peut-être la singularité de l'être humain

Les symboles de la géométrie signent peut-être la singularité de l'être humain.

© Karl Tapales - Getty Images

13 mai 2021 à 07:00Temps de lecture3 min
Par RTBF TENDANCE avec AFP

De la plus ancienne gravure attribuée à Homo Sapiens (des lignes parallèles datant de 73.000 ans) aux maisons dessinées par les enfants modernes dès leur plus jeune âge, le goût pour les formes géométriques régulières est universel chez l'Homme.

Il indique que les humains disposent d'un "langage de pensée" symbolique sans doute propre à leur espèce, selon l'étude signée par le doctorant Mathias Sablé-Meyer, de l'Université Paris-Saclay (PSL)/Collège de France.

L'intuition géométrique est-elle le propre de l'Homme ?

Une équipe de chercheurs de NeuroSpin (le centre de recherche sur l'imagerie cérébrale du CEA dirigé par le neuroscientifique Stanislas Dehaene) a mené une expérience montrant "que des intuitions de géométrie sont présentes chez les humains, mais absentes chez les babouins", affirme l'étude publiée fin avril dans les Proceedings de l'Académie américaine des sciences.

L'expérience consiste à "trouver l'intrus" parmi 6 formes géométriques simples (quadrilatères) dont une seule a une irrégularité : un côté un peu plus long ou un angle différent.

Puis à répéter l'opération, toujours avec un quadrilatère mais de plus en plus complexe.

Elle exploite l'effet de régularité géométrique, qui postule que l'on repère l'intrus d'autant plus simplement et rapidement que la forme examinée est une figure régulière, comme un carré.

Et qu'inversement, il est plus difficile de le repérer quand la figure est plus compliquée, en passant du losange au trapèze jusqu'à un quadrilatère irrégulier, c'est-à-dire sans angle droit ni côtés identiques ou parallèles.

Typiquement, l'humain testé trouve quasiment toujours l'intrus parmi des carrés. Son taux d'erreur monte à 40% avec un quadrilatère irrégulier.

"Les babouins se trompent partout !", pas les très jeunes enfants

Avec la collaboration de Joël Fagot, du laboratoire de psychologie cognitive du CNRS (Université Aix-Marseille), des babouins ont été entraînés à ce jeu. Avec d'excellents résultats avec des images non géométriques, comme une cerise rouge à distinguer au milieu de tranches de pastèque.

Mais dès qu'ils sont passés à des formes géométriques, "leurs performances se sont effondrées", selon l'étude. "Les babouins se trompent partout", quelles que soient les formes, a expliqué Mathias Sablé-Meyer.

Facile, diront les sceptiques. Les adultes réussissent mieux que les babouins car ils ont retenu leurs leçons de géométrie. Eh non ! Car même s'ils sont moins efficaces à la tâche, on observe le même effet de régularité géométrique chez des enfants de maternelle à peine sortis de l'âge où l'on joue au cube et chez ceux de première année d'école primaire.

La compétence semble universellement partagée

Encore facile, diront les plus sceptiques, les enfants testés ont des rudiments de géométrie et vivent dans un univers fait de lignes et d'angles.

Encore raté ! Les chercheurs, avec l'aide de Serge Caparos, du département de psychologie de Paris-8 Nanterre, ont fait passer le test à des adultes Himbas, un peuple pastoral du nord de la Namibie. Avec des résultats comparables à ceux des jeunes enfants français.

Pourtant "on sait qu'ils n'ont pas de noms pour les formes géométriques ni d'éducation formelle sur leurs propriétés", rappelle M. Sablé-Meyer.

Nomades, ils vivent de surcroît dans un environnement "non charpenté", libre de formes géométriques, souligne l'étude, qui met en regard celui des babouins testés, qui "ont grandi dans un environnement de laboratoire, très construit".

L'intelligence humaine se nourrit de géométrie euclidienne

Les chercheurs en concluent que l'humain dispose d'une capacité d'abstraction symbolique, un "langage" utilisant des notions comme l'angle droit ou le parallélisme, qui lui est propre.

Ils ont confirmé leur proposition en utilisant deux modèles d'intelligence artificielle. Le premier, qui "copie superficiellement la structure du cortex visuel" (lié à des taches de perception) prédit plutôt bien le comportement des babouins. Mais pour rendre compte de celui des humains, il faut passer par un deuxième, en le nourrissant "d'informations symboliques, des principes de géométrie euclidienne".

L'étude porte une citation de Galilée, pour qui l'Univers "est écrit en langue mathématique et ses caractères sont des triangles, des cercles et d'autres formes géométriques...".

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