Economie

Les taux d'intérêt à nouveau positif pour la Belgique. Augmentation en vue pour les particuliers ?

Pour les crédits hypothécaires il pourrait y avoir une légère augmentation, mais relative.

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09 mars 2021 à 14:05 - mise à jour 09 mars 2021 à 17:16Temps de lecture3 min
Par RTBF

L’Etat belge emprunte de nouveau à un taux (très légèrement) positif à 10 ans : + 0,02% ce lundi (et 0% ce mardi). Pourtant depuis 9 mois les taux étaient négatifs, jusqu’à -0,43% en décembre dernier. Autrement dit, lorsque la Belgique empruntait, elle devait rembourser moins que la somme prêtée ce n’est plus le cas aujourd’hui. "C’est surtout symbolique, précise le directeur de l’Agence de la Dette, Jean Deboutte. Les taux restent si bas que l’évolution est pratiquement sans impact sur les finances publiques".

Pourquoi les taux augmentent ?

L’origine de cette hausse se trouve aux Etats-Unis. Comme souvent, une hausse ou une baisse des taux là-bas a des influences de notre côté de l’Atlantique. Et en l’occurrence, depuis début janvier, il y a une hausse assez importante des taux américains, parce que les perspectives économiques sont encourageantes pour les investisseurs. D’une part parce que le nouveau président américain, Joe Biden, a annoncé un plan de relance de 1900 milliards, adopté par le Sénat récemment. D’autre part, parce que le plan de vaccination en cours aux Etats-Unis laisse augurer un déconfinement et une reprise plus conséquente qu’aujourd’hui de l’activité. "L’économie américaine va vraisemblablement croître très fort cette année, explique Charlotte de Montpellier, économiste chez ING. Cette forte croissance va conduire à de l’inflation. Cette inflation se traduit par une augmentation des taux sur les obligations d’Etat américain".

Contagion à l’Europe

Le mécanisme est le même en Europe malgré des perspectives économiques un peu moins enthousiastes chez nous : les investisseurs, vu la reprise, s’attendent à de l’inflation, donc une augmentation des prix, ils veulent être rémunérés en conséquence de cette augmentation des prix. "Comme il y a de l’inflation, les marchés attendent une rémunération plus importante pour le fait de prêter de l’argent à l’Etat, pour le fait de ne pouvoir en disposer pendant 10 ans détaille Charlotte de Montpellier. Parce que si l’inflation est forte, ils pourraient faire autre chose de cet argent".

Par ailleurs, si l’économie va mieux, les investisseurs s’attendent à ce que la Banque centrale augmente ses taux directeurs. "S’il y a une perspective d’augmentation de ces taux, les investisseurs anticipent explique Jean Deboutte. Ils demandent déjà aujourd’hui un rendement plus élevé sur les obligations d’Etat à long terme. Quand l’économie reprend, il y a de l’inflation et l’anticipation des actions des banques centrales. C’est exactement ce qu’il se passe aujourd’hui".

Vers une hausse des taux pour les particuliers ?

L’augmentation des taux d’emprunt pour les Etats va-t-elle induire une hausse des taux sur les carnets d’épargne ou les emprunts pour les particuliers ? Pas tout de suite pour nos experts.

En fait, il faut distinguer les taux à court terme et à long terme. "Pour nos comptes épargne ou des crédits à la consommation, là il n’y aura pas de conséquence, juge Charlotte de Montpellier, parce qu’ils sont déterminés par les taux à court terme décidés par la Banque Centrale Européenne qui eux n’ont pas bougé".

Pas d’augmentation à court terme

En revanche pour les taux à long terme, typiquement un emprunt hypothécaire, là, on pourrait voir une influence à la marge estime Jean Deboutte de l’Agence de la Dette. "Il pourrait y avoir une légère augmentation des taux hypothécaires. Mais ici, comme l’augmentation des taux obligataires est limitée, je ne crois pas que les banques augmenteront si vite leurs taux. Je ne m’y attends pas en tout cas".

D’autant que les obligations d’Etat à 10 ans ne sont pas le seul déterminant des taux hypothécaires. "Effectivement, une remontée des taux peut avoir un impact sur le marché hypothécaire confirme l’économiste Charlotte de Montpellier. On a d’ailleurs probablement atteint un plancher et on pourrait voir une légère remontée dans les prochaines années. Mais il ne faut pas oublier que d’autres choses entre en ligne de compte pour établir un taux d’intérêt pour un emprunt hypothécaire. Notamment la concurrence entre les banques, les règles macroprudentielles de la banque nationale,…". La tendance à long terme est donc plutôt à la hausse même si elle imperceptible ou à la marge à court terme.

 

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