L'Histoire continue

L’histoire continue : 1972, terreur à Munich

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03 sept. 2022 à 05:51Temps de lecture5 min
Par Bertand Henne

Il y a 50 ans se déroulait la prise d’otage des Jeux olympiques de Munich par le groupe Septembre noir. Les 20e Jeux olympiques de Munich battent leur plein lorsqu’un groupe terroriste palestinien prend en otage 11 athlètes de la délégation israélienne. La prise d’otage va très mal se terminer. Les autorités allemandes, mal préparées et dépassées, ont aligné les erreurs.

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Le 26 août 1972. La délégation israélienne défile lors de la cérémonie d’ouverture des 20e Jeux olympiques de Munich. Un moment particulièrement émouvant car non loin d’ici, il y a 27 ans, le sinistre camp de Dachau tournait encore à plein régime. Dans ce pays, l’Allemagne, les derniers Jeux olympiques en 1936 avait tourné à la propagande Nazie et l’antisémitisme érigé en doctrine mortifère. Les organisateurs veulent montrer le visage de la nouvelle Allemagne, celle de la république fédérale qui a tourné le dos au Nazisme.

La délégation Israélienne défile lors de la cérémonie d’ouverture. Munich, 1972.
La délégation Israélienne défile lors de la cérémonie d’ouverture. Munich, 1972. © Belga

5 septembre, 4h30 : L’assaut

Tout se déroule normalement jusqu’au 5 septembre. A 04h30 heures du matin un groupe de 8 hommes s’approche des barrières du village. Ils sont déguisés en athlètes, dans leur sac de sport des armes, fusils-mitrailleurs, pistolets, grenades. Les 8 hommes sont du groupe terroriste septembre noir. C’est un groupe qui réclame la libération de la Palestine.

Ils tentent de trouver un passage. Sans succès, soudain ils sont interpellés par des athlètes. Ce sont des Canadiens, qui reviennent d’une fête un peu éméchés. Croyants croiser d’autres athlètes fêtards, ils décident de s’entraider et leur font passer les barrières. L’obstacle franchi, les huit hommes foncent vers le pavillon occupé par la délégation israélienne. C’est un petit immeuble au style contemporain de verre et de béton. Dans le hall de l’immeuble, les 8 hommes retirent leur survêtement, ils enfilent des cagoules, prennent les armes.

Le bruit réveille un homme qui a le temps de donner l’alerte. Réveillé un premier athlète s’enfuit, un second, un entraîneur de lutte Moshe Weinberg tente d’intervenir. Il prend une balle dans la mâchoire. Les terroristes le forcent alors à le conduire jusqu’aux autres chambres. Moshe Weinberg les dirige vers celle des lutteurs et haltérophiles pensant peut-être qu’ils auront plus de chance de faire face.

C’est là que dort Yossef Romano. Comme les autres, il est surpris dans son sommeil par un déluge de cris et des coups de crosses. Il est fait prisonnier. Moshe Weinberg, déjà blessé, décide de tenter une nouvelle fois de maîtriser un des preneurs d’otage. Il se lance sur un des terroristes mais prend une balle dans le ventre et meurt. Dans la confusion un homme parvient à s’enfuir, Yossef Romano lui se saisit d’un couteau et fonce vers les terroristes. Il parvient à en blesser un, mais il est abattu juste après. Yossef Romano meurt vidé de son sang au milieu de la pièce où sont détenus 8 de ses camarades.

Yossef Romano
Yossef Romano © Tous droits réservés

Munich se réveille. Ce matin-là il y a donc déjà deux morts, les télévisions et radios du monde entier sont là et racontent les événements en direct. Les négociations commencent avec les autorités allemandes. Les terroristes demandent la libération de 236 prisonniers palestiniens détenus en Israël sinon ils abattront un otage toutes les heures. A Tel Aviv, la Premier ministre Golda Meir répond très vite qu’il n’y aura aucune libération, Israël refuse toute négociation avec les terroristes. En représailles, les preneurs d’otages jettent le corps de Moshe Weinberg du balcon.

Un terroriste se montre sur le balcon de l’immeuble de la délégation israélienne.
Un terroriste se montre sur le balcon de l’immeuble de la délégation israélienne. © AFP or licensors

Alors que le drame se joue devant les caméras du monde entier. Le comité olympique décide, lui, de continuer les Jeux. Une décision très contestée qui plonge l’olympisme dans un malaise profond. Devant l’attitude inflexible d’Israël, les terroristes repoussent leur ultimatum et changent leurs exigences. Il leur faut maintenant un avion et une exfiltration vers Le Caire en Egypte.

Les Allemands cèdent à leurs exigences. Ils prévoient des bus et des hélicoptères pour se rendre à la base aérienne de Fürstenfeldbruck ou les attendent un Boeing 727. Les autorités montent un plan à l’aéroport. L’équipage de l’avion est remplacé par des policiers qui devront maîtriser les preneurs d’otage lors de l’inspection de l’avion qu’ils ne manqueront pas d’exiger. Pendant de temps 5 tireurs d’élites devront eux neutraliser les autres membres du commando resté près des hélicoptères.

22h30 : le carnage

Il est 22h30 les hélicoptères se posent avec terroristes et leurs 9 otages. Et rien ne va se passer comme prévu. Les Allemands pensent qu’il y a 4 ou 5 preneurs d’otages, ils découvrent qu’ils sont 8. Leur dispositif est donc insuffisant. Les policiers qui sont dans l’avion paniquent. Ils s’enfuient sans avertir leurs supérieurs.

Comme attendu, trois membres du commando vont examiner l’avion. Découvrant qu’il n’y a pas d’équipage, les preneurs d’otages comprennent qu’ils ont été dupés, ils hurlent, ils courent vers les hélicoptères ou sont toujours les otages et les 5 autres terroristes.

A ce moment, des projecteurs éclairent la piste comme en plein jour. Les tireurs d’élites ouvrent alors le feu. Mais ils sont trop peu nombreux et mal placés. La fusillade dure plus d’une heure. Vers 23h30 Les Allemands font intervenir des véhicules blindés. Mais ils mettent une demi-heure pour arriver à l’aéroport embouteillé par les curieux et les médias.

Des blindés arrivent enfin sur la base de Furstenfeldbruck où une fusillade est en cours.
Des blindés arrivent enfin sur la base de Furstenfeldbruck où une fusillade est en cours. © Tous droits réservés

Vers minuit, acculé, un des terroristes lâche une grenade dans un des hélicoptères qui explose tuant les 3 otages présents. Un autre terroriste vide son chargeur sur les 5 otages restants qui meurent les mains liées. Le fiasco est complet, tous les otages sont morts ainsi qu’un policier Allemand.

L’hélicoptère calciné après l’explosion de la grenade lancée par un terroriste.
L’hélicoptère calciné après l’explosion de la grenade lancée par un terroriste. © Tous droits réservés

Cinq terroristes sont tués dans la tentative d’assaut menée par la police. Trois sont capturés. Ils seront relâchés par l’Allemagne quelques semaines plus tard en réponse aux exigences de pirates qui ont détourné un Boeing de la Lufthansa à Beyrouth.

Cette libération choqua Israël et poussa l’Etat Hébreu à lancer une vaste opération d’élimination systématique des responsables du massacre : L’opération “colère de Dieu”. Le Mossad pratiqua au moins une dizaine d’assassinats ciblés à travers le monde. L’opération s’est terminée 20 ans plus tard, en 1992.

Une voiture de police extrait les 3 terroristes encore vivants de la base aérienne de Furstenfedbruck, près de Munich. 1972
Une voiture de police extrait les 3 terroristes encore vivants de la base aérienne de Furstenfedbruck, près de Munich. 1972 © Tous droits réservés
Les trois terroristes capturés à Munich.
Les trois terroristes capturés à Munich. © Tous droits réservés

Cette prise d’otage est un moment, un tournant peut-être dans le conflit Israëlo Palestinien. L’image de la cause de la Palesine en occident se retrouve très dégradée. Affaiblie, la résistance palestinienne va évoluer et se détourner du terrorisme international pour plutôt œuvrer à la reconnaissance internationale de la Palestine. C’est ce qui mènera l’OLP de Yasser Harafat à la négociation des accords d’Oslo dans les années 90.

Pour tous les services de sécurité du monde, il y aura un avant et un après Munich. Les autorités allemandes ont commis énormément d’erreurs. Ce mercredi, pour l’anniversaire des 50 ans de la tragédie, le gouvernement allemand et les familles de victimes israéliennes sont parvenus enfin à un accord sur les indemnisations.

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