L’ISS une nouvelle fois menacée par des débris spatiaux : "L’orbite basse devient inexploitable"

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Les sept astronautes de l’ISS ont été obligés de se réfugier, lundi dans leurs vaisseaux pour s’échapper si nécessaire, des débris spatiaux menaçant d’entrer en collision avec la station spatiale internationale. La semaine dernière déjà, l’ISS avait dû faire un écart pour éviter des débris issus d’une manœuvre militaire chinoise, un tir de missile antisatellite en 2007, qui avait créé à l’époque près de 4000 débris supplémentaires dans l’espace. C’est comme un vase de porcelaine qui se brise en mille morceaux. On en retrouve partout. Au-delà de ce qui s’est exactement passé cette fois-ci, c’est la question des débris spatiaux en général, qui se pose.

Une pollution spatiale qui ne fait qu’augmenter et qui met en péril des structures habitées comme l’ISS. Didier Fussen, chef de département à l’Institut d’Aéronomie spatiale de Belgique nous explique : "A 25.000 km à l’heure, ce qui lui permet de faire le tour de la Terre en une heure 30 minutes, il n’y a pas de danger en soi, par rapport à des satellites qui vont à la même vitesse dans la même direction, comme des voitures côte à côte sur une autoroute."


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Et de poursuivre, "mais si un autre satellite arrive à angle droit ou avec un certain angle, il y aura alors collision avec un phénomène d’addition des vitesses, des vitesses de l’ordre de 36.000 km à l’heure entre la station internationale et l’objet qui la percuterait. Un objet de la taille d’une bille pourrait ainsi perforer l’ISS, tout l’air pourrait s’échapper et les astronautes seraient en danger de mort."

Pour le moment des ingénieurs de différents centres sur Terre suivent 30.000 débris de plus de 10 cm de diamètre en orbite basse (comme celle de la station spatiale internationale à 400 km au-dessus de nos têtes), parmi eux seuls 5000 sont fonctionnels. "Cela montre", prévient Yaël Naze, astrophysicienne à l’Université de Liège, "qu’il y a très peu d’objets là-haut qui sont utiles. Il y a énormément de déchets, des morceaux de fusées, des satellites cassés. Et ce ne sont que les gros morceaux, si on prend ceux de la taille d’un grain de sable, on parle en centaines de millions. Ceux de la taille d’une bille, en millions. Et même ceux de la taille d’une bille que l’on ne eux pas suivre, peuvent provoquer beaucoup de dégâts. C’est pour cela que l’ISS doit faire une dizaine de manœuvres d’évitement par an."

Et d’ajouter : "Le problème, c’est que dès que se crée un nuage de débris, ils vont se répartir et rencontrer en chemin d’autres morceaux. A chaque collision, ils refont d’autres petits morceaux qui vont eux-mêmes refaire de nouveau débris en cascade, c’est le phénomène de l’avalanche comme on le montre très bien dans le film 'Gravity'. Résultat ? L’orbite basse devient inexploitable."

Toutes les agences spatiales au monde ou presque ont des projets de nettoyage de l’Espace, en cours. Les projets suisse et japonais sont les plus avancés. Sur le plan technologique, on avance, souligne notre astrophysicienne, comme avec la récupération de satellites hors service avec des filets ou des harpons. Mais ce qui manque c’est une réglementation pour permettre leur mise en œuvre. "Avant d’envoyer des camions poubelles dans l’Espace, il faut vérifier si on a des poubelles, qui peut les récupérer et comment. Il faut que toutes les nations se mettent d’accord."

Yaël Naze s’exaspère : "Jusqu’ici, aucun texte n’existe en la matière. Et apparemment certains milliardaires comme Elon Musk ne seraient pas pressés qu’on légifère. Le bouillant entrepreneur voudrait envoyer une constellation de 42.000 petits satellites en orbite, vous imaginez la quantité d’objets supplémentaires dans cette orbite !"(ndlr : on rappellera qu’il y a déjà 30.000 objets à la dérive dont seulement 5000 en ordre de marche). Pour notre scientifique, on risque de se retrouver avec une masse de débris telle, que cela va empêcher tout le monde de fonctionner, le spatial commercial mais aussi la spatial scientifique ou militaire.

Un seul espoir c’est que cet incident qui concerne des astronautes va peut-être permettre de "booster" les discussions internationales en la matière. En espérant qu’il ne faudra pas un accident grave pour relancer ce débat des débris spatiaux.

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