Climat

L’Himalaya plus dangereux que jamais : changement climatique et attrait du risque accusés

L’Himalaya plus dangereux que jamais : changement climatique et attrait du risque accusés.

© Nicole Kucera

03 oct. 2022 à 08:00Temps de lecture3 min
Par RTBF avec AFP

La mort de l’alpiniste américaine Hilaree Nelson a démontré la dangerosité croissante de l’ascension de l’Himalaya, guides et experts pointant du doigt le changement climatique et l’attrait du risque de plus en plus prononcé chez les alpinistes et les touristes, parfois inexpérimentés.

Hilaree Nelson, 49 ans, a été emportée sur les pentes du Manaslu (8163 mètres), huitième plus haut sommet du monde, qu’elle descendait à ski avec son compagnon. Son corps a été retrouvé mercredi.

Quels sont les massifs les plus dangereux ?

Les sommets himalayens les plus connus sont concentrés au Népal. Entre 1950 et 2021, 1042 décès y ont été recensés, dont 405 depuis 2000. Un tiers des décès sont causés par des avalanches, selon une base de données locale, et un tiers par des chutes. Les autres décès sont imputables notamment au mal des montagnes et à l’épuisement.

Le massif de l’Annapurna (8091 mètres) est le plus meurtrier : 72 morts pour 365 ascensions depuis les années 1950. Les sommets de Dhaulagiri et du Kanchenjunga ont un taux de mortalité supérieur à 10%. Les passages escarpés et le risque d’avalanche ont valu au K2 pakistanais (au moins 70 morts depuis 1947) le surnom de "montagne sauvage".

La plupart des décès (plus de 300 décès entre 1950 et 2021) sont survenus sur l’Everest. Mais comme les alpinistes y sont beaucoup plus nombreux, le taux de mortalité est relativement faible à 2,84%.

Quel impact du changement climatique ?

Une étude de 2019 a montré que les glaciers himalayens fondaient deux fois plus vite qu’au siècle dernier.

Une autre étude, de 2022, basée sur la datation au carbone, a souligné que la couche supérieure de glace près du sommet de l’Everest avait environ 2000 ans, suggérant que le glacier s’amincissait plus de 80 fois plus vite que le temps nécessaire à sa formation.

Comment a-t-il accru les risques ?

Aucune étude approfondie n’a encore été effectuée sur le changement climatique et les risques croissants pour les alpinistes partant à l’assaut de l’Himalaya. Mais les grimpeurs ont remarqué que les crevasses s’élargissaient, que de l’eau dévalait sur des pentes auparavant enneigées et des formations plus nombreuses de lacs glaciaires. "Porter des crampons à neige sur une glace qui s’amincit et sur des rochers peut être particulièrement dangereux", a souligné l’alpiniste népalais Sanu Sherpa, 47 ans, qui a gravi deux fois les quatorze plus hauts sommets du monde.

"La couche neigeuse est beaucoup moins importante. Je crains que les montagnes ne soient que des rochers dans les prochaines générations."

Il devient de plus en plus difficile de prévoir l’évolution des glaciers et les risques d’avalanche augmentent. En 2014, un immense mur de neige, de glace et de rochers s’est effondré, tuant seize guides népalais sur l’Everest, un des accidents les plus meurtriers de l’Himalaya. "La météo est devenue plus imprévisible. Certaines années sont plus chaudes, d’autres plus froides", a déclaré un blogueur alpiniste Alan Arnette.

Et la surfréquentation des sommets ?

Pour les experts, les accidents mortels touchent surtout une nouvelle vague de touristes, mal préparés pour les ascensions et qui affluent par centaines au Népal, au Pakistan et au Tibet chaque année. La croissance rapide de l’industrie de l’alpinisme a créé une concurrence féroce entre les entreprises, au prix parfois de la sécurité.

Le Népal a délivré cette année 404 permis pour le Manaslu, deux fois plus qu’habituellement. Le Pakistan en a émis environ 200 pour le K2, le double du nombre habituel. En 2019, un embouteillage sur l’Everest a obligé les cordées à attendre des heures dans des températures glaciales, des conditions épuisantes pour les organismes.

Quelles mesures pour sécuriser les ascensions ?

De nombreux organisateurs utilisent des drones pour évaluer les risques, surveiller les données vitales des grimpeurs en temps réel et certains alpinistes portent des trackers GPS. Les organisateurs d’expédition prévoient davantage d’oxygène et la qualité des bulletins météorologiques s’est considérablement améliorée.

Mais pour l’un d’entre eux, Lukas Furtenbach, "les entreprises doivent investir dans la formation aux risques d’avalanches, dans l’entraînement et l’évaluation des risques pour leurs guides ainsi que dans le matériel d’avalanche comme les balises et (la technologie de sauvetage) RECCO", a-t-il déclaré. "Nous faisons en sorte d’amener nos clients au sommet mais seulement si cela peut être fait selon des règles bien définies", a confié de son côté Mike Hamill de Climbing the Seven Summits.

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