Belgique

L’opération Cimetière : donner une identité à des corps non identifiés inhumés en Belgique

La Cellule personnes disparues de la Police judiciaire fédérale procédait à une exhumation en région brugeoise pour tenter d’identifier un corps et faire le lien avec un dossier de disparition non résolu.

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25 mai 2021 à 16:37 - mise à jour 25 mai 2021 à 16:39Temps de lecture3 min
Par Jean-François Noulet, avec D. Brichard

En Belgique, 759 affaires de disparition ne sont pas encore élucidées. La "Cellule personnes disparues" de la Police fédérale estime qu’une piste importante est celle des 250 corps non identifiés inhumés dans les cimetières de l’ensemble de la Belgique. L'"Opération Cimetière" a pour objectif de cartographier ces corps, de tenter de les identifier grâce à des échantillons d’ADN et de les relier à des personnes disparues.

Cette opération a reçu un coup de projecteur en ce 25 mai, journée internationale des enfants disparus. Le vice-Premier ministre, ministre de la Justice, Vincent Van Quickenborne (Open-Vld) a suivi le travail de la "Cellule personnes disparues" au cimetière d’Assebroek, près de Bruges.

En général, dans 97% des cas, les disparitions sont élucidées.

Depuis 1995, la "Cellule personnes disparues" de la Police judiciaire fédérale est à l’œuvre pour tenter d’identifier des corps ou des restes humains découverts ou encore pour retrouver une identité à des personnes amnésiques. Depuis sa création, la cellule a déjà résolu 97% des 29.368 dossiers de disparition traités. 18 personnes composent cette cellule, 9 hommes et 9 femmes.

Sur les 29.368 dossiers de disparition inquiétante traités, 28.609 ont été résolus. Dans 25.177 cas, il s’agissait de personnes encore en vie lorsqu’elles ont été retrouvées.

Rien qu’en 2020, la "Cellule Personnes disparues" a traité 785 disparitions inquiétantes. 745 dossiers ont été clôturés. Dans ces dossiers, 658 personnes étaient encore en vie au moment où elles ont été retrouvées. Dans les autres cas, l’issue était tragique, comme lorsque le corps d’un homme de 21 ans a été retrouvé dans un canal, 4 jours après sa disparition à Vilvoorde, le 1er janvier 2020.

Résoudre des "cold cases"

Actuellement, 759 personnes font l’objet d’un signalement de disparition inquiétante. Parmi ces cas, certains sont anciens, remontent parfois aux années '80 et restent irrésolus faute d’indices récents.

Afin de trouver de nouveaux indices pour ces affaires non élucidées, la "Cellule personnes disparues" a développé le projet "Cimetière". L’objectif est d’exhumer systématiquement les corps ou les restes osseux non identifiés en Belgique, de prélever un échantillon et d’établir un profil ADN. "Par définition, à la Cellule personnes disparues, nous partons du principe que chaque corps non identifié est recherché par quelqu’un. Donc, si nous pouvons donner un nom à un corps, nous résolvons probablement aussi une disparition", explique le Commissaire Alain Remue, chef de la "Cellule personnes disparues".

De 1975 jusqu’à ce jour, 1478 non identifiés ont été enregistrés. Certains ont, entretemps, pu être identifiés. Il reste 250 cas, repérés par la "Cellule personnes disparues", pour lesquels ce travail d’identification n’a pu encore être fait. Selon la Cellule Personnes disparues, il s’agit des corps de 134 hommes, 28 femmes et 88 cas dont le sexe n’est pas encore connu.

Alimenter la banque de données ADN

L’objectif est de procéder à l’exhumation systématique de ces corps et de prélever des échantillons d’ADN. "Une de nos missions est d’aller répertorier ces cimetières où on a une de ces situations et après, d’aller petit à petit alimenter la banque de données ADN pour faire un lien entre des dossiers de disparition non résolus et des personnes non identifiées", explique le Commissaire David Rimaux, de la "Cellule personnes disparues".

Le profil génétique est ensuite introduit dans la base de données ADN des personnes disparues de l’Institut national de criminalistique et de criminologie (INCC) pour être comparé à l’ADN présent dans tous les dossiers de personnes disparues encore ouverts.

Rien qu’à Bruges, où la "Cellule personnes disparues" était à l’œuvre ce mardi, 33 corps non identifiés sont inhumés et attendent le travail d’identification des experts.

Le mystère de la disparition de l’épouse du patron des hôtels Van der Valk résolu

Parmi les cas de disparition résolus par la "Cellule personnes disparues" après avoir procédé à l’exhumation d’un corps d’une personne inconnue, il y a celui d’une ressortissante néerlandaise, disparue en 2001. Cette personne s’était jetée sous un train en région namuroise, mais au moment des faits, il n’avait pas été possible de l’identifier. A l’époque, les papiers retrouvés sur elle avaient dirigé l’enquête vers la France, sans succès. Et pour cause, c’est vers le nord de la Belgique et les Pays-Bas que l’enquête aurait dû se tourner pour aboutir. C’est en 2018 que la "Cellule personnes disparues" a trouvé la solution de l’énigme. "Il y a quelques années, au cimetière de Lustin, reposait une personne qui s’était suicidée sous un train. L’ADN a parlé. On a pu faire un lien entre cette personne qui s’était suicidée et qu’on n’avait jamais identifiée et la disparition de Mme Van der Valk, très connue, puisque c’était la femme du patron des hôtels Van der Valk", explique le Commissaire David Rimaux, de la "Cellule personnes disparues". Dix-sept ans après les faits, l’énigme de la disparition de Corrie Van der Valk était élucidée. Et dire que Nico Van der Valk, le mari de la défunte avait été incarcéré car on le soupçonnait d’avoir tué sa femme. Il n’en était rien.

JT du 25/05/2021 - Service d'identification : un travail utile

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