L'oreille d'abord

"L’Oreille d’abord" nous emmène dans les pas de Richard Strauss à Montreux

Pour la deuxième année consécutive, chaque week-end de l’été nous vous proposons une émission de nos collègues de la Radio – télévision Suisse. Il s’agit de L’Oreille d’abord, une série signée Catherine Buser. Nous avons sélectionné pour vous 9 épisodes qui vous porteront aux quatre coins du monde : du côté de la vieille Europe nous parcourrons successivement l’île grecque de Cythère, la lande bretonne ou encore la capitale du Danemark. Nous ferons aussi un tour de l’autre côté de la Manche chez nos voisins anglais sans oublier de rendre visite à leurs alliés américains en en profitant pour faire un crochet par le Mexique !

Pour ce voyage auditif laissez au placard matériel de randonnée, gourde, carte routière ou guide touristique. À l’heure où la planète brûle, nous vous proposons le tourisme le plus écologique qui soit : pas besoin de voiture ou d’avion pour quitter le plat pays, juste les oreilles et l’imaginaire…

Richard Strauss à Bern en 1947
Richard Strauss à Bern en 1947 Gamma-Keystone via Getty Images – Keystone-France

Si d’aventure vous vous baladez à Montreux (en Suisse, ndlr), dirigez-vous vers le parc Vernerx, à deux pas du Montreux Palace. En lisière du parterre fleuri qui borde en contrebas l’auditorium Stravinsky, vous tomberez nez à nez avec le buste de Richard Strauss. C’est un bronze du sculpteur romand Bernard Bavaud qui a été inauguré en mai 2013. La perle du Léman accueille ainsi dans son parc de sculptures une des personnalités qui a marqué la ville de son génie. En effet Richard Strauss a vécu pendant deux ans à Montreux, de septembre 1947 à mai 1949. Il occupait deux chambres dans l’aile ouest du Montreux Palace. La vue somptueuse sur les rives du lac face aux Alpes lui a inspiré plusieurs partitions d’une beauté à couper le souffle. Ces œuvres sont souvent considérées comme son chant du cygne.

À l’automne 1947, Richard Strauss et sa femme Pauline posent leurs valises au Palace de Montreux. Cela fait deux ans qu’ils ont quitté l’Allemagne dévastée et qu’ils voyagent de ville en ville, d’hôtel en hôtel, à la recherche d’un havre de paix et de tranquillité. La vie en Allemagne leur est devenue impossible. Depuis que la guerre est finie, le compositeur craint de devenir la cible du tribunal antinazi. Les fonctions qu’il a occupé sous le régime d’Hitler font de lui un coupable idéal. S’il reste dans son pays, il devra se soumettre à d’innombrables interrogatoires et risque de devenir persona non grata. Strauss se sent trop âgé pour affronter ces épreuves et ne veut pas revivre les vexations qu’il a connu avant la guerre. Au crépuscule de sa carrière, il aspire à la tranquillité et au calme. Très vite, il réalise que la Suisse lui offre cet espace de liberté et ce havre de paix qu’il recherche avidement, d’autant plus que ce petit pays connaît une belle ascension culturelle grâce notamment à la présence de nombreux collègues allemands – musiciens, chanteurs, chefs d’orchestre, acteurs, metteurs en scène – qui s’y sont installés. Strauss connaît bien la Suisse pour y avoir séjourné régulièrement, tant pour des cures thermales que pour son activité de chef d’orchestre. Aussi, lorsque le 11 octobre 1945 il peut enfin quitter l’Allemagne, c’est tout naturellement vers la Suisse qu’il décide de s’exiler.

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