Bundesliga - Football

Lewandowski, récit d'un petit Robert devenu géant

Robert Lewandowski, sérial buteur du Bayern.

© ATTILA KISBENEDEK - AFP

29 oct. 2020 à 11:28 - mise à jour 29 oct. 2020 à 11:28Temps de lecture4 min
Par Antoine Hick

Le regard confiant vissé vers les lointaines travées du stade, la bouche ouverte dans un rictus mêlant fierté et détermination, les deux mains croisées sur son torse. Cette célébration iconique, tout bon fan de football la connaît par cœur. Elle vient de Robert Lewandowski, ou l’homme qui enquillait les buts plus vite que son ombre. Et si le Polonais est aujourd’hui, à 32 ans, au sommet d’un art qu’il maîtrise à la perfection, son ascension a été tortueuse. Récit.

Né dans une famille de férus, d’une mère volleyeuse et d’un père judoka puis footballeur, le jeune Robert baigne très vite dans cet environnement sportif qui l’enivre. Et si, comme beaucoup de jeunes, il multiplie les activités au gré des saisons, il opte finalement pour le football et ce ballon rond qui lui colle aux pieds entre les cours.

Un physique frêle, "pas assez de sandwichs au bacon"

Mais malgré des débuts prometteurs chez les jeunes, l’entame de carrière est tumultueuse, Robert Lewandowski ne parvient pas à faire le grand saut. A 17 ans, le fébrile attaquant au physique trop frêle, aux guiboles trop fines, se morfond dans l’anti-chambre du football polonais, bien loin des grisantes paillettes qu’il connaîtra plus tard. "Je lui répétais qu’il fallait qu’il mange davantage de sandwichs au bacon" sourit avec le recul son premier coach de l’époque, Krzysztof Sikorski.

Après un bref interlude au Delta Varsovie, Lewandowski s’engage finalement avec le Legia, formation ultra-branchée de la capitale, pour y faire ses dents avec l’équipe réserve. Mais la réussite et cette substantielle confiance qui fait respirer tous les grands attaquants, le fuient. Après quelques matches et une vilaine blessure, il est écarté du groupe et se retrouve sans club.

Place alors au doute et à cette sempiternelle remise en question. A-t-il vraiment les capacités pour devenir professionnel et matérialiser le rêve de son papa, Krzysztof, qui espérait secrètement voir son fils faire ses débuts professionnels avec le Lazienkowska Street ? Est-il trop fragile ? se demande-t-il même, échaudé par quelques récentes blessures. Les questions tourbillonnent.

Un appui nommé Iwona

Heureusement pour lui, sa maman, Iwona, se met en branle pour lui offrir cette salvatrice bouée de sauvetage dont il a tant besoin. Ancienne entraîneuse de volley à Pruszkow, elle a gardé certains contacts dans la ville et permet finalement à son gamin de signer un contrat avec le Znicz Pruszkow.

Conscient de cette opportunité inouïe qui lui est octroyée, Lewandowski met les bouchées doubles et peaufine ses points faibles, façonne un jeu offensif qu’il sait prometteur et prend du muscle pour éviter une nouvelle blessure. Sa dernière chance, il ne veut et… ne va pas la laisser passer.

La suite est limpide puisque les acquis et le sens inné du but, eux, sont bien ancrés : des débuts fracassants en troisième division, une montée en 2e division est des goals à la pelle qui se multiplient. La machine Lewa' est en train de naître.

 

Lewandowski et Jerôme Boateng.
Lewandowski et Jerôme Boateng. MARTIN MEISSNER - AFP

Le Lech Poznan, dernier tremplin avant le grand saut allemand

Meilleur buteur de D2 polonaise, il rate la montée en D1 avec son club d’un cheveu mais se retrouve malgré tout sur les tablettes des plus grandes écuries du pays. C’est finalement, le Lech Poznan qui lui ouvre ses portes. Buteur décisif pour ses débuts, il s’érige très vite comme le fer de lance offensif de l’équipe. Après deux saisons lors desquelles il frôle inlassablement la barre des 20 buts, il largue les amarres et quitte la Pologne pour la toute première fois, direction Dortmund. Après des années de galère, ce Lewandowski plus mature, plus costaud, plus confiant, est enfin prêt à écrire sa légende et à rendre fier son mentor, son premier soutien, son papa, disparu quelques années plus tôt.

Légende de Bundesliga, humain parmi les ovnis

La suite, vous la connaissez. Dans le bassin de la Ruhr pendant 4 saisons puis en Bavière, sous les couleurs du Bayern Münich depuis 2014, Robert Lewandowski détonne par son sens du but et son abnégation, souvent décisive.

Hyper complet, technique, altruiste, doué des deux pieds et doté d’un jeu de tête exceptionnel, le Polonais fait partie de cette gamme de joueurs que chaque entraîneur rêverait d’avoir dans son équipe. "Il est le plus grand professionnel que j’ai rencontré. Il réfléchit tout le temps à la nourriture adéquate, au sommeil dont il a besoin, au prochain entraînement. Il est toujours là, jamais blessé, parce qu’il se concentre sur les choses importantes. Il sait comment toujours être en forme."

Quand un tel compliment vient de Pep Guardiola, c’est suffisant pour vous classer un bonhomme. Meilleur buteur étranger de l’histoire de la Bundesliga, auteur du quintuplé le plus rapide de l’histoire, meilleur artificier saison après saison dans l’oppressant sillage des deux ovnis que sont Messi et Cristiano Ronaldo, champion avec Dortmund puis avec le Bayern, lauréat de la Ligue des Champions, le petit Robert a bien grandi. Et a signé un joli pied de nez et une éclatante revanche au nez et à la barbe de tous ceux qui ne croyaient pas en lui en début de carrière.

Robert Lewandowski ou l’itinéraire d’un ancien pestiféré, devenu le symbolique ballon d’or de 2020.

 

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