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Les zones blanches en Wallonie, mythe ou réalité ?

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La Belgique fait partie des pays les mieux classés en Europe concernant l’accès aux télécommunications sur son territoire. Cependant, il existe toujours des communes wallonnes à la limite de la "zone blanche", rendant le quotidien des personnes habitant celles-ci plus compliqué.

La période de crise sanitaire Covid-19 a fait d’autant plus ressortir certains problèmes rencontrés au quotidien par les citoyens belges. La question de l’accès pour tous aux télécommunications au sein des différentes régions que compte notre pays s’est notamment imposée. En effet, la réalité de l’accroissement du télétravail et l’accessibilité à de plus en plus de services en ligne rendent l’importance d’une couverture réseau internet haut débit et mobile de qualité d’autant plus tangible et légitime.

Qu’est-ce qu’une zone blanche ?

Speed test – image d’illustration
Speed test – image d’illustration © Tous droits réservés

Une zone blanche est une zone géographique au sein de laquelle la couverture internet des lignes fixes et/ou la couverture réseau mobile est très limitée, voir inexistante.

Depuis 2018, de la directive européenne établissant un nouveau code des communications électroniques européen, on considérera comme "zones blanches" internet : les communes ne disposant pas d’une vitesse de débit descendante (téléchargement) de minimum 100Mdps à l’horizon 2025. Avant 2018, la vitesse minimale souhaitée était de 30 Mdps.

Au niveau du réseau mobile, les variations de la qualité de couverture sont examinées selon plusieurs critères : l’infrastructure de réseau mobile et la technologie employée (3G, 4G, 5G).

Les cas de "zones blanches" existants et les zones géographiques concernées par ces problèmes d’accès à des réseaux de télécommunication de qualité sont généralement des zones rurales ou des zones moins densément peuplées comme l’indique l’Étude qualitative des réseaux à haut débit fixes et mobiles en Belgique réalisée en 2021 par l’Institut Belge des services Postaux et des Télécommunications (IBPT) : "La couverture dans une commune définie est fortement liée à la densité de population : dans des zones moins densément peuplées, il est économiquement moins intéressant pour un opérateur de déployer ou de mettre à niveau son réseau vers de plus hauts débits. Ce n’est pas une coïncidence si les zones bien couvertes correspondent généralement aux zones à plus forte densité de population."

La situation de la couverture réseau des larges bandes fixes en Wallonie et à Bruxelles

Carte du taux (%) de couverture réseau lignes fixes à hauteur d’une vitesse descendante minimale de 100 Mbps en 2019.
Carte du taux (%) de couverture réseau lignes fixes à hauteur d’une vitesse descendante minimale de 30 Mbps en 2019.

Afin de mieux comprendre la situation rencontrée sur le terrain, une carte de couverture réseau ligne fixe a été développée par l’IBPT. Notons que celui-ci récolte les statistiques répertoriées sur cette carte via les opérateurs VOO, Proximus et Télénet. Les données récoltées sont analysées par Statbel, l’office belge de statistique, qui effectue des calculs de taux de couverture agrégés- ménage ayant accès à un certain débit auprès d’au moins un opérateur susceptible de lui fournir une connexion- en termes de ménages et de population.

La première carte située ci-dessus - consultable sur le site internet de l’IBPT - exprime la cartographie statistique du taux de couverture pour un débit de 100 Mdps, vitesse minimale pour ne pas être considéré comme zone blanche. La deuxième carte représente le taux de couverture pour 30Mbps, ancienne norme minimale.

La couverture des zones de Province de Luxembourg, de la Province de Liège, Province de Namur et de la Province du Hainaut semble ne pas encore optimale. Plusieurs communes (en rouge sur la carte) – et dont le taux de couverture exact de chacune d’entre elles est consultable en ligne- ne dépassent pas les 50% de taux de couverture de la zone en 100Mbps. Par exemple, le centre d’Onhaye n’est couvert qu’au taux de 45,9%.

La situation de la couverture réseau mobile en Wallonie et à Bruxelles

Cartographie du taux (%) de la couverture réseau 4G Proximus sur le territoire – Qualité bonne
Cartographie du taux (%) de couverture réseau mobile Proximus 4G sur territoire – Qualité très bonne en 2019.

L’IBPT étudie également la qualité des réseaux mobiles grâce à des mesures effectuées sur le terrain croisées aux données communiquées par les opérateurs.

L’Institut indique que les données enregistrées par ses soins sont mesurées en extérieur. La qualité du signal varie donc si la prise de mesure a lieu en intérieur en fonction de plusieurs facteurs : le type de bâtiment et son mode de finition (épaisseur des murs, béton/brique…), les bandes de fréquences dans lesquels les signaux mobiles sont transmis et l’emplacement dans le bâtiment où est prise la mesure.

Ces facteurs sont pris en considération lors de l’élaboration des statistiques mais restent difficiles à établir de façon exacte comme le signale l’IBPT dans son étude : "La qualité de réception d’un signal mobile et le nombre de fois où il est interrompu dépendent donc de toute une série de facteurs. C’est la raison pour laquelle un signal mobile est généralement moins fiable qu’un signal passant par un réseau fixe, et que la réception à l’intérieur d’un bâtiment est moins prévisible".

Les cartes ci-dessus permettent de constater la couverture du territoire pour l’opérateur Proximus en technologie 4G (la plus utilisée) avec critère de qualité de la couverture réseau bonne à gauche et très bonne à droite. Ces données ne concernent qu’un seul des opérateurs présents en Belgique, les autres données sont disponibles au sein de l’Atlas de l’IBPT.

Vivre dans une zone blanche

Téléconférence – image d’illustration
Téléconférence – image d’illustration © Basak Gurbuz Derman

Le télétravail étant devenu la norme lors de la crise sanitaire du coronavirus, les habitants de "zones blanches" n’ont pu que constater l’importance d’un accès à un internet haut débit. Le témoignage relayé par Matélé d’un habitant de Fter dans la commune d’Onhaye, Didier Debroux, reflète l’impact que le manque de couverture peut avoir au quotidien : "Je sors mon GSM toutes les deux à trois heures pour voir si j’ai des appels manqués. Je fais la même chose avec ma tablette. J’essaie de vérifier si j’ai des mails. Évidemment, je ne reste pas rivé sur l’écran toute la journée, mais j’essaie de répondre aux mails, tant bien que mal. Parfois, c’est malheureusement trois heures après."

Le domaine de l’éducation a également touché comme nous le rappelle la RTBF dans un article qu’elle a consacré aux cours à distance lors des deux confinements consécutifs. Les étudiants y témoignent de la lenteur du réseau et de ce que cela implique au niveau purement logistique pour eux. Émilien habitant d’Honnelles, une commune rurale entre Mons et la frontière française, témoigne : "Si je veux faire une mise à jour, ici il me faut une heure pour télécharger un giga. A l’école, ça me prend 8 secondes. La différence est quand même notable."

En 2020, RTC Liège et Belga alertaient : quatre Belges sur dix risquaient l’exclusion numérique à cette époque. Outre l’aspect matériel qui est certainement non négligeable, l’article souligne également l’importance d’une couverture haut débit dans les territoires. En Province de Liège, il existe des zones ou le taux de couverture haut débit est inférieur à 50%.

Des objectifs face aux contraintes et difficultés

Travaux d’installation de la fibre optique
Travaux d’installation de la fibre optique © Tous droits réservés

L’accès à internet haut débit et à une couverture réseau mobile de qualité est aujourd’hui une nécessité en termes économique et social.

En Belgique, l’élargissement de la couverture de ces réseaux est la compétence du fédéral mais celui-ci doit impérativement travailler avec les différents acteurs de terrain tels que les Régions, les services communaux, les opérateurs… Ce qui complique la tâche. Difficulté en plus, l’entreprise de l’installation de ces services reste à l’initiative des opérateurs prenant en charge les coûts et travaux. En 2020, Matélé rapportait l’existence d’une collaboration efficace entre les services communaux de Vresse-sur-Semois et l’opérateur Proximus, profitant de la réalisation d’une tranchée afin d’installer la fibre optique.

Les autorités ont pourtant conscience de l’importance d’un réseau de qualité pour tous. En 2016, par exemple, un accord est conclu entre la Wallonie et les 3 grands opérateurs de télécoms afin d’améliorer la couverture des 39 communes catégorisées "zones blanches" en Wallonie.

Notons également que la Région Wallonne a mis en place une plateforme de signalement des problèmes de connectivité : Digital Wallonia Connect. Cette initiative a pour but de collecter un maximum de données et de répondre aux problèmes de manière efficace. 83 communes sont aujourd’hui inscrites sur cette plateforme dont les signalements portent sur plus de 4500 foyers.

En 2021, le Conseil des ministres a voté le lancement le "plan national pour la large bande fixe et mobile", un programme visionnaire souhaitant supprimer d’ici 2025 les dernières "zones blanches".

Les contraintes techniques et d’infrastructures sont également à souligner dans le cas des zones subissant un débit descendant faible sur les lignes fixes. En effet, celui-ci varie en fonction des techniques de réseau (cuivre, câble ou fibre optique) et des technologies utilisées par chaque opérateur. Mais aussi, à distance de câble entre les bornes et les habitations étant également une contrainte.

Armoires optiques et réseau hertzien, solutions au problème de réseau ?

Des solutions aux différentes difficultés rencontrées sont à l’étude. C’est notamment le cas à Houyet pour les hameaux de Soinne et de Lavis. Les habitants peuvent aujourd’hui profiter d’une connexion haut débit grâce à l’installation d’une armoire de fibres optiques installée par Proximus. Comme expliqué dans le reportage réalisé par Matélé, l’armoire à fibres optiques est une interface permettant de connecter un câble à fibres optiques principal à un autre câble à fibres optiques de distribution allant vers l’extérieur. La proposition de l’utilisation du réseau hertzien est également à l’étude, mais cela implique d’autres contraintes en termes de distances et de végétation présentes entre les paraboles.

Une réalité mais aussi des solutions

Au vu des différentes données, l'existence de zones blanches au sens de la définition du code des communications électroniques européen et des nouveaux objectifs 2025 du gouvernement ne semble pas être un mythe mais bien la réalité de chaque personne habitant ces zones. 

Cependant, il est à souligner que tous les acteurs de la télécommunication paraissent être conscients des problèmes qui peuvent être rencontrés et des conséquences que cela peut engendrer.

Si vous rencontrez des soucis concernant les télécommunications dans votre zone, plusieurs options s'offrent à vous, dont en voici quelques pistes:

- Contacter votre opérateur afin de discuter des solutions possibles aux problèmes que vous rencontrez;

- Effectuer des tests de vitesse de débit internet -Speedtests- de votre connexion accessibles via toutes les plateformes des opérateurs;

- Signaler vos problèmes de connexion à la plateforme Digital Wallonia Connect;

- Consulter des cartes de données de couverture réseau internet et mobile (IBPT, Test Achats...) vous permettant de choisir au mieux votre opérateur.

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