Dans l'air du temps

Lhasa de Sela, l’éternelle : "la diversité n’est pas une exception, elle est la règle"

© David LEFRANC / Gamma-Rapho via Getty Images

03 oct. 2022 à 13:39Temps de lecture2 min
Par Réal Siellez

Dans sa chronique Dans l’air du temps, Réal Siellez nous parle d’une chanteuse à la trop courte vie, qui aurait eu 50 ans cette année, Lhasa de Sela, décédée à l’âge de 37 ans.

Lhasa naît le 27 septembre 1972, dans une famille nombreuse. Fille d’un écrivain et professeur mexicain d’origine libanaise, et d’une photographe américaine d’origine russo-polonaise, elle a neuf frères et sœurs. Lhasa décide de devenir chanteuse dès son plus jeune âge en écoutant Billie Hollyday.

Elle fait ses débuts à 13 ans dans un café grec de San Francisco, sans sécurité, a cappella, elle chante du Billie Holliday et elle subjugue déjà. Les circonstances de la vie l’ont conduite à Montréal en 1991. C’est en 1997 qu’elle rencontre Yves Desrosiers, une rencontre déterminante pour la suite de sa carrière. Elle sort alors son premier album, intitulé La Llorona".

Dans cet album, elle explore ses racines mexicaines avec une série de 11 titres en espagnol. Et rien que par ce fait, elle change le visage de la chanson immigrante du Québec. Pour la première fois, une artiste fixée à Montréal vend un demi-million d’albums dans le monde sans chanter ni en français ni en anglais. Elle s’empare des rythmes mexicains traditionnels des années 30 et 40 et y ajoute des accents tziganes et klezmers. Parce que "la diversité n’est pas une exception, elle est la règle".

S’ensuivent alors deux années de tournée avec cet album, ainsi que deux années supplémentaires où elle chante dans un spectacle de cirque, accompagnée de trois de ses sœurs. Et en 2003, Lhasa sort son second album, The living road. Un album sur lequel elle chante en espagnol, en anglais, mais également en français.

Les collaborations se multiplient, elle travaille avec les Tindersticks, Patrick Watson, Jérôme Minière, Franck Monnet ou encore Arthur H. De plus en plus reconnue, récompensée et inclassable, Lhasa entreprend une longue tournée américaine et européenne. Son troisième album, éponyme "Lhasa" sort en 2009. Plus folk et blues acoustique, celui-ci est totalement anglais et dédié à sa mère, sa langue maternelle au sens premier du terme… Et pour cet album elle opère un virage vocal, avec une voix plus claire et plus haute.

Alors qu’en mai 2009, elle lance sa tournée qui s’annonçait comme un grand retour, elle est contrainte de s’arrêter pour des raisons de santé. Elle combattra un cancer du sein pendant plus de 21 mois… L’hiver l’emportera, elle fermera les yeux à 37 ans, le 1er janvier 2010.

L’agent de Lhasa diffusera un communiqué le 3 janvier qui se termine par ses mots "Il a neigé plus de 40 heures à Montréal depuis son départ, deux jours de neige et un grand tapis blanc sur la ville pour amortir – un peu – une nouvelle abrupte."

Le spécialiste de la chanson francophone, Bertrand Dicale dit qu’il y a chez Lhasa quelque chose de totalement vitale, "peu d’artistes n’ont donné autant qu’elle l’impression de voir une funambule en même temps que l’on entend une philosophe".

Lhasa, une âme puissamment chantante, une connexion ancrée à une fugace liberté. Elle fait partie de ses interprètes pour qui le chant n’est pas un vêtement mais un tatouage. Elle aurait eu 50 ans ce 27 septembre, elle nous laisse trois albums studios et un album live sorti à titre posthume… Elle sera donc éternelle.

Lhasa de Sela avec un de ses rares titres francophones, "la confession" en 2003 sur son album "the living road", c’était dans l’air du temps, ça l’est toujours.

Dans l'Air du temps

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