Economie

Logement, énergie et pauvreté, quel revenu minimum pour vivre dignement en 2022 ?

© Getty images

29 août 2022 à 14:47 - mise à jour 01 sept. 2022 à 15:10Temps de lecture3 min
Par Miguel Allo

"Une personne isolée a besoin d’au moins 1530 €/mois pour vivre plus ou moins dignement ; une maman seule avec 2 jeunes enfants de 2530 €/mois", c’est le constat de l’étude "Pauvreté, logement et énergie" réalisé par l’Institut pour un Développement Durable (IDD). Ces deux montants, appelés "budgets de référence" permettent, selon l’étude toujours, d’estimer le revenu minimum dont une famille "a besoin pour pouvoir participer pleinement à la société".

Définir un budget minimum pour vivre dignement, c’est d’abord et avant tout un choix politique, un choix de société.

Le but de cette étude est de solliciter le débat. Philippe Defeyt, économiste à l’Institut pour un développement durable (IDD) explique que "définir un budget minimum pour vivre dignement, c’est d’abord et avant tout un choix politique, un choix de société." Cela peut sembler arbitraire, mais pas plus que le calcul du seuil de pauvreté, par exemple, estime l’économiste. Rappelons que celui-ci est égal à 60% du revenu net médian. En Belgique, ce seuil est de 1287 euros pour une personne isolée.

Comment est calculé le "budget de référence"

Pour calculer le "budget de référence" l’étude a analysé notamment les loyers (namurois), la consommation d’énergie, les dépenses alimentaires (inspiré de l’enquête sur le budget des ménages), les assurances, l’eau, les produits d’entretien et d’hygiène, etc. L’auteur de l’étude est conscient que d’autres personnes auraient pu le calculer d’une autre façon mais au moins, dit-il, "on a un débat sur ce qu’une personne à petit revenu à droit pour vivre à peu près correctement". Il cite par exemple dans son analyse un budget d’une dizaine d’euros consacrés à des activités culturelles et de loisirs.

Notons encore que l’étude prend en exemple deux types de situation pour réaliser les "budgets de référence" : un adulte vivant seul et une maman solo avec deux jeunes enfants.

Des situations différentes, des budgets différents

Les budgets de référence peuvent évidemment varier selon les situations. Le ménage ou la personne isolée doivent-ils payer un logement privé ou social ? Le tarif social est-il appliqué pour l’électricité et le gaz/mazout ?

Dans le tableau ci-dessous, on constate très vite que le budget nécessaire n’est pas le même pour une maman avec ses deux enfants qui vivent dans un loyer social avec un tarif social pour l’électricité et le gaz et une autre maman avec ses deux enfants dans un loyer privé qui ne bénéficie pas du tarif social pour l’électricité et pour le gaz ; une situation que l’on pouvait rencontrer avant 2021. La différence est de 710 euros. Dans le cas d’une personne isolée, la différence est de 550 euros. Or, précise l’étude, "ces deux situations étaient considérées de la même manière dans l’approche européenne du taux de pauvreté" (seuil de pauvreté).

Vladislav Bondar

Seuil de pauvreté et revenu d’intégration VS budget de référence

Toujours en tenant compte des hypothèses de calcul retenues par l’étude, d’autres constats apparaissent. Par exemple, les budgets de référence sont supérieurs au seuil de pauvreté pour les ménages locataires dans le secteur privé. Ce qui n’est pas le cas lorsque ceux-ci sont locataires d’un logement social. Le budget de référence dans ce cas-là est même très proche du revenu d’intégration sociale, c'est-à-dire l'aide financière accordée par les centres publics d’action sociale (CPAS).

Vladislav Bondar

Pour Philippe Defeyt, il y a deux conclusions à tirer de cette étude. Primo, dans tous les cas, le budget de référence est supérieur au revenu d’intégration, mais aussi supérieur au seuil de pauvreté utilisé aujourd’hui en Belgique. Par contre, pour les personnes qui ont la chance de bénéficier d’un logement social "en gros, avec un revenu d’intégration, ils peuvent s’en sortir". Le logement social leur permet, en effet, de faire des économies. On ne peut donc pas traiter des personnes dans des situations différentes (logement privé et social, par exemple) de la même manière avec un revenu d’intégration qui est pourtant le même.

"On pense qu’on est égal parce qu’on donne le même revenu d’intégration, mais on est très inégal en termes de niveau de vie parce qu’un des deux ménages à la chance de bénéficier d’un logement social" précise Philippe Defeyt, qui insiste également sur le fait que sa proposition n’est pas de diminuer le revenu d’intégration pour ceux qui bénéficient d’un logement social.

L'avantage de ce calcul d’un budget de référence, selon Philippe Defeyt, est que cela oblige à réfléchir aux conditions réelles de vie et cela met également en évidence les inégalités pour les plus petits revenus.

Sur le même sujet

Lutte contre la pauvreté : les réseaux s’alarment de la paupérisation "sans précédent" de la population

Belgique

Les chiffres sur la pauvreté sont trop vieux et empêchent de prendre des mesures adéquates

Belgique

Articles recommandés pour vous