Cinéma - Interviews

L’interview de Maria Schrader, réalisatrice du film "She Said" sur la genèse de #Metoo

L'interview de Maria Schrader pour "She Said"

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23 nov. 2022 à 12:48Temps de lecture3 min
Par Hugues Dayez

"She said" raconte l’enquête de Megan Twohey et Jodi Kantor (incarnées par Carey Mulligan et Zoe Kazan), journalistes au " New York Times ", qui a fait tomber le producteur de cinéma Harvey Weinstein en 2017.

Depuis cinq ans, les répercussions de ce scandale se font encore sentir, avec la montée en puissance du mouvement #MeToo et les plaintes pour harcèlement qui se sont multipliées dans le milieu du show-business, déboulonnant bon nombre de statues. Aujourd’hui, c’est un grand studio hollywoodien, Universal, qui s’intéresse à la genèse de ce scandale dans "She said". Harvey Weinstein, patron avec son frère du studio Miramax, véritable "faiseur de rois" à la ville, prédateur sexuel dans le privé, semblait intouchable tant son pouvoir d’influence était grand.

La réalisatrice Maria Schrader (révélée par le succès de la série "Unorthodox") ne s’embarrasse pas d’effets de style et se met complètement au service de son sujet, qui est double. Primo, retracer, à travers une série de témoignages le "système Weinstein" qui lui a garanti l’impunité pendant tant d’années ; secundo, montrer les défis du journalisme d’investigation, à savoir convaincre les témoins de s’exprimer au micro, faire réagir le principal incriminé, résister aux pressions…

Maria Schrader, Megan Twohey, Rebecca Corbett et Jodi Kantor à la première de "She Said" le 4 novembre 2022
Maria Schrader, Megan Twohey, Rebecca Corbett et Jodi Kantor à la première de "She Said" le 4 novembre 2022 © Michael Tran / AFP

L’interview intégrale (traduction)

Depuis l’enquête du New York Times, le scandale Weinstein a été couvert par la presse, les journaux TV, partout dans le monde, pourquoi avez-vous pensé qu’il était important de faire un film à ce sujet ?

Maria Schrader : Ce n’est pas un film à propos de #MeToo, et tout ce dont nous avons été témoins après que l’article a été publié. C’est un film sur comment cette histoire est arrivée, et ça, nous ne le savions pas. Je n’avais aucune idée de qui était Jodi Kantor ou Megan Twohey, ni quel avait été le point de départ de leur enquête sur Harvey Weinstein. C’est très intéressant pour moi, et ça l’est également pour le monde entier. C’est la première fois que je vois deux femmes, journalistes, faisant équipe et jouant un rôle dans une sorte de thriller journalistique, et en même temps, investiguant sur un sujet atypique, mais qui devrait toucher personnellement quiconque regardera ce film, et pas seulement les femmes. Et je suis très reconnaissante que l’on m’ait demandé de réaliser ce film parce que pour moi le sujet est incroyablement pertinent.

Selon vous, qu’est-ce qui est le plus choquant ? Le comportement d’Harvey Weinstein ou le silence de son entourage ?

Pour moi, c’est de voir combien de temps cette situation a pu durer et le nombre choquant de personnes qui ont pris la parole juste après la parution de l’article, et qui ont appelé Jodi et Megan, il y avait tellement plus de femmes qui avaient été harcelées ! L’ampleur du phénomène, c’est choquant, et c’est très fortement lié à une hiérarchie toxique que nous pouvons retrouver dans tellement d’endroits, dans tellement de milieux professionnels, dans tellement de pays. Et dès le moment où vous installez la possibilité d’un abus de pouvoir, et pas seulement un abus de type sexuel, au sein de vos employés, comme la peur ou la dépendance, alors des choses pareilles peuvent se passer. Je viens juste de rencontrer un professeur formidable de Norvège qui m’a raconté que dans son pays, des hiérarchies de ce type n’existent pas à ce point, et par conséquent, le nombre de viols en Norvège est tellement plus faible que dans d’autres pays, et ça c’est vraiment intéressant.

SHE SAID

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Parlons de votre travail, je suppose que c’était un grand défi de résumer une investigation aussi complexe dans un film de 2 heures, donc comment avez-vous réussi à le faire ?

En fait, surtout grâce au montage ! On a beaucoup plus tourné que ce qui se retrouve dans le film, mais cela tient aussi au scénario, et je pense que les détails du travail spécifique des journalistes sont tellement intéressants, c’est intéressant de découvrir une profession que nous ne connaissons pas bien… Donc si vous suivez ça sérieusement, et que vous restez connectés aux personnages pour comprendre par exemple pourquoi cet appel téléphonique par exemple est tellement important pour eux maintenant, le lieu de travail où vous tournez n’a plus vraiment d’importance, ce qui a de l’importance c’est comment vous filmez ça, et à quel point vous êtes émotionnellement impliqués dans le sujet… Je me suis sentie tellement connectée à ce sujet, et la première lecture de leurs rapports factuels m’a coupé le souffle ! J’étais très contente d’en apprendre plus sur le sujet et aussi de pouvoir tourner dans les vrais bureaux du New York Times, ce qui était vraiment formidable.

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