Journal du classique

L’invention musicale de Louis Braille

"La lettre à Elise en braille", extrait du mémoire de Mehdi Lemfadli sur "l’accessibilité du braille musical : comment faciliter l’apprentissage de la musique grâce aux outils numériques ?"

© Mehdi Lemfadli

08 févr. 2022 à 16:59 - mise à jour 04 janv. 2023 à 08:40Temps de lecture3 min
Par Philomène Parmentier

L’apprentissage de la musique fait principalement appel à l’ouïe et à la vue. Il faut être capable de déchiffrer les partitions, de jouer juste, de suivre le tempo imposé par les gestes du chef d’orchestre. Fermez les yeux et essayez d’apprendre à jouer un nouveau morceau, vous voilà face aux obstacles que rencontrent les musiciens malvoyants.

Tout musicien débute son apprentissage de la musique par une découverte de l’écriture musicale grâce au solfège. Il apprend ensuite à faire passer les nuances, les staccatos. Comme l’acteur qui interprète un texte pour le rendre vivant, le musicien doit interpréter la partition selon son bagage musical, son vécu personnel pour partager le langage musical avec son public. Les musiciens traduisent des partitions en mélodies, mais certains d’entre eux ont besoin d’une traduction supplémentaire, d’écrit à écrit. Noires, blanches, croches ou rondes écrites "en noir" restent muettes pour le musicien qui ne voit pas.

Mais comment ces musiciens font-ils pour lire la musique ?

Retour en 1812, un jeune garçon de 3 ans, perd un œil en jouant avec un outil, son autre œil est gagné par l’infection et la cécité survient, irrémédiablement. Malgré son accident, le petit garçon suit les cours de l’école primaire de son village et grâce à son excellente mémoire, il parvient à retenir ses leçons. Vers 10 ans, ses parents l’inscrivent à l’Institution Royale des Jeunes Aveugles à Paris.

Les élèves aveugles apprennent la lecture et l’écriture avec des caractères romains en relief. Un procédé initié par Valentin Haüy, mais qui s’avère peu efficace. Les caractères romains sont difficiles à reconnaître au toucher, la lecture est donc très lente. Les étudiants de l’Institution Royale des Jeunes Aveugles expérimentent ensuite un code inventé par un capitaine à la retraite, Charles Barbier. Très vite, la sonographie séduit les jeunes non-voyants qui, aidés de tablettes spéciales et d’un poinçon créés par le capitaine Barbier, apprennent à écrire avec des points. Ces points sont beaucoup plus faciles à lire et à écrire que des lettres en relief. Mais cette écriture ne respecte pas l’orthographe, ne permet pas de transcrire les signes de ponctuation, les chiffres et symboles mathématiques ou encore les notes de musique. Déterminé, le jeune aveugle consacre son temps libre à perfectionner le système Barbier. Et en 1829, le jeune garçon aveugle depuis ses 3 ans, Louis Braille, propose le premier exposé de sa méthode d’écriture au moyen de points, à l’usage des aveugles. Pianiste, violoncelliste et organiste, il développe sa méthode pour qu’elle puisse également transcrire la musique.

Portrait de l’inventeur français Louis Braille, gravure du XIXème siècle.
Hellen Keller Pointing to Braille Alphabet Chart

Mais quelles sont les informations que l’on retrouve dans une partition en braille ?

Pour que les compositions d’un compositeur comme Beethoven puissent pouvoir être interprétées le plus fidèlement possible, les partitions nous donnent des indications relatives aux notes, accords, tons, pauses etc. Si nos yeux sont capables de traiter les informations en parallèles, nos doigts doivent traiter les informations les unes après les autres. Le challenge de la musique braille est de permettre au musicien d’accéder à toutes les informations et nuances nécessaires à la musique.

© Extrait de "Braille et la musique" de David Ar Rouz

Dans la transcription ci-dessus, on constate qu’une note est transcrite en treize caractères braille. Mais en observant plus attentivement l’environnement de la note, on constate que la partition en noir compte également treize caractères : un pour la clé de sol, deux pour la note elle-même qui comprend une indication de durée et une indication de hauteur matérialisée par la portée, deux pour la nuance ("P" pour piano et le symbole qui suit pour le crescendo), le bémol qui précède le trille, lui-même indiqué par deux caractères, le " tr " plus la vaguelette qui suit, quatre pour le doigté, un pour la liaison.

La flûtiste Kate Risdon qui utilise une partition en braille musical.
La flûtiste Kate Risdon qui utilise une partition en braille musical. © 2021 Finnbarr Webster

La différence ne réside donc pas dans la complexité de l’écriture, mais dans la lecture de la partition. Le musicien voyant pourra ainsi se contenter de lire dans un premier temps la mélodie, en faisant abstraction de toutes les ornementations, des nuances, des liaisons, etc. Le musicien aveugle n’aura pas cette possibilité.

Le musicien mal ou non voyant doit apprendre tous les signes musicaux qu’il est susceptible de rencontrer avant de commencer à lire une partition. Mais cet apprentissage de l’ensemble des notions, le libère ensuite et le laisse se consacrer pleinement à la technique de son instrument, à son expression.

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