Belgique

Livreur de drogues : l’Ubérisation de la livraison de stupéfiants fait des (é)mules partout en Europe

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22 sept. 2022 à 04:02 - mise à jour 22 sept. 2022 à 07:29Temps de lecture3 min
Par Patrick Michalle

Plusieurs affaires judiciaires récentes illustrent la réorganisation des trafiquants de drogues qui, plutôt que de choisir des points fixes pour livrer leurs clients, préfèrent désormais recourir à des livreurs à domicile, à vélo, en scooter ou en voiture lorsque les distances sont plus grandes.

Le système existait déjà avant la crise du Covid mais les différents confinements ont favorisé son extension et son organisation. Le schéma est à peu de chose près similaire à celui de n’importe quel livreur de pizzas ou de colis express.

D’un point de vue "commercial", la facilité de communication par smartphone couplé à l’utilisation d’application GPS permet de multiplier les transactions sans être aussi repérable qu’auparavant avec la présence physique à un coin de rue ou sous un porche d’immeuble.

Mais il y a une contrepartie, c’est qu’en cas d’interpellation, l’examen du téléphone permet souvent de livrer des informations précieuses aux enquêteurs. Raison pour laquelle, le réseau multiplie les précautions en cryptant les messages.

Livraison "à la portière", drogue contre argent

Des exemples récents en France et en Belgique permettent d’illustrer la manière dont s’organisent les réseaux de distribution de stupéfiants. Aucune grande ville en Europe n’échappe à ce nouveau mode de livraison.

Fin de l’année dernière, dans le Vaucluse, sept hommes ont été interpellés dans le cadre d’un vaste trafic de cocaïne. Au départ de leurs cellulaires saisis, plus de trois cents clients ont été identifiés, constituant un réseau de type numérique crypté consistant à apporter la cocaïne "à la portière" des voitures des consommateurs. Les numéros de téléphone des livreurs circulaient de bouche-à-oreille et les livraisons s’effectuaient dans le quart d’heure au moyen de véhicules de location.

À raison d’un montant de 60 euros le gramme de cocaïne, certaines transactions portant sur 10 grammes, un livreur parvenait à réaliser jusqu’à 2800 ventes par mois, soit un chiffre d’affaires supérieur à 100.000 euros.

À Paris, début septembre, un jeune homme de 27 ans, livrait à lui seul en scooter entre 150 et 200 clients, habillé avec le vêtement d’une importante société de livraison de repas. Indépendant à sa manière, les policiers ont trouvé à son domicile, six kilos de cocaïne et la somme rondelette en cash de 450.000 euros. Il a fini par être dénoncé.

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Des clients renseignés via Snapchat, Tik-tok, WhatsApp

Pour obtenir leur marchandise, les clients à l’aide d’un numéro crypté appellent une "centrale" dont le numéro circule via les réseaux sociaux.

Le livreur est ensuite contacté via les applications les plus courantes pour se rendre à l’adresse indiquée.

Régulièrement, le livreur en fonction de son débit, s’approvisionne chez ce qu’on appelle dans le jargon des dealers "une nourrice", soit le lieu de stockage de la drogue, lieu où l’argent des transactions est également rassemblé.

En Belgique aussi, la justice est régulièrement confrontée à des dossiers de ce type. Il y a quelques jours en Brabant wallon, un "livreur" récidiviste, sanctionné déjà à deux reprises par une peine de travail, a écopé d’une peine de 18 mois de prison ferme et 12.000 euros d’amende.

Lui aussi, louait un véhicule pour aller livrer en soirée les clients renseignés via des applications comme Snapchat ou Tik-tok. En six mois, son véhicule loué a parcouru près de 60.000 km.

Engrenage, pression et loi du silence

Les livreurs ont des profils aussi divers que leurs clients. On trouve aussi bien des jeunes sans emploi, parfois mineur, qu’une mère de famille ou des étudiants désargentés.

Lorsqu'ils s'engagent imprudemment dans ce type d'activité, ils ne mesurent pas nécessairement qu'ils seront désormais à la merci de réseaux criminels pour lesquels seule la loi du silence prévaut.

Point commun, ils sont utilisés par des bandes criminelles qui livrent la marchandise et récupèrent l’argent, payant aux livreurs une commission de quelques centaines d’euros chaque semaine. En contrepartie, ils sont tenus au silence sous peine de représailles.

C’est le plus souvent par le repérage du livreur qu’une enquête démarre. L’examen de ses téléphones, ordinateurs et comptes bancaires pouvant permettre ensuite de recueillir plus d’informations. L’idéal étant lorsque les capacités d’enquête le permettent d’identifier la nourrice et la centrale d’appel.

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