Les vendanges ont lieu en août : jamais au 20e siècle, déjà sept fois au 21e siècle !

Vendanges en août : jamais au 20eme siècle, 7 fois au 21eme siècle!
27 août 2020 à 09:38 - mise à jour 27 août 2020 à 09:38Temps de lecture3 min
Par Isabelle Huysen

Il n’est pas encore huit heures du matin quand les camionnettes arrivent. A leur bord, une bonne soixantaine de vendangeurs, des Français du coin, un couple de Suisses et des Polonais. Cette année, pour la deuxième fois de suite, les vendanges doivent commencer en août. Avec la chaleur des derniers mois, la canicule et la sécheresse, le raisin est déjà mûr. Pas question d’attendre, comme avant, le mois de septembre. Et pour Fabienne, une habituée des vendanges puisque c’est la trentième année qu’elle les fait, c’est un peu plus difficile : "Avant, c’était toujours en septembre. C’était mieux, on avait moins chaud." Mais le réchauffement climatique est passé par là.

André Drappier, viticulteur depuis 1947

André Drappier

Nous sommes dans les vignes de la maison Drappier. Elle fait du champagne depuis 1808. André représente la sixième génération de viticulteurs. Il a aujourd’hui 94 ans. Ses premières vendanges, c’était en 1947, il y a 73 ans. Et il s’en souvient : "Il faisait chaud, c’était une année exceptionnelle du point de vue de la qualité des raisins et du vin naturellement." Il faisait chaud, mais les vendanges ont quand même commencé en septembre. A l’époque, c’était la norme : "C’était souvent mi-septembre, il faisait moins chaud. Début septembre, on savait que les vendanges approchaient, on se préparait." Mais des vendanges en plein mois d’août, lui, il n’a jamais connu cela. Et pour cause : dans cette région de Champagne, pendant tout le 20e siècle, on n’a jamais vendangé en août. Les choses ont bien changé depuis le début du 21e siècle.

Michel Drappier, viticulteur depuis 1979

" Il y a beaucoup de petites solutions"

Le fils d’André, Michel, a fait ses premières vendanges en 1979. Comme son père, il a essentiellement vendangé à la mi-septembre. Et parfois dans des conditions climatiques très différentes de celles d’aujourd’hui : "Une année, on a même eu une chute de neige fin septembre. Aujourd’hui, pour la récolte, on est passé de l’automne à l’été". Ce changement a eu lieu au 21e siècle. C’est en 2003 que pour la première fois, il a dû vendanger en août. Ça n’était jamais arrivé le siècle précédent : "Au 21e siècle, on en est déjà à 7 vendanges qui ont démarré fin août. Cette année, pour certains, ça a même démarré le 17 août. Chez nous, on a attendu le 24. On attend d’avoir des raisins plus joufflus."

Et pour faire face à ce changement climatique, il faudra modifier la façon de travailler : "On va évoluer sur le choix des parcelles, elles vont être orientées plus au nord. On va récolter plus tôt, on va choisir des familles de cépage qui ont des maturités plus lentes, qui pourront être récoltées plus tard. Il n’y a pas une seule solution face à ce changement. Il y a beaucoup de petites solutions".

Hugo Drappier, viticulteur depuis 2016

" Il va falloir travailler les vins différemment"

Aujourd’hui, c’est Hugo, 8e génération dans la famille Drappier, qui supervise les vendanges. Cela fait 4 ans qu’il occupe ce poste. Et en 4 ans, il a déjà dû, à deux reprises, commencer les vendanges en août : "deux années consécutives en août, ce n’est pas mal !". Et quand on lui demande s’il pense que ça deviendra la norme : "J’en ai bien peur. Ce n’est pas un mal en soi. Il faut juste savoir comment les travailler, l’équilibre est différent. Mais j’ai bien peur qu’il faille s’habituer à vendanger fin août, voire début août. Mais si les épisodes de sécheresse et de canicule s’accumulent comme ces dernières années, il va falloir travailler les vins différemment, les vendre différemment. Et le goût va changer pour le consommateur."

Aujourd’hui, le raisin mûrit plus vite, il est plus sucré aussi. Du coup, on ne rajoute quasi plus de sucre. Mais avec cette chaleur, le raisin souffre aussi. Et on le voit, certaines grappes sont complètement desséchées : "C’est une maladie du 21e siècle. On appelle ça l’échaudage. Ce sont des grappes qui ont pris un coup de soleil, elles sont desséchées, elles manquent d’eau. On a ça de plus en plus souvent sur les années chaudes. Ce sont autant de graines perdues."

Et les générations futures ?

La 9eme génération Drappier

La 9e génération Drappier est très, très jeune. Michel Drappier a deux petits-enfants d’un an et dix-huit mois, qui sont bien loin de ces préoccupations : "Peut-être qu’on vendangera début août. Mes petits-enfants cultiveront certainement des cépages qui auront des maturations plus lentes. Ils vendangeront en août, mais peut-être quand même en septembre "

La famille Drappier n’est pas vraiment inquiète. Elle admet que la situation d’aujourd’hui est plus compliquée. Mais elle est surtout à la recherche de solutions. Il faudra certainement travailler les vins différemment. Et le consommateur, lui, devra peut-être s’habituer à un champagne qui aura un goût quelque peu différent.

Archives JT du 25/08/2018 - Vignes : vendanges précoces

Les premières vendanges à Saintes

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