Chroniques

L’hypocrisie du rail

Philippe Walkowiak

© RTBF

La grève du rail a ceci de particulier : syndicats, ministre et direction de la SNCB et d’Infrabel sont sur la même longueur et partagent les mêmes revendications ! Mais alors qu’est-ce qui coince ?

Rail délaissé

Depuis les gouvernements Martens-Gol qui ont fait supprimer de nombreuses lignes et gares, le rail en Belgique a longtemps été délaissé. Pourtant, le chemin de fer constituait aux yeux de beaucoup de politiques une alternative essentielle. On a longtemps désinvesti dans le rail tout en continuant de le promouvoir.

Le gouvernement Michel constitue le dernier exemple en date : il entendait réaliser 3 milliards € d’économies sur la législature, en supprimant 2700 emplois avec l’ambition affirmée de placer le rail belge à un niveau de performance du service au client qui nous place dans le top 5 européens ! (sic).

Avant le Covid, la SNCB transportait 250 millions de voyageurs. En 25 ans, ce chiffre aura pourtant doublé, alors que le personnel a été réduit comme les investissements dans le rail. Forcément, aujourd’hui, cela coince. D’autant plus qu’il y a une réelle volonté de résorber ces retards. Il faut donc trouver les moyens tant humains que financiers. Cela devrait constituer un défi de société, cela ressemble plutôt à une querelle de boutiquier.

Investir dans le rail

Pendant longtemps, les partis francophones ont délaissé le rail. Au point qu’en Flandre, on songe régulièrement à régionaliser les chemins de fer.

Les ateliers les plus modernes sont en Flandre, la clé de répartition des investissements reste à 60/40 alors que les lignes sont plus longues et nécessitent plus d’ouvrages d’art en Wallonie, Zaventem a eu son Diabolo, plus question en revanche, de gare aux aéroports de Liège et Charleroi, le RER vers le nord est beaucoup plus avancé que vers le sud, etc.

Ce gouvernement entend réinvestir dans le rail mais a-t-il les moyens de ses ambitions ?

Depuis le début de cette année, 22.000 trains ont dû être supprimés soit pour déficience du matériel/incidents ou manque de personnel (15% des cas).

Le plan Vision 2040 du gouvernement fédéral entend doubler d’ici là le nombre de voyageurs, développer le transport par rail.

Près de 4 milliards € d’investissements sont nécessaires. SNCB et Infrabel peinent par ailleurs à recruter, à compenser les départs à la retraite.

La situation budgétaire globale n’incite guère à l’optimisme. D’autres secteurs (Justice, Police, Défense, Santé, Energie, etc.) attendent également d’importants moyens, tout aussi indispensables.

Le gouvernement fédéral se trouve actuellement en plein débat budgétaire. La dette belge va repartir à la hausse.

Choisir, c’est renoncer.

 

@PhWalkowiak

 

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JT du 05/10/2022

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