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Living Inside, la vie confinée selon Chiharu Shiota à la galerie Templon

Living Inside, Chiharu Shiota - 2021

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02 juil. 2021 à 05:10 - mise à jour 02 juil. 2021 à 07:24Temps de lecture3 min
Par Xavier Ess

Grande figure de l'art contemporain, la japonaise Chiharu Shiota est célèbre pour ces grandes installations in situ, faites de fils rouges et noirs tissés à travers l'espace d'exposition. Le confinement a empêché l'artiste de voyager pour réaliser ses installations, mais pas de créer (merci Zoom)... même en miniature. La situation a plutôt été une source d'inspiration comme en témoigne Living Inside, l'exposition présentée à la galerie Templon à Bruxelles. Rencontre avec l'artiste.

Living Inside, Chiharu Shiota - 2021
Living Inside, Chiharu Shiota - 2021 © Tous droits réservés

L'absence et la mémoire

La disparition est un des thèmes de l'oeuvre de Chiharu Shiota. Une absence des corps, mais pas celle des âmes qui sont interconnectées. C'est ce que symbolise le tissage des fils. Rouges pour les âmes, noirs pour le monde extérieur. Les objets entourés par ces réseaux de fils sont le souvenir de ce qui a été. La tentative de créer une existence dans l'absence. Pendant la pandémie, Chiharu Shiota, Berlinoise d'adoption, a dû s'arrêter de voyager pour la première fois en 15 ans. C'est dire si elle a fortement ressenti le fait d'être tous séparés, enfermés dans nos maisons à regarder nos meubles, mais tous connectés par l'esprit.

Living Inside, Chiharu Shiota - 2021
Living Inside, Chiharu Shiota - 2021 © Tous droits réservés
State of Being, Chiharu Shiota - 2021
State of Being, Chiharu Shiota - 2021 © Tous droits réservés

Living Inside

Dès l'entrée dans la galerie, on est confronté à ce grand socle qui prend toute la pièce sur lequel sont disposés des meubles de poupée, des salons, des chaises, des divans. Tous chinés par l'artiste, tous ayant vécu. Des espaces de convivialité sans personnages, mais reliés entre eux. L’installation est un paysage que nous survolons; nos yeux sont ceux d’un drone. Il faut se pencher, prendre le temps d’examiner les détails, on est face à un travail d’entomologiste. Les gens sont absents, la situation est gelée,mais sans désordre. Comme si notre corps avait disparu pendant le confinement. A côté de cette installation, Chiharu Shiota présente une nouvelle série de ses maisons emmaillotées de fils et des dessins puissants mêlant aquarelle, fils et crayon.

State of Being, Chiharu Shiota - 2021
State of Being, Chiharu Shiota - 2021 © Tous droits réservés
Me Myself and I, Chiharu Shiota - 2021
Me Myself and I, Chiharu Shiota - 2021 © Tous droits réservés

Chiharu Shiota l'interview - juin 2021

L'artiste a répondu à quelques questions, via email.

Qu’est-ce qui a déterminé le choix de travailler en miniature, avec de petits objets, comme un paysage vu avec un drone? et pas un environnement immersif?

Lorsque j’ai visité le musée d’art Mori [à Tokyo] pour la première fois en 2017, je regardais la ville depuis le 53e étage. C’était si haut, tout avait l’air si petit comme un modèle miniature. Je pensais que nous vivions dans un si petit monde. Je voulais me connecter avec les bâtiments et les gens. Depuis lors, j’ai continué ce travail et j’ai collecté encore plus de meubles de poupées, en particulier pendant la pandémie lorsque nous étions tous à la maison, je voulais connecter les gens et créer mon monde.

Comment avez-vous vécu le confinement ?  

Pendant le confinement, nous ne pouvions pas voyager, mais j’étais beaucoup plus connecté aux gens, j’avais beaucoup de réunions zoom [...] Je me sentais très étrange pendant cette période. Quand je jouais avec les petits meubles - ce sont tous de vieux meubles -  c’est comme si les enfants jouaient. Je voulais créer beaucoup d’histoires et connecter de nombreux meubles.

La maison symbolise le plus souvent un cocon rassurant, un refuge, un lieu de vie. Dans cette exposition, les maisons ressemblent à des prisons avec des pensées qui tournent en rond, des ruminations. Elles sont pratiquement vides. Comme si on leur avait enlevé la vie... mais peut-être que je suis trop sombre au sujet de votre travail?

J’exprime toujours avec mes installations " l’existence en l’absence ", personne n’est là, mais on dirait que quelqu’un est présent. Et cette maison de poupée est exactement dans cette atmosphère. Je sors les poupées et ne mets qu’une chaise et laisse le papier peint. Je veux me connecter avec la mémoire, la mémoire de la maison de poupée, la mémoire de la vie, pour moi ce n’est pas sombre.

On parle beaucoup de " la vie d'après " la pandémie. Cela entraînera-t-il des changements dans votre activité artistique ? Moins de voyages ? moins d’expositions?

Pendant la pandémie, c’était très calme, j’ai fait beaucoup de dessins et je suis allé au studio pour travailler. C’était très agréable, mais après avoir créé 300 dessins je ne pouvais plus compter combien j’en faisais et je redevenais tendue. Je suis plus tendue encore aujourd'hui. Je ne pense pas que la création change – la création humaine vient toujours de l'intérieur de notre corps et de notre cerveau, mais je suis sûre que l’économie changera. Le corps humain ne change pas, mais notre société change beaucoup.

 

En pratique :

Living Inside - Chiharu Shiota

jusqu'au 17 juillet / Ma-Sam 11 -18h

Galerie Templon

Rue Veydt 13A -1060 Brussels

Living Inside, Chiharu Shiota - 2021
Living Inside, Chiharu Shiota - 2021 © Tous droits réservés

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