Environnement

Les tortues pourraient-elles disparaître avec le changement climatique ? 99% des bébés tortues sont des femelles à cause de la chaleur

11 août 2022 à 13:29 - mise à jour 11 août 2022 à 13:55Temps de lecture3 min
Par Lavinia Rotili

Alors que la Belgique enregistre des journées de grande chaleur cette semaine, la question du réchauffement climatique s’invite un peu partout dans les médias. De l’autre côté de l’Atlantique, nos confrères de CNN et Reuters partageaient il y a quelques jours des constats alarmants sur les tortues marines de Floride : à cause de la chaleur de certaines plages, les œufs ont donné naissance presque exclusivement à des femelles.

"Les scientifiques qui étudient les nouveau-nés et les œufs de tortues marines n’ont trouvé aucun garçon, seulement des tortues marines femelles au cours des quatre dernières années", a déclaré aux médias américains Bette Zirkelbach, directrice du Turtle Hospital de Marathon en Floride. Ces constats, observe-t-elle, semblent être confirmés par une étude australienne qui met en avant que "99% des nouveaux bébés de tortues marines sont des femelles."

En quoi est-ce lié à la chaleur ? "Au moment de pondre leurs œufs, les tortues creusent des trous dans le sable, à une profondeur de 50 à 80 cm. La température du sable détermine le sexe des futures tortues : lorsque la température est plus élevée, des femelles vont naître, explique Jérôme Mallefet, Professeur de biologie marine à l’UCLouvain. La position des œufs dans le sable détermine l’exposition à la température et donc le phénomène d’aromatase, qui est le processus permettant de transformer les hormones masculines en hormones féminines". 

Les tortues de la Méditerranée sont aussi concernées

Par conséquent, si la température des plages augmente, la probabilité que des femelles naissent augmente. "Si les modèles du GIEC se confirment que la température va augmenter de 2°, il risque effectivement d’y avoir plus de femelles", détaille l’expert.

Et, comme le confirme Jérôme Mallefet, le phénomène risque de toucher également les espèces de tortues typiques de la Méditerranée, car cette mer est fermée et qu’elle continue de se réchauffer.

Les conséquences de ce phénomène, s’il se généralise, risquent de ne pas être des moindres : "Au fil des ans, vous allez voir une forte baisse de leur population parce que nous n’avons tout simplement pas la diversité génétique", a expliqué à nos confrères américains Melissa Rosales Rodriguez, gardienne de tortues marines à l’hôpital des tortues du zoo de Miami. "Nous n’avons pas le ratio mâle-femelle nécessaire pour pouvoir avoir des sessions de reproduction réussies." 

Quelles pistes de solution ?

Pour Jérôme Mallefet, cette hypothèse est bien réelle. En général, les tortues pondent leurs œufs deux fois par an, en pondant entre 80 et 150 œufs par ponte. "Cela peut laisser penser que même si les mâles diminuent, ce n’est pas grand-chose vu le grand nombre d’œufs pondus. En réalité, une tortue sur mille réussit à revenir sur la plage pour pondre : le ratio mâle/femelles risque donc d’être modifié et on aurait moins de mâles que de femelles."

Une hypothèse plus optimiste serait que les tortues s’adaptent à la chaleur et modifient leurs habitudes de ponte. Mais il est difficile, selon l’expert, de prévoir si et quand cela pourrait se vérifier.

D'une part, "les changements climatiques aujourd’hui sont beaucoup plus rapides que ceux que ces espèces ont connus auparavant et auxquels ils ont su s’adapter. Chez les humains, on dit souvent qu’une génération est suffisante pour s’adapter, mais chez les animaux, le délai est beaucoup plus long. En somme, l’adaptation biologique et écologique des espèces animales est plus lente que celle qu’on fait subir à l’environnement", détaille le professeur à l’UCLouvain.

D’autre part, une tortue marine met deux heures à creuser un trou, "ce qui est déjà très fatigant pour un animal qui n’est pas fait pour être sur terre. Il est donc possible que la tortue s’adapte, mais creuser un trou plus profond, pendant plus longtemps, avec une température plus élevée sur le sable pourrait être également très dur pour elle. Va-t-elle tenir le coup ?", se demande l'expert.

Une autre hypothèse serait finalement d'agir sur la température à laquelle se trouvent les œufs. "Mais cela correspondrait à une autre intervention de l’homme, cette fois pour réparer aux dégâts qu’il a provoqués."

A cette menace pour les tortues s’ajoutent également les tumeurs contagieuses, dont s'occupent actuellement par les deux hôpitaux américains. Autant de dangers qui, s’ils ne sont pas endigués, risquent de donner du fil à retordre à cette espèce.

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