Cinéma - Interviews

L’interview de Josh Gordon, réalisateur d'"Enzo le Croco"

L'interview du réalisateur Josh Gordon pour "Enzo le Croco"

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26 oct. 2022 à 12:47Temps de lecture4 min
Par Hugues Dayez

"Enzo le croco" est adapté d’un classique de la littérature américaine pour la jeunesse de Bernard Waber (1921-2013). Les réalisateurs Will Speck et Josh Gordon ont opté pour la technique mixte qui a fait la réussite de "Paddington" : Enzo est animé en images de synthèse mais évolue face à des acteurs en chair et en os et dans des décors réels.

Speck et Gordon ont aussi choisi de tirer le film vers l’ambiance d’une comédie musicale ; dans la version originale, c’est le chanteur vedette des ados Shawn Mendes qui prête sa voix au crocodile. A l’arrivée, si le film est parfois un peu trop sucré comme certains shows de Broadway, il n’en reste pas moins un divertissement familial très sympathique, avec un crocodile magnifiquement animé et un truculent Javier Bardem.

L’interview intégrale de Josh Gordon l’un des réalisateurs d' "Enzo le Croco"

Le livre "Enzo le Croco" est un vieux classique de la littérature enfantine, sans doute plus aux Etats-Unis qu’en Europe, pourquoi faire ce film maintenant ?

Josh Gordon : pour Will Speck qui réalise le film avec moi, et moi-même, nous avons toujours adoré ce livre, et ce que nous aimons surtout c’est le thème "n’ayons pas peur de l’autre", qui fait accepter les autres hommes, et animaux, quelle que soit leur apparence. Et c’est aussi un livre sur la joie, le bonheur et le pouvoir de l’amour, et nous avons pensé que c’était le bon moment de faire ce film.

Bien sûr, on peut faire la comparaison avec un autre classique de la culture britannique, Paddington, c’est la même technique de cinéma, un mélange d’image de synthèse et de scènes réelles. Est-ce que vous avez tout de suite pensé que ce serait la meilleure façon d’adapter ce livre pour enfants ?

Nous avons pensé raconter l’histoire en utilisant un personnage en images de synthèse, parce que nous savions que nous voulions un monde réaliste, avec une créature fantastique dans un monde ordinaire. Et vous savez, la technique numérique est tellement incroyable que vous pouvez créer un personnage dont le public va tomber amoureux, qui a une âme, qui est joyeux, et nous voulions explorer les possibilités de la technologie en faisant ce film.

Enzo Le Croco

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Pourquoi avez-vous choisi Javier Bardem ? J’ai eu l’occasion de discuter avec lui et il m’a raconté qu’il avait dit non au projet au départ…

Oui, il a pris un peu de temps pour accepter. Vous savez, c’est rare qu’on obtienne son premier choix dans un film, mais tout le monde était d’accord sur le choix de Javier Bardem, il serait l’acteur parfait, parce qu’il a du charme, il a beaucoup d’humour, on a toujours su qu’il serait drôle… Nous savions qu’il avait aussi chanté et dansé au début de sa carrière, et que ce serait étonnant pour le public de découvrir ce côté-là de sa personnalité. Mais vous pouvez comprendre que ce n’est pas parce qu’on veut quelqu’un dans un film, qu’on l’obtient. Il était inquiet sur le fait de savoir danser, et chanter, mais en lui parlant des thèmes du livre, et de l’âme du personnage, on l’a convaincu de participer au film, et il s’est vraiment investi dans le film, il s’est entraîné pendant 4 mois et demi, pour les parties musicales.

L'affiche anglaise de "Enzo le Croco"

Pour un acteur, c’est un défi d’avoir un partenaire de jeu qui sera créé en images de synthèse après le tournage des scènes dans le film mais pour le réalisateur, c’est également un défi parce que vous devez imaginer aussi le cadre. Comment pouvez-vous être sûr pendant le tournage que les choses se mettront en place après en postproduction ?

Nous avions une équipe incroyable aux Studios Method en Australie, et un incroyable directeur des effets spéciaux qui avait travaillé pour "Games of Thrones", "The Mandalorian", etc. Donc, nous avions un planning, et un des choix que nous avons fait est d’avoir un acteur réel sur le plateau pour que par exemple les enfants puissent interagir avec lui au lieu de jouer face à une balle de tennis. Et cela a vraiment aidé à inclure tout le monde dans le processus, les acteurs pouvaient jouer face à quelqu’un. Et ensuite, nous sommes allés en studio avec Shawn Mendès (qui joue le rôle d’Enzo, ndlr) et il a commencé à jouer le personnage. Et l’équipe des effets spéciaux a pris des éléments du jeu de Shawn et de celui de l’acteur sur le plateau, les a mixés et a créé à partir de cela l’incroyable créature que nous avons dans le film.

L'affiche d' "Enzo le Croco"

Il y a 25 ans, quand le premier "Toy Story" de Pixar est arrivé sur les écrans, c’était une sorte de miracle, mais de nos jours, tous les studios font dans l’image de synthèse, et il n’y a plus d’animation classique, ça a complètement tué leur travail, parce que l’image de synthèse est beaucoup moins chère… Comment peut-on réussir à faire quelque chose de frais, de nouveau, dans ce contexte ?

Je crois que pour nous ce fut dans la création du personnage, dans la création de l’âme de ce personnage. Les crocodiles ne sont pas des créatures faciles à aimer, ils sont un peu effrayants – ce qu’on retrouve également dans l’histoire du film et c’était intéressant à traiter. Donc pour nous il fallait trouver l’équilibre parfait dans cette créature dont les enfants pouvaient tomber amoureux, comme les adultes, mais qui restait ce personnage un peu bizarre, un peu effrayant et pas vraiment aimable. Et c’est ce défi qui fait que ce personnage est tellement intéressant à l’écran.

Dernière question, et cela dépend évidemment du box-office, avez-vous l’intention de créer une "franchise" ou avez-vous d’autres idées pour en tourner la suite ? Ou bien préférez-vous faire à chaque fois quelque chose de neuf ?

Je ne dirai jamais non à une suite du film : pour Will Speck et moi, "Enzo" était un projet tellement spécial que nous avons mis des années à développer, que bien sûr nous avons envie de raconter d’autres histoires avec lui mais une des raisons pour lesquelles nous avons fait ce film, était aussi que les gens retombent amoureux du livre, redécouvrent ce livre et que ça amène à raconter d’autres histoires à la suite du livre.

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