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Les vacances aux sports d’hiver bientôt finies ? Les chiffres de l’empreinte carbone d’un séjour au ski

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Devra-t-on renoncer à skier demain en raison du réchauffement climatique ? S'ils sont à nuancer, les chiffres de l’empreinte carbone des vacances aux sports d’hiver jettent un froid, tant sur le plan écologique que financier. Les ménages à plus faibles revenus seraient les premiers à ne plus pouvoir s’offrir de séjour hivernal à la montagne.

C’est une question qui taraude des centaines de milliers de Belges, mais pas toute la population. On estime aujourd’hui qu’un peu plus de 700.000 belges partent chaque année aux sports d’hiver. Un chiffre élevé, mais qui ne représente que 6% de la population. Ces vacances loisirs concernent une petite minorité, et l’augmentation des prix continue pour ces vacances, qui risque de s’accentuer encore les prochaines années, réduira sans doute encore le nombre de ceux qui peuvent se permettre d’en profiter.

Mais avant de se pencher sur les problèmes financiers, doit-on s’inquiéter des conséquences du réchauffement climatique sur la pratique même du ski ?

La température moyenne augmente plus en montagne

Les chiffres pour la France parlent d’eux-mêmes :

  • Si on observe le niveau moyen du manteau neigeux, en montagne, sur ces 30 dernières années, il a perdu à peu près 40 centimètres par rapport à la moyenne des 30 années précédentes (la fourchette 1960-1990).
  • Si sur l’ensemble du territoire français, la température moyenne a grimpé de 1,4° sur le XXe siècle, en montagne, elle a grimpé à de deux degrés. Pourquoi cette différence d’augmentation ? Parce qu’on est entré dans un cercle vicieux : si la surface de neige diminue, les rayons du soleil sont moins réfléchis qu’avant, et donc la hausse des températures est plus brutale en montagne qu’ailleurs.

Conséquence directe : au fil des années, il faut composer avec de moins en moins de neige sur les stations de ski. Ces statistiques doivent toutefois être nuancées : il s’agit de moyennes. Cela ne signifie pas qu’on ne connaît plus d’hivers avec beaucoup de neige, même à basse altitude. Mais cette fréquence se fait de plus en plus rare. Les médias français se préoccupent donc de ces stations de moyenne montagne qui ont dû fermer récemment, ou complètement revoir leur activité par manque d’enneigement naturel.

Autre problème qui risque de se poser de plus en plus selon les spécialistes du climat, celui de l’instabilité. Cela signifie que les évènements extrêmes se répéteront de plus en plus : tantôt des épisodes chauds au milieu de l’hiver parfois, tantôt des tempêtes de neiges très importantes.

Les conséquences de ces phénomènes météorologiques augmentent notamment les risques d’avalanche. Tout cela rendra la gestion de domaines skiables de moins en moins prévisible, et donc de plus en plus coûteuse.

Les chiffres de l’empreinte carbone d’un séjour au ski

Doit-on dès lors estimer que la population qui part encore skier en montagne contribue à la disparition de leur sport favori ?

Il convient de nuancer les choses. L’ADEME, agence Française de l’environnement et de la maitrise de l’énergie, a fait le bilan de gaz à effet de serre du tourisme à la montagne.

On y découvre que la première source d’émission de gaz à effet de serre des sports d’hiver, c’est le transport. Pour l’étude de l’ADEME : c’est 52% des émissions de gaz à effet de serre des sports d’hiver qui sont liés aux déplacements, comme la voiture, pour rejoindre les stations.

Encore une fois, on parle de moyennes. Quelqu’un qui rejoint une station de sports d’hiver depuis la Belgique ne pollue pas autant que quelqu’un qui part d’Annecy, au pied des Montagnes. Selon le mode de transport choisi, le bilan varie fortement. L’ADEME cite en exemple, un Londonien qui vient en Avion puis en taxi, pour rejoindre sa station, émettra 431 Kg de CO2. Si ce même Londonien vient en train puis en bus, il en émettra 35… soit douze fois moins.

Ce genre de calcul vaut pour d’autres vacances que le ski. Dans la plupart des activités touristiques, ou bien pour les grands évènements culturels, c’est le transport pour rejoindre la destination qui est le plus gros poste d’émission de gaz à effet de serre.

Pour le reste des émissions, l’ADEME fournit des calculs très précis autant sur le cout carbone d’un bâton de ski que celui d’une paire de chaussette (0,02% de l’empreinte) alors que la paire de ski… elle représente 7% de l’empreinte carbone. Au total, la moyenne de l’empreinte carbone d’un séjour au ski liée à l’équipement monte à 16%.

Elle se chiffre à 17% pour tous les bâtiments, services et équipements touristiques (routes, cafés, restaurants,…)

8% sont liés à l’alimentation, avec là aussi de grosse différence : si on consomme ou non de la viande, l’empreinte carbone va du simple au triple.

Le logement, lui ne compte que pour 4% de l’empreinte globale. Sans doute lié au fait que pendant que vous vous chauffez à la montagne, vous ne chauffez plus vos maisons ailleurs. Et même si on séjourne dans des endroits plus froids, avec des chalets pas toujours bien isolés, on vit souvent plus nombreux dans des plus petits espaces, ce qui compense la différence.

Les domaines skiables, comprenant les remonte-pentes, le damage des pistes, la neige artificielle atteindraient 3% selon l’étude de l’ADEME. Soit beaucoup moins que le coût carbone d’une paire de skis.

© ADEME

La biodiversité aussi menacée par les sports d’hiver

Pour le ski, il n’y a pas que l’impact en termes d’émissions de gaz à effet de serre qui reste préoccupant. La crise de la biodiversité est au moins aussi grave que la crise climatique. Or, aménager des domaines skiables cela a forcément des conséquences sur les territoires et donc la faune et la flore.

Pour les récents mondiaux de ski à Courchevel, en France, pour élargir et d’allonger une piste existante pour les besoins des mondiaux on a dû terrasser 17 hectares, défricher 6 hectares de forêts, détruire des zones humides. Tout cela dans des zones où l’on a des espèces de faunes et de flores rares et déjà menacées.

On peut ajouter l’artificialisation des sols dans les stations qui s’étendent, tout comme la consommation des ressources d’eau.

Alors qu’on parle beaucoup de sécheresse en cette fin d’hiver, l’an dernier, les chiffres donnés par les stations françaises sur leur consommation d’eau pour produire de la neige artificielle représentaient la consommation annuelle de 170.000 ménages. Un facteur à aussi garder en tête au-delà de l’enjeu climatique.

La montagne de Grubigstein en Autriche, peu enneigée le 16 janvier 2023.
La montagne de Grubigstein en Autriche, peu enneigée le 16 janvier 2023. © Philipp Guelland/Getty Images

Les sports d’hiver, des vacances bientôt uniquement pour l’élite financière

Tous ces coûts environnementaux et financiers amènent aussi la question de l’injustice climatique : à savoir les conséquences inégalitaires du réchauffement de la planète. L’accès au ski est déjà très inégalitaire : il est réservé à une élite qui en a les moyens. Il y aura moins de stations qui pourront garantir le ski en saison à cause du réchauffement climatique, avec des investissements de plus en plus lourds pour gérer l’incertitude et les fluctuations. Tout cela dopera encore les prix de vacances déjà aujourd’hui très chères pour les ménages.

Ceux qui n’avaient déjà que très rarement l’occasion de s’offrir ce genre de vacances, et qui ont peu contribué à l’empreinte carbone du ski, ne pourront tout simplement plus accéder à ce genre de loisir dans le futur.

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