Le fantôme de la radio

L’humour à la radio, des années 50 à aujourd’hui

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25 janv. 2022 à 10:45Temps de lecture5 min
Par RTBF La Première

Les radios de service public en Belgique ont longtemps conservé une réputation de médias très sérieux, voire austères. La faute sans doute à ces présentateurs à la voix sévère et au ton solennel qui ont sévi derrière le micro pendant de nombreuses années. Pourtant, il y a toujours eu de la place pour l’humour dans la grille des programmes. Le Fantôme de la Radio passe en revue 80 ans d’humour à la radio. Vous entendrez un peu de tout, en espérant que vous en rirez, un peu, beaucoup, même à gorge déployée. Esprits chagrins s’abstenir !

Sketches, histoires drôles, fictions humoristiques, canulars téléphoniques, et autres chroniques se sont imposés petit à petit, au fil du temps, à tel point qu’aujourd’hui, l’humour fait partie des composantes essentielles de la programmation radiophonique à la RTBF.

La manière de faire de l’humour à la radio a bien sûr évolué avec le temps et les époques. Les humoristes ont gagné de plus en plus de libertés. Le vocabulaire et les thèmes ont changé. Des tabous et des limites ont été franchis. Progressivement, ou quelquefois sans préavis, on a osé l’insolence, l’humour noir, l’ironie grinçante, parfois le mauvais goût. Il est même arrivé que l’on frôle les contours de la vulgarité…

Les années 40 et 50

La séquence d’humour la plus ancienne retrouvée dans nos archives a été diffusée pendant la dernière guerre, sur les antennes de Radio Bruxelles, la radio contrôlée par l’occupant. Oui, même pendant la guerre, l’humour avait sa place à la radio. Une manière pour les Allemands d’amadouer les auditeurs, de leur faire croire que finalement, peu de choses avaient changé.

Il s’agit d’un sketch d’Adolphe et Adolphine, incarné par Gilberte Legrand et Willy Maury, un duo de comiques belges très populaires à Bruxelles et Paris dans les années 30. La séquence est à écouter dans le podcast ci-dessous. Tendez bien l’oreille car cette séquence a été enregistrée sur disque. Il y a ici et là quelques craquements qui se font entendre.

Dans les années 50, l’INR diffuse une série sur l’humour et les gens de théâtre. Cette collection rassemble des anecdotes diverses sur les grands comédiens de la scène française. Les histoires sont racontées par le comédien français Samson Fainsilber sur un ton élégant et emprunté, caractéristique de la radio d’autrefois.

Les années 60 et 70

L’émission Contraste, produite par le centre de Liège dans les années 60 et 70, occupait une grande partie de l’antenne du samedi sur le premier programme de la RTB et n’était pas dénuée d’humour. Entre les reportages, les débats, les interviews, se faufilaient des séquences humoristiques. Comme ces parodies de la météo, des tops horaires et des communiqués à la batellerie que vous entendrez ici et là dans le courant de l’émission.

Stéphane Steeman en 1975

En 1966, la RTB crée un programme autour de la vedette de music hall incontournable de l’époque : Stéphane Steeman. L’humoriste et imitateur connaît un énorme succès. La radio entend lui réserver une place de choix sur les antennes. Ce sera tous les dimanches soir, de 20 à 24h, en direct et en public une fois par mois, depuis Flagey. L’animateur choisi pour présenter ce programme aux côtés de la vedette est un jeune qui débute dans le métier : Jacques Mercier.

Dimanche Musique reste dans les mémoires à cause notamment de la séquence ‘Allô quoi tu veux ?’. Derrière ce titre se cachent les premiers canulars téléphoniques de la radio, en Belgique. Stéphane Steeman reprend la formule inventée par le comédien français Francis Blanche, qui consiste à piéger des quidams par téléphone. ‘Allô quoi tu veux’devient très vite une séquence culte.

Les années 80

Les années 80 marquent un vrai tournant. Les émissions d’humour se multiplient sur les antennes radio de la RTBF. Sur Radio Une, la chaîne qui a précédé la Première, Marc Moulin et Jacques Mercier lancent La Semaine infernale, en 1987. Philippe Geluck y fait des merveilles avec sa séquence du Docteur G, féroce mélange d’histoires absurdes et d’humour noir.

L’équipe du Jeu des dictionnaires et de La Semaine infernale
L’équipe du Jeu des dictionnaires et de La Semaine infernale RTBF

1987, c’est aussi l’année du Concours Eurovision de la Chanson organisé par la RTBF. Un show un peu guindé, présenté par la chanteuse Viktor Lazlo, auquel assistent des invités soigneusement triés sur le volet. Afin de boucler le budget colossal nécessaire à la réalisation du Concours eurovision, la RTBF ouvre pour la première fois ses antennes au parrainage commercial et à la publicité. Ces énormes dépenses en choquent plus d’un à l’intérieur de la maison. Quelques mois après l’événement (qui a eu lieu le 9 mai 1987), l’émission Radio Bulles, produite par la RTBF Namur, en fait une parodie grinçante derrière laquelle on trouve Lucette Simon, Xavier Ess, René-Philippe Dawant, sans oublier l’humoriste et imitateur Jacques Jossart.

Toujours dans les années 80, un jeune homme, standardiste à la RTBF Mons, est repéré par le producteur Jean-Loup Viseur. Thierry Van Cauberg, c’est son nom, reçoit sa chance. Il co-anime l’émission Histoire de rire, avec Serge Van Haelewijn.

Il devient François Pirette et relance les canulars téléphoniques, avec brio.

Les années 90

Entre 1990 et 1991, les Snuls, quintet d’humoristes qui passe au vitriol tous les aspects notre Belgitude, lancent ‘Le Journal des Snuls’pour Radio Une (l’ancêtre de la Première), Une production parallèle en quelque sorte à l’émission télé 'Plus ou moins net' diffusée, elle, sur Canal +.

Ce journal prend d’abord la forme d’une émission hebdomadaire, programmée tous les dimanches. Il devient ensuite une capsule de 5 à 6 minutes, diffusée tous les jours, en après-midi, juste avant le ‘Jeu des Dictionnaires’.

Le ton et le type d’humour de cette émission radio restent ceux des émissions TV mais on peut dire que, par moments, en radio, les Snuls vont oser davantage. Ils vont aller très loin dans l’irrévérence, l’insolence, et parfois le mauvais goût. Ce qui a, plus d’une fois, irrité la direction de la RTBF.

Les années 2000

Phénomène plus récent, l’humour s’installe dans les émissions dites sérieuses. La facétie et la plaisanterie ne sont plus cantonnées aux émissions drôles. A la RTBF, on accepte désormais le mélange des genres. Comme dans Matin Première, l’émission d’information matinale qui accueille des chroniqueurs et des humoristes.

Ainsi, en 2012, dans la séquence du Café serré, Laurence Bibot incarne pour la première fois à l’antenne Odette Reblochon Mercadet, devant l’invitée du Jour Joëlle Miquet, alors Ministre de l’Intérieur.

Il y a aussi l’humour involontaire, inattendu, déclenché par un fou rire. Sur les ondes du très sérieux Troisième Programme, dans les années 80, Jacques Beckaert présente une émission sur les musiques du monde. Soudainement, il perd le contrôle…

Retrouvez tous ces délicieux moments d’humour en podcast, dans ce premier épisode

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Vous en voulez encore ?

Persuadé que des séquences humoristiques lui avaient échappé, le Fantôme de la Radio a continué à explorer les milliers d’heures d’archives radiophoniques, à la recherche de quelques perles drôles et cocasses.

Qui cherche, trouve ! Le Fantôme a déniché pour vous quelques raretés improbables, audacieuses et croustillantes. Certaines d’entre elles, particulièrement féroces, ont été enregistrées et diffusées il y a presque 60 ans.

Poissons d’avril, sketches, fausses publicités, fous-rires, bêtisier et parodies de chansons sont au programme de cette deuxième émission dédiée à l’humour radiophonique.

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Le Fantôme de la Radio, une émission écrite et réalisée par Eric Loze avec le soutien de la SONUMA.

Les séquences que vous avez entendues sont extraites entre autres des émissions suivantes :
Matin Première
Le Journal des Snuls
5 heures
Histoire de rire
Contrastes
Radio Bulles
Dimanche Musique


 

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