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L’incendie au domaine militaire de Brecht aurait-il pu être évité ? Du côté syndical, on pointe le processus d’externalisation

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25 avr. 2021 à 11:38 - mise à jour 25 avr. 2021 à 15:20Temps de lecture5 min
Par Jean-François Noulet, avec L. Henrard

Vendredi, un important incendie s’est déclaré lors d’un exercice de tir au domaine militaire Groot Schietveld, dans la commune de Brecht (Anvers). Le Parquet a ouvert une enquête pour établir les circonstances de l’incendie. L’incendie aurait-il pu être évité ? Le véhicule de pompier normalement présent sur le site n’était pas opérationnel. Il n’y avait pas non plus de personnel formé à la lutte contre un départ de feu.

Même s’il n’est pas certain que ce personnel aurait été suffisant pour empêcher la propagation des flammes, la question de la gestion des camps se pose. La plupart des camps militaires sont en attente de la désignation d’un gestionnaire privé. D’ici-là, selon le SLFP Défense, il n’y a rien d’étonnant "à ce qu’on se retrouve avec de moins en moins de personnel qui pourrait faire ce job de pompier dans les camps".

Pas de personnel formé à la lutte contre les incendies dans le camp, pas de véhicule d’intervention non plus

Selon le Général-Major Marc Thys, vice-chef de la Défense, interrogé par la VRT, le type d’exercice effectué vendredi à Brecht ne représentait pas de risque d’incendie. Il s’agissait "de munitions totalement inertes", a-t-il expliqué dans l’émission dominicale De Zevende Dag.

Normalement, dans le camp de Brecht, un véhicule équipé de matériel de lutte contre les départs de feu devait être présent. Ce véhicule n’était pas opérationnel. En principe, il devrait y avoir dans ce camp du personnel formé à ce type d’intervention, en plus de son travail habituel, un peu comme dans une entreprise, des employés sont formés aux premiers secours. A Brecht, ce personnel formé par la Défense à la lutte contre les incendies est parti à la retraite et n’a pas été remplacé.

Mais selon le Général-Major Thys, ce véhicule d’intervention et le personnel ne devaient pas être présents pour le type d’exercice mené vendredi à Brecht. De plus, explique Marc Thys, "les déclarations du Commandant des pompiers confirment que ce matériel n’aurait rien changé".

L’organisation de la lutte contre les incendies dans les domaines militaires

Quand il s’agit de lutte contre les risques d’incendie dans les domaines militaires, l’analyse de risque établit trois catégories.

Il y a le niveau "1", où le risque est faible. Du personnel est formé à l’usage des extincteurs et à l’évacuation du personnel. C’est le niveau qui présente le moins de risques.

Vient ensuite le niveau "2". Là, du personnel a reçu une formation plus complète et est capable d’intervenir avec un véhicule équipé de matériel de lutte contre les incendies. Ce personnel n’est pas "pompier" à temps plein, mais effectue cette tâche en cumul de ses autres fonctions.

Enfin, vient le niveau "3". Dans ce cas, des pompiers professionnels sont présents. C’est le cas, par exemple, des bases aériennes.

Le camp de Brecht, où l’incendie s’est déclaré vendredi, relevait du niveau 2.

La faute au processus d’externalisation en cours, selon le SLFP Défense

Cette gestion du risque en trois niveaux fait face à d’importants changements dans l’organisation des camps. Sous la précédente législature, sous le ministre Vandeput (NV-A), il a été décidé de confier la gestion des camps militaires à des partenaires privés. La gestion de tel ou tel camp doit être accordée après le lancement d’un marché public.

Avec cette décision, "on se retrouve dans une zone grise où il y a une extinction du personnel au niveau des camps. On se retrouve avec de moins en moins de personnel qui, par cumul, pourrait peut-être faire ce job de pompier dans les camps", explique Dimitri Modaert, du SLFP Défense. Les militaires formés à la lutte contre les incendies ne sont pas remplacés une fois retraités, dans l’attente de la désignation d’un partenaire privé pour la gestion du camp. C’est à ce dernier que devrait alors revenir le soin de désigner du personnel en charge de la gestion du risque d’incendie.

"Soit le personnel est en pension, soit on se retrouve avec un quota extrêmement restreint de militaires formés qui, en plus, doivent effectuer ce job en cumul", explique Dimitri Modaert, du SLFP Défense. Cela rend l’organisation difficile si ces personnes sont sur d’autres missions, en congé ou absentes pour d’autres raisons explique le responsable syndical.

Le camp d’Arlon a déjà dû faire appel aux pompiers civils

Pour Dimitri Modaert, ce processus d’externalisation pose question. Pour le moment, le camp d’Elsenborn est géré par un partenaire privé. C’est un test.

"Actuellement, la gestion du camp est effectuée par une entreprise extérieure. Dans ses missions, elle doit gérer l’équipe incendie au sein du camp", explique Dimitri Modaert.

Cette logique de fonctionnement devrait s’appliquer aux autres camps. En attendant, ces camps sont dans ce que le SLFP Défense appelle "une zone grise". "Par exemple, au camp Lagland, à Arlon, on attend avec impatience ce marché public pour être opérationnel à ce niveau-là, vu qu’il y a une extinction du nombre de militaires", confie Dimitri Modaert. Selon ce dernier, en cas de départ de feu, le camp Lagland a déjà dû faire appel aux pompiers civils du service régional d’incendie.

Dans ce contexte, pour Dimitri Modaert, la situation qui s’est produite vendredi à Brecht pourrait se reproduire ailleurs. "Sans vouloir lancer une grande polémique, mais dans le but de conscientiser tout le monde, oui, clairement, la situation pourrait avoir lieu aussi bien dans un camp que dans un quartier où il a été décidé de disposer d’une équipe de niveau 2, qui ne serait pas disponible par manque de personnel ou de disponibilité", avertit Dimitri Modaert, du SLFP Défense. Celui-ci espère que le plan d’externalisation, soit le recours au privé, en cours de développement à la Défense sera temporaire, le temps que des recrutements aient lieu.

 

La ministre de la Défense réagit : "Il y a eu un désinvestissement majeur dans le personnel"

Contactée, la ministre de la Défense, Ludivine Dedonder (PS) attend les résultats de l’enquête pour comprendre ce qui a causé l’incendie. Pour elle, il est trop tôt pour "faire des raccourcis attribuant cet incident à un manque de personnel ou à un manque de formation". Toutefois, dit-elle, "ce n’est un secret pour personne qu’il y a eu un désinvestissement majeur dans le personnel, les différentes années qui ont précédé mon entrée en fonction".

Elle rappelle que sous cette législature, il a été décidé de recruter "10.000 militaires et de nombreux civils pour permettre à la Défense d’assurer les missions qui sont les siennes et palier l’ensemble des départs à la pension".

Ces recrutements permettront-ils de ne plus avoir besoin de recourir au privé ? Cela pourrait-il permettre de faire marche arrière sur le plan d’externalisation ? "Le plan d’externalisation, tel qu’il avait été décidé par mes prédécesseurs va suivre son cours, mais j’ai demandé qu’il y ait une évaluation de ce processus d’externalisation parce que ce n’est pas nécessairement dans mes intentions de poursuivre cela", ajoute Ludivine Dedonder. 

Elle précise qu’aujourd’hui, il y a "un tel manque de personnel" à la Défense qu’il est "nécessaire d’outsourcer", de sous-traiter au privé.

Cependant, l’objectif à terme, "c’est d’avoir suffisamment de personnel propre à la Défense pour assurer l’ensemble de nos missions et notre sécurité", ajoute-t-elle. Pour justifier le maintien du plan d’externalisation, "il faut que le niveau soit supérieur à ce que la Défense aurait pu assurer elle-même", conclut-elle.

JT du 25/04/2021 – L’enquête sur l’incendie à Brecht pointe le manque d’effectif

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