Belgique

L’installation des panneaux photovoltaïques en plein boum… Sauf à Bruxelles et dans les villes

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30 août 2022 à 14:00 - mise à jour 30 août 2022 à 14:52Temps de lecture4 min
Par Lucie Dendooven

L’installation de panneaux photovoltaïques est en plein boum en Belgique. Partout vraiment ? Pas tout à fait. En réalité, les différences sont notables d’une région à l’autre. La région bruxelloise a encore très peu de bâtiments particuliers couverts de panneaux photovoltaïques. Fin 2020, les surfaces nettes de toitures de la région bruxelloise couvertes de panneaux photovoltaïques représentaient à peine 6,2% du potentiel de surface couvrable.

A l’avenir, elle restera aussi la seule région à octroyer des certificats verts pour rémunérer l’investissement en panneaux photovoltaïque. Adeline Moerenhout est porte-parole de Brugel, le régulateur énergétique de la région bruxelloise. Elle nous explique cette particularité régionale : "Nous voulons maintenir cet incitateur financier car nous rencontrons pas mal de difficultés à Bruxelles. Nous avons, sur notre territoire, une majorité d’immeubles à appartements dont les propriétaires ne sont pas nécessairement les occupants. Ce n’est pas toujours simple, de motiver un propriétaire à investir dans un équipement de production d’électricité qu’il ne consommera pas personnellement. Nous leur expliquons qu’ils bénéficient de certificats verts. L’ordonnance de la région bruxelloise garantit également qu’ils rentrent, endéans les sept ans, dans leurs frais d’installation. Ça reste donc toujours un bon rendement pour un propriétaire non occupant. Nous activons différents leviers incitatifs pour valoriser le potentiel solaire mais nous rencontrons, effectivement, plus de difficultés que les régions flamandes et wallonnes du pays."

Des habitants se regroupent pour partager la production de leur énergie photovoltaïque

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Même constat du côté de l’Asbl Energie Commune (ex APERe) où son directeur, Benjamin Wilkin nous confirme que l’installation de panneaux photovoltaïques sur les immeubles à appartements à Bruxelles reste extrêmement faible. Il nous en donne les raisons : " ce sont les particuliers, propriétaires de leur toiture qui investissent, actuellement, majoritairement dans le photovoltaïque. Ça devient plus compliqué lorsque la toiture appartient à une communauté de personnes. Pour une copropriété, il faut qu’une majorité de 2/3 de propriétaires soit partante pour que des travaux soient effectués sur les parties communes. Par ailleurs, lorsque les immeubles à appartements sont majoritairement occupés par des locataires, leurs propriétaires ne veulent pas investir pour réaliser des économies d’énergie qui profitent à leurs locataires. La situation est donc bien bloquée dans les villes où le potentiel de superficie de toitures qui pourraient être couvertes de panneaux photovoltaïques est pourtant très important. "

Depuis le printemps dernier, la législation permet, pourtant, de partager l’énergie renouvelable au sein d’un même bâtiment ou entre voisins à des conditions économiques très avantageuses. Si un particulier ou une communauté produisent de l’électricité renouvelable, son excédent peut être injecté sur le réseau puis, via une clé de répartition, il peut être distribué à la communauté des voisins.

'Nos bambins' un cas d’école à Ganshoren

Un exemple concret, à Ganshoren où les toits de l’école ‘Nos Bambins’et celui d’un particulier sont recouverts de panneaux photovoltaïques. Ils revendent leurs surplus de production d’électricité solaire aux habitants voisins, situés au sein du périmètre de la cabine basse tension du quartier. Tous ces acteurs se sont constitués en asbl et sont équipés de compteurs communicants. Au niveau économique, tout le monde s’y retrouve. Les producteurs perçoivent une rémunération équitable pour l’électricité qu’ils partagent, et les consommateurs achètent l’électricité à un prix inférieur de celui du marché, tout en finançant le réseau de manière juste par rapport à l’usage qu’ils en font.

Pierre Andrianne est l’un des membres de l’ASBL. Il témoigne : " Avec l’envolée des prix du KWh sur le marché actuellement, le prix de notre KWh est extrêmement avantageux. Il est à un quart du prix du KWh du marché. Nous le vendons à 12 cents alors que l’électricité se vend à 60 cents/kWh J’autoconsomme 30% de ma consommation totale. Ça représente 200 euros/an d’économie. "

Depuis le printemps dernier, un cadre européen légal permet à ces activités de partage d’énergie de se développer. A Bruxelles, Energie Commune (ex-Apere) est le facilitateur de ces projets pilotes. Outre, le cas de Ganshoren, Energie Commune gère 200 autres demandes similaires actuellement.

Une gratuité des frais de réseau pour les auto-consommateurs toujours pas autorisée en Wallonie

Eric Monami est conseiller énergétique chez Edora, la fédération des énergies renouvelables. Selon lui, le photovoltaïque est pratiquement la seule ressource de renouvelable possible en ville car ne pouvons pas y déployer d’éolien faute d’espace suffisant. Les villes sont donc très dépendantes à l’énergie solaire, à l’avenir, et devraient développer ce potentiel qui est, pour l’instant, sous-utilisé.

Pour cet acteur du secteur énergétique, aucun doute : " Les pouvoirs publics doivent soutenir des mécanismes de communauté et de partage. Si la transposition des directives européennes permet à la fois de bénéficier de mécanismes de soutiens à l’installation de panneaux photovoltaïque, d’une économie sur les électrons que l’on produit soi-même, nous pensons aussi à des économies substantielles sur la tarification des frais de réseaux. A Bruxelles, vous ne payez pas les frais de réseau (grosso modo 1/3 de notre facture d’électricité) quand vous produisez votre propre électricité. En principe, les auto-consommateurs y compris les personnes partageant leur énergie renouvelable au sein d’un même immeuble ne devraient pas payer de frais de réseaux. Mais actuellement, la Wallonie refuse de nous entendre sur ce point. "

Le soleil profite donc très différemment aux Belges d’une région à l’autre et les mécanismes de soutien varient aussi beaucoup d’une région à l’autre. Cette crise énergétique bouleverse nos habitudes. Peut-être va-t-elle, enfin, accélérer l’installation de panneaux photovoltaïques dans nos villes.

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