Economie

L’interdiction de pêche en rivière prolongée jusqu’au 4 septembre : pourquoi ? Avec quelles conséquences ?

18 août 2022 à 07:47Temps de lecture3 min
Par Alice Dulczewski avec Sophie Brems

A cause de la sécheresse, le début des cours d’eau est particulièrement bas de façon prolongée. Pour ne pas ajouter du stress au stress des poissons, la pêche en rivière a été interdite jusqu’au 12 août. Elle a désormais été prolongée jusqu’au 4 septembre. Avec quelles conséquences pour les pêcheurs ? On en parle sur La Première avec Bernard Kinet, gérant du magasin de pêche La Ligne à Marche-en-Famenne.

En tant que pêcheur, vous comprenez cette décision ?

Bernard Kinet : "Tout à fait. Nous sommes forcément tributaires de la ressource des poissons. Il y a certainement une sauvegarde à apporter vis-à-vis de tout ça. Je suis le premier à admettre qu’il fallait prendre des décisions. Mais économiquement parlant, pour notre secteur, ça va être assez problématique cette année-ci."

De mémoire de pêcheur, aviez-vous déjà vécu une telle interdiction ?

"Je pense qu’il y a trois ou quatre ans, on avait déjà reçu une interdiction de pêcher sur les rivières, dans les Ardennes, mais qui avait été forcément beaucoup moins longue. Ici, ça va faire pratiquement un mois et demi de fermeture au total."

De quelle façon le poisson est-il menacé par les conditions climatiques actuelles et en quoi le fait d’interdire la pêche aide à lutter contre cette menace ?

"C’est surtout une question d’oxygénation de l’eau. Le poisson est tributaire de ça. Avec ces températures élevées, le pourcentage d’oxygène dans l’eau diminue. Lors de la prise d’un poisson, il y a un petit combat pour amener le poisson au bord de l’eau. Le poisson va devoir aller récupérer dans ses réserves de l’oxygénation et ça va être plus compliqué pour lui de pouvoir redémarrer à des conditions correctes. L’interdiction, c’est surtout de ne pas donner du stress supplémentaire à des poissons qui pourraient déjà être stressés par les conditions météo."

Certaines sortes de poissons sont-elles plus sensibles à ces phénomènes climatiques ?

"Oui, les salmonidés. Pour nos rivières ardennaises dans tous les cas, où nous avons de la truite et encore un peu d’ombre. Ces poissons-là sont beaucoup plus sensibles aux températures élevées. Les truites ne résistent pas à beaucoup plus que 24 degrés. Donc, il est clair que pour ces poissons-là, l’impact est beaucoup plus important que sur les cyprinidés par exemple, comme la carpe ou le barbeau. Ce sont des poissons qui peuvent résister à des températures plus élevées."

Vous êtes gérant d’un magasin de pêche. De quelle façon cette situation se ressent-elle sur votre activité commerciale ?

"Il y a un pourcentage nettement moins élevé de rentrées, forcément. Notre secteur, les Ardennes, fait partie des eaux vives et eaux mixtes, où la fermeture est complète. L’impact est tous les jours, par rapport au nombre de personnes qui rentrent dans le magasin. Les pertes sont donc assez importantes sur des mois qui sont les plus importants de l’année pour nous. On fait peut-être 50% de notre chiffre d’affaires sur les deux ou trois mois des vacances."

Les chaleurs et la sécheresse de cette année risquent clairement de se reproduire les prochaines années. Vous craignez de voir ces interdictions se répéter ?

"Sans doute, oui. Je pense qu’il va falloir qu’on voie un peu à long terme. On pourrait être témoins de tout ça et donner notre avis, mais il faudra certainement prendre des initiatives plus importantes pour protéger la ressource, c’est clair. Il va falloir en tous les cas que les gouvernements se remettent un peu autour d’une table et voient un peu comment on peut gérer les débits d’eau."

"Je ne sais pas si on peut éventuellement faire des réserves d’eau quelque part, mais ça va être très compliqué à mettre en place. Nous n’avons pas, sur l’Ourthe en tous les cas, de possibilités de pouvoir stocker des eaux. Quand je prends le lac de Bütgenbach ou de Esch, par exemple, au Luxembourg, ils sont beaucoup plus importants au niveau de la réserve d’eau et ils peuvent gérer. Chez nous, techniquement, je pense que ça va être plus difficile, en tout cas sur l’Ourthe."

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