Belgique

Les vendanges très précoces cette année : la faute au réchauffement climatique

Dossier de la rédaction sur les premières vendanges

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23 août 2022 à 10:53Temps de lecture4 min
Par Maud Wilquin sur base des propos recueillis par Marie Vancutsem

C’est à partir de ce mardi 23 aout que les neuvièmes vendanges de Vin de Liège débuteront. Ces vendanges très précoces s’annoncent exceptionnelles avec un rendement jamais atteint grâce à l'été très chaud que nous avons connu. Au total, quelques 150.000 bouteilles sortiront. Un chiffre qui donne le sourire, comparé aux 50.000 bouteilles de l’année passée.

Sur le terrain, les équipes s'activent. "Là, on est en train de préparer l'intendance puisque c'est aussi très important, dans une journée de vendanges où on accueille 40 vendangeurs, d'avoir toute l'infrastructure - café, soupe, tout ça - pour que les vendangeurs puissent tenir le coup toute la journée" nous explique Alec BOL, administrateur délégué de la coopérative. "On a un hectare à récolter aujourd'hui d'un cépage qui s'appelle le Solaris, qui est très précoce, et on compte récolter environ 4 000 litres de jus."

Et il n'y a pas qu'à Liège que les vendanges sont fort précoces. "On a récolté plus tôt partout", confirme Fabrizio Bucella, Professeur à l'Université libre de Bruxelles (ULB), Directeur à Inter Wine & Dine (IWD) et auteur du livre Les tribulations œnologiques du Professeur Bucella (Flammarion). "Les vendanges ont démarré en France et en Italie. C'est assez exceptionnel et marquant qu'on les démarre si tôt en Belgique, d'ailleurs."

C'est le taux de sucre présent dans les raisins qui détermine la date des vendanges. "Vous savez que le sucre va se transformer en alcool. Quand le raisin est à maturité, on sait qu'il doit donner environ 12, 13, 14% d'alcool dans le vin. On va donc suivre cette évolution de prise de charge en sucre du raisin. Ici, on est sur un Solaris qui est déjà bien mûr puisqu'il est vers les 13 degrés d'alcool potentiel. Ça veut dire qu'on ne peut pas attendre vu la quantité de sucre."

 

L'influence de la météo

L'année 2022 devrait être une année d'exception pour les amateurs de bon vin. Et pour cause, selon Fabrizio Bucella, les conditions météorologiques influencent très fortement la qualité du vin. "J'ai par exemple repris les derniers millésimes à Bordeaux. Bordeaux, c'est un climat continental et on dit qu'il est très marqué, très typé millésime. J'ai regardé depuis les années 2000 les millésimes qui sont notés plus que 17 sur 20, et souvent les études indiquent que lorsqu'un millésime est bien noté, cela signifie que l'été a été sec. On constate par exemple que depuis 2010, tous les millésimes ou presque qui sont notés plus que 17 sur 20 sont dans les dernières années, c'est-à-dire 2015, 2016, 2018 et 2019. Donc, à part 2017, on n'a eu que des étés chauds et secs, avec bien sûr une bonne qualité de vendanges à la fin, mais c'est quand même problématique pour la nature, pour la planète, pour nous."

A l'inverse, l'été 2021 marqué par d'importantes inondations n'a pas permis de fabriquer un vin d'une aussi grande qualité. "2021 a vraiment été une année horrible pour nous puisqu'il a plu quasiment tout l'été. Les vendanges ont donc été beaucoup plus difficiles et beaucoup plus tardives", confirme Alec Bol. "L'année a aussi été beaucoup plus difficile, on a fait des petits rendements, et quoi qu'il en soit, le raisin n'était pas aussi chargé en sucre que cette année."

Savoir s'adapter et anticiper le changement climatique est donc indispensable. "Toutes les régions devront s'adapter", affirme Fabrizio Bucella. "Mais l'astuce est qu'elles vont s'adapter pour des raisons différentes. Les dernières études qui ont été faites par rapport au vignoble français indiquent qu'on pourrait aller jusqu'à la suppression de 85% de la surface du vignoble si on a un réchauffement climatique à quatre degrés, et 50%, c'est-à-dire la moitié de la surface du vignoble, si le scénario à deux degrés se réalise. Or, on est clairement dans le scénario à deux degrés. Ça signifie en vérité qu'une vigne sur deux en France va sauter. Bien sûr, dans le midi de la France, le problème va être la bataille de l'eau. Mais par contre, les régions qui sont l'apanage d'un seul cépage, comme la Bourgogne, sont dans une extrême difficulté parce que quand le cépage n'est plus adapté, nous n'avons alors pas la capacité de jouer sur un autre matériel végétal, sur une autre matière première, comme on peut par exemple le faire à Bordeaux ou dans d'autres régions dites multicépages."

Choisir un nouveau cépage reviendrait en effet à empêcher un producteur de produire pendant trois ans. "Quand vous plantez, c'est pour les cinq, les 10, les 30, les 50 prochaines années. (...) Donc, si vous dites à un vigneron qu'il doit changer de cépage, il doit arracher sa parcelle de vigne, il doit choisir un autre cépage, il doit replanter, sa vigne ne peut pas produire pendant deux ans et demi ou trois ans, en fonction de la date exacte de plantation. Et puis, les premières feuilles, les premières années où la vigne donne du raisin ne permettront pas de produire un excellent vin."

La Belgique à l'abri

En ce qui concerne les récoltes belges par contre, Alec Bol reste confiant. "En Belgique, on a de la marge. C'est la première fois que nous récoltons aussi tôt, mais le reste de notre encépagement est suffisamment tardif. Nous n'aurons pas de souci à moyen terme avec le réchauffement climatique. Le vignoble belge est encore tout petit, et donc dans le choix des cépages qui sont plantés par d'autres vignerons ou par nous, puisque la coopérative grandit, peut-être qu'on peut aussi orienter vers des cépages qui sont dans une moyenne un peu plus tardive que le cépage qu'on vendange aujourd'hui, comme le Solaris."

Le secteur est certes peu développé, mais il n'en est pas moins attirant. Depuis quelques années, de plus en plus de producteurs se lancent dans l'aventure. "Le secteur viticole belge est en plein bouillonnement. Ça a un petit côté grisant pour tous les vignerons qui participent à cette aventure parce que c'est une nouvelle page qui s'écrit, et les vignerons belges sont très aventureux", confie Alec Bol. "Il faut savoir que les vignerons belges sont en général des passionnés. Ce sont des gens qui aiment le monde du vin ne le font pas pour l'argent. Ils essayent donc beaucoup de choses, ils échangent beaucoup de choses, chacun va un peu dans une direction différente, ce qui fait pour l'instant la grande diversité des vins belges, mais aussi, c'est vrai, des choses très originales et très nouvelles."

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