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Liban: recycler les tonnes de verre pulvérisé par l'explosion en carafes et bocaux

Recycler les débris de verre qui jonchaient les rues de Beyrouth, une façon pour les Libanais de tourner le regard vers l'avenir.
06 sept. 2020 à 14:59 - mise à jour 06 sept. 2020 à 14:59Temps de lecture3 min
Par F.C. (avec AFP)

Un mois après l’explosion qui a ravagé le port de Beyrouth, la capitale libanaise renaît petit-à-petit de ses cendres. Ce jour-là, fenêtres, baies vitrées et devantures de boutiques ont volé en éclat à travers la capitale et ses banlieues. On se souvient tous des images de débris de verre qui jonchaient les rues de la ville au lendemain de la catastrophe. Ces tonnes de débris, certains tentent aujourd’hui de les recycler et de les transformer en carafes et bocaux.

Une lueur d’espoir après le drame qui a fait plus de 190 morts et 6.500 blessés. Les camions chargés des éclats de verre ramassés dans les quartiers dévastés approvisionnent deux usines familiales de Tripoli. Dans le four rougeoyant de la verrerie, un ouvrier soulève de lourdes pelletées de verre brisé.

Carafes et bocaux

Une fois fondu dans cette usine de Tripoli, métropole du nord du Liban, le verre sera utilisé pour fabriquer des carafes traditionnelles, une initiative lancée par des associations et des volontaires engagés dans le déblaiement des décombres après la déflagration du 4 août qui a dévasté des pans entiers de Beyrouth.

"Nous avons décidé qu'une partie de tout ce verre pulvérisé (...) devait aller aux industries locales pour servir de matériau brut", explique Ziad Abi Chaker, militant écologiste qui dirige l'entreprise de recyclage Cedar Environmental. Vétéran de la cause au Liban, il s'est mobilisé après la tragédie avec d'autres volontaires de la société civile pour élaborer un plan visant à récupérer le verre dans quasiment toutes les rues.

Des hommes s'évertuent à ramasser les tonnes de débris de verre qui s'amoncellent devant l'usine.
Des hommes s'évertuent à ramasser les tonnes de débris de verre qui s'amoncellent devant l'usine. © Tous droits réservés

Recyclage en continu

"Nous travaillons 24 heures sur 24", assure Wissam Hammoud, vice-président de la United Glass Production Company (Uniglass), verrerie fondée par son grand-père à Tripoli. "Ici nous avons le verre de l'explosion de Beyrouth", poursuit le jeune homme, désignant les hauts monticules qui s’entassent dans la cour et sont triés par les ouvriers.

Les mains protégées par des gants en caoutchouc, ils disposent les morceaux de verre tranchant sur un tamis pour les séparer des cailloux et du sable, avant de les transporter vers le four. La pâte élastique est ensuite utilisée par un souffleur qui donne forme à de gros bocaux, mais aussi ces carafes bombées surmontées d'un long col étroit, typiques de l'artisanat libanais.


►►► À lire aussi: Liban: les images impressionnantes de la double explosion à Beyrouth, une ville "dévastée" (photos et vidéos)


Au total, les deux usines de Tripoli ont reçu près de 58 tonnes de verre, selon Abi Chaker, qui, avec les financements adéquats, espère à terme leur envoyer jusqu'à 250 tonnes. D'après ses estimations, l'explosion du 4 août pourrait avoir soufflé plus de 5.000 tonnes. Un numéro spécial a rapidement été mis en place pour permettre aux Beyrouthins d'appeler et demander qu'on vienne récupérer le verre brisé chez eux.

Dans un pays aux services publics en déliquescence, où la gestion hasardeuse des déchets alimente les inquiétudes sur la pollution environnementale, l'objectif était aussi d'éviter que le précieux matériel ne finisse dans les décharges du pays.

Après être passés dans le four, les débris forment un pâte transformée en nouveaux bocaux ou carafes.
Après être passés dans le four, les débris forment un pâte transformée en nouveaux bocaux ou carafes. © Tous droits réservés

"Il faut du temps"

Dans les quartiers en ruine de Mar Mikhaël, Gemmayzeh ou encore Karantina, les volontaires peuvent encore être vus tous les jours déblayant les débris et balayant les petits bouts de verre sur le sol des cuisines et des chambres abandonnées, effectuant souvent un premier tri pour isoler le verre.

"Nous avons des montagnes de déchets qui s'empilent à Beyrouth", met en garde Anthony Abdel Karim, un des volontaires en charge de coordonner la collecte du verre. "Il y a du verre, des gravats et du métal qui sont mélangés aux déchets organiques. Ce n'est pas sain", renchérit le jeune homme. "Au Liban, il n'y a pas de recyclage digne de ce nom".

Le verre envoyé à Tripoli "n'est que la partie émergée de l'iceberg" estime M. Abdel Karim. Il y a aussi les morceaux qui ne peuvent pas être recyclés. Pour cela il faut trouver une autre façon peut-être en les concassant avec du béton ou avec d'autres matériaux. "Il nous faut du temps, on le sait", reconnaît M. Abdel Karim.

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