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L’ISS, un "sanctuaire" de coopération internationale, malgré les tensions sur Terre

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Russes et Américain dans l'espace

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30 mars 2022 à 06:52Temps de lecture3 min
Par Adeline Louvigny sur base d'une interview de Sophie Brems

Ils observent la terre de loin, à plus de 400 kilomètres de hauteur, et donc ils sont bien au-dessus de toute l’actualité, au milieu des fortes tensions entre la Russie et l’Occident. Anton Chkaplerov, cosmonaute russe, a remis son poste de capitaine de la Station spatiale internationale à Thomas Marshburn, astronaute américain de la NASA.

Tout un symbole donc, et la remise des clés s’est déroulée dans une bonne ambiance : "Les gens ont des problèmes sur Terre, en orbite nous sommes un seul équipage. Je pense que l’ISS est un symbole de l’amitié et de la coopération et le symbole de l’avenir, de l’exploration, de l’espace" a déclaré Anton Chkaplerov.

Sur le plateau de Matin première ce mercredi, Frédéric Castel, correspondant et journaliste scientifique qui couvre les programmes spatiaux dans l’ISS. Il nous explique ce qui peut sembler être un décalage entre les affaires terriennes, et spatiales.

"Le décalage, c’est qu’effectivement la Station spatiale internationale est un programme qui a déjà plus de vingt ans. C’est le plus grand programme de coopération de l’histoire, pas simplement dans l’espace, mais de tous les programmes. Et dans ce monde-là, c’est un sanctuaire où des pays tout à fait différents comme la Russie, les États-Unis, le Japon, le Canada et les Européens, participons. C’est un monde d’ingénieurs, d’experts. C’est un milieu extrêmement dangereux. Tout tourne à 28.000 kilomètres à l’heure et la moindre erreur serait fatale. Ces experts, c’est-à-dire les astronautes, suivent très bien l’actualité, car on a la télévision et internet comme sur Terre, mais ils évitent absolument tout sujet politique avec des analyses et des points de vue, parce qu’ils ont cette tâche d’assumer le bon fonctionnement de la Station spatiale internationale."

"Une maison extrêmement complexe où tout est imbriqué"

"Depuis 20 ans, c’est comme construire une maison extrêmement complexe où tout est imbriqué. On ne peut pas envisager un retrait des Russes ou des Américains, ou même des Européens, parce que chacun a un élément absolument incontournable pour la survie de la station. Les Russes font remonter régulièrement la station pour qu’elle soit toujours sur une orbite stable. Les Américains fournissent l’énergie, l’informatique, financent 80% de ce programme gigantesque. C’est plus d’une centaine de milliards de dollars, depuis 20 ans. Et malgré ça, il faut souligner qu’ils sont sous une forte tension, aussi parce que le directeur de l’agence spatiale russe Roscosmos, M. Rogozine est quelqu’un qui vient des milieux fanatiques et extrémistes politiques russes, proche du président Poutine. Il a effectivement fait allusion à une invasion de l’Ukraine et donc depuis 2014, il est interdit pour lui d’aller en Europe ou en Occident. Pour le travail de coopération, il faut aller à Moscou, le rencontrer. Et cet homme est toujours très radical et a fait d’ailleurs de vives critiques à l’égard des Américains."

Comment expliquer ce paradoxe entre les sanctions américaines qui bloquent toutes les autres technologies pour les Russes, et vous l’avez dit, cette capsule Soyouz qui doit ramener un Américain aujourd’hui comme prévu ? "D’abord, c’est programmé depuis des mois. Cet astronaute américain, Mark Vande Hei, a été lancé il y a un an quasiment et il doit rentrer comme prévu avec une capsule russe Soyouz. Et ce monde spatial, comme on le disait, c’est un travail d’équipe depuis 20 ans. Ils n’ont pas le temps effectivement de se poser des questions ou même pendant leurs temps de repos, d’envisager des problématiques politiques. Tout le monde travaille, c’est un seul équipage, comme le disait le nouveau commandant russe qui rentre à terre et qui laisse le commandement aux Américains."

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