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L’OTAN n’a pas fourni des ordinateurs à un groupe d’extrême droite ukrainien

L’OTAN n’a pas fourni des ordinateurs à un groupe d’extrême droite ukrainien
11 mars 2022 à 16:35 - mise à jour 12 mars 2022 à 11:304 min
Par Hugo Payen

Des photos d’ordinateurs supposément offerts par l’OTAN à un groupe d’ultranationalistes ukrainiens, circulent sur internet et sont relayées plusieurs milliers de fois sur les réseaux sociaux, dont Twitter. Ce don supposé de matériel informatique de l’OTAN au parti politique nationaliste ukrainien "Secteur droit" fait également l’objet d’un article sur le site du média russe Sputnik. Pourtant, aucun élément ne permet d’établir que ces ordinateurs ont pu être cédés par l’OTAN à ce parti.

Récemment, des photos partagées sur Twitter par un compte se définissant comme "première source d’informations militaires", ont été massivement relayées par des internautes francophones, ainsi qu’anglophones. Ces images sont accompagnées de commentaires affirmant que l’OTAN aurait offert du matériel informatique à un groupe d’ultranationaliste ukrainien.

Du côté francophone, c’est notamment le conférencier Idriss Aberkane qui relaye ces images sur Twitter. En commentaire, il indique : "La Russie vient de saisir de l’équipement de l’OTAN encore étiqueté au siège du parti néonazi 'secteur droit'". Le tweet a, lui aussi, été relayé près de 2000 fois.

Capture d’écran Twitter

Qui est Idriss Aberkane ?

Essayiste et conférencier français, Idriss Aberkane rassemble 188.000 abonnés sur Twitter, et plus de 500.000 sur Youtube. L’homme qui affiche ouvertement ses trois doctorats est "devenu l’un des porte-voix en vogue des antivax et plus généralement, un relais des thèses complotistes en lien avec le Covid-19", selon nos confrères de L’Express qui ont enquêté sur sa personnalité et ses publications sur les différents réseaux sociaux.

Médiatisé pour ses conférences autour du développement personnel, Idriss Aberkane est régulièrement épinglé par de nombreux observateurs pour les fausses informations qu’il propage sur ses réseaux (ici, ici, ou ). Globalement, ces différentes publications à son sujet se rejoignent pour indiquer qu’Idriss Aberkane se "distingue par la propagation de fausses informations".

Un problème de sources

Si pour Idriss Aberkane, le compte ASB News / MILITARY est "très fiable d’habitude", comme il l’indique dans son tweet repris ci-dessus, des questions se posent quant à la fiabilité des informations publiées sur ce compte Twitter, qui rassemble près de 200.000 abonnés.

Peu actif en dehors du réseau social Twitter, le groupe ASB Military News relaye également ses "informations" en continu à plus de 26.000 abonnés sur la plateforme de messagerie cryptée Telegram.

Outre un manque de transparence sur la personne qui se trouve derrière ce compte, les partages de nombreuses photos et vidéos non sourcées, souvent tirées du réseau social TikTok – où circule de "vraies et fausses vidéos de la guerre en Ukraine" -, font l’objet de questionnements quant à leur authenticité.

Exemple de publication du groupe ASB News Military sur la messagerie cryptée Telegram.
Exemple de publication du groupe ASB News Military sur la messagerie cryptée Telegram.

Les images d’ordinateurs de l’OTAN supposément retrouvés au sein du quartier général d’un groupe d’ultranationalistes ukrainiens sont publiées avec le logo de l’agence de presse russe "RIA Novosti" en surimpression.

Cette agence de presse, officiellement sous la tutelle du ministère de la presse et de l’information de Russie depuis 1991, a été remplacée en 2014 par Rossia Segodnia. Cet organisme de communication officiel de la Russie à l’international qui a été créé par un décret du président Vladimir Poutine possède également l’agence de presse russe Sputnik. Ce média russe est, par ailleurs dirigé, par une proche du président russe, qui l’a directement nommée.

Des éléments incohérents

Concernant les photos qui circulent et les commentaires indiquant qu’il s’agirait de matériel appartenant à l’OTAN et cédé à "Secteur droit", d’autres éléments permettent de déterminer que ces affirmations sont infondées.

Une enquête de Lead Stories, un média états-unien spécialisé dans le fact checking, met en évidence plusieurs éléments :

  • L’ordinateur dont il est question sur ces images diffusées, et relayées par le groupe ASB Military News, est recouvert de plusieurs autocollants "NATO" (acronyme anglophone de l’OTAN). Mais rien n’indique que ces ordinateurs ont été donnés au groupe politique ukrainien.

L’OTAN explique d’ailleurs lors d’un échange avec le journaliste de Lead Stories que : "les résultats indiquent que cet ordinateur a été vendu dans un magasin de surplus militaire selon les procédures classiques, il y a plusieurs années. Aucun document classifié ne se trouvait sur cet ordinateur lors de sa vente".

Une affirmation confirmée sur Twitter par David van Weel, secrétaire général adjoint pour les défis de sécurité émergents à l’OTAN.

Dans ce tweet, il confirme : "Non, l’OTAN ne travaille pas sur des ordinateurs portables d’il y a 15 ans. Si c’était le cas, nous serions tout aussi mal informés que vous dans cette guerre de la Russie contre l’Ukraine et de ses citoyens innocents."

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Un élément de plus dans la propagande russe autour de la "dénazification" de l’Ukraine

Depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, les deux camps utilisent différentes formes de désinformation, dans le but de décrédibiliser l’adversaire.

L’utilisation de l’extrême droite ukrainienne dans les discours de propagande russe - ici avec le parti ultranationaliste, Secteur Droit, dont "les idées défendues […] se rapportent à l’indépendance de la nation ukrainienne vis-à-vis de la Russie", fait l’objet de nombreux décryptages et analyses factuelles.

La rédaction de Faky a, par exemple, enquêté sur le "Régiment Azov", ce groupe militaire ultranationaliste ukrainien dont la "réalité est […] instrumentalisée par le discours de propagande du Kremlin, qui vise à justifier l’invasion militaire en Ukraine".

Concernant le don supposé de matériel informatique par l’OTAN à un parti politique ukrainien, plusieurs éléments factuels permettent de soutenir le caractère infondé de ces affirmations partagées par le groupe ASB News Military. Un groupe dont le compte Twitter a été suspendu par le réseau pour "violation des règles en rigueur".

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