Vuelta - Cyclisme

L’ouragan Remco Evenepoel a tout emporté

Remco Evenepoel lors de la 6e étape de la Vuelta.

© AFP or licensors

Et dire que ce matin, nous écrivions encore que Remco Evenepoel restait intelligemment en retrait sur cette Vuelta pour ne pas commettre les mêmes péchés de jeunesse que dans le passé. Comme s’il nous avait lus ou s’il voulait faire taire ses derniers rares détracteurs, le Belge a envoyé valser sa prétendue frilosité pour redevenir l’insatiable attaquant qu’on connaît. Celui qui roule à l’instinct et qui, l’espace d’une ascension, s’est envolé vers ce maillot rouge dont il rêvait.

"Alaphilippe va s’écarter, Alaphilippe va s’écarter ! Que va faire Remco Evenepoel ?" A une petite dizaine de kilomètres du sommet du Pico Jano, c’est l’effervescence dans la cabine des commentateurs français. Au four et au moulin depuis l’entame de la journée, la formation Quick-Step Alpha Vinyl vient de brûler l’une de ses dernières cartouches en faisant rouler son champion du monde.

Alaphilippe garé et plus d’aucune utilité, Evenepoel se retrouve donc méchamment esseulé. Une volonté d’écrémage voulue mais qui le place dans une situation risquée. En cas d’attaque d’un adversaire, il devra se débrouiller seul. A moins de dix bornes de l’arrivée, Remco prend donc les commandes du peloton. Ou de ce qu’il en reste puisque derrière, tout le monde grimace.

"Evenepoel se met à rouler. Va-t-il attaquer ?" hurlent les commentateurs à l’unisson. Bizarrement, l’attaque se fait attendre. Remco n’est pas pressé. Il se contente d’imprimer un rythme régulier. L’objectif est clair : ne pas se mettre dans le rouge et user ses adversaires à la pédale.

Mètre après mètre, Remco, visage fermé, guibolles en feu, hausse le rythme. Au train, toujours sans vraie accélération. Derrière, les organismes les moins fringants s’agitent, se mettent en danseuse, grimacent. Le Remco-Show a débuté.

Constatant les difficultés des Roglic, Carapaz ou Hindley derrière lui, Remco, intenable, remet une couche. Comme si la souffrance de ses adversaires lui permettait de se transcender. Yates, Carapaz et O’Connor sont les premiers gros poissons à lâcher. Roglic les imite quelques hectomètres plus tard.

Sur les pourcentages les plus escarpés de l’ascension, Remco insiste avec désormais, seul le solide Enric Mas dans sa roue. L’ouragan à deux têtes se lance à la poursuite de Jay Vine, le dernier mohican à lui tenir tête.

"Un rêve qui devient réalité" : Remco, pour la 1e fois au sommet d’un Grand Tour

Sous le brouillard de plus en plus épais, rendant le finish encore plus dantesque, le mano à mano se poursuit. Mètre après mètre. Mais Vine tient bon, malgré une dernière accélération d’Evenepoel.

Au bout du suspense, l’Australien dompte le sommet du Pico Jano d’une main de maître. 15 secondes plus tard, Evenepoel franchit la ligne à son tour. Fermé quelques minutes plus tôt, le visage est désormais grognon. Il s’en veut sans doute d’avoir raté la victoire d’étape de si peu. Ambition dévorante d’un éternel perfectionniste.

Mais le sourire, Remco le retrouve finalement quelques minutes plus tard. Quand, il constate qu’il a flanqué une minute dans la musette de ses adversaires médusés. Quand il voit que Roglic, Yates et consorts ne franchissent la ligne qu’1m22 après lui. Et quand il s’aperçoit que le maillot rouge Rudy Molard, lessivé par les efforts fournis, boucle l’étape avec 5'06" de retard et lui offre la tunique de leader.

A 22 ans, la tornade Evenepoel s’installe donc pour la 1e fois au sommet d’un Grand Tour. A l’interview c’est l’euphorie qui prédomine évidemment : "C’est un rêve qui devient réalité. Merci à l’équipe qui a fait un super boulot. On a tellement travaillé pour en arriver là. C’est très grand ce qu’on a fait aujourd’hui, c’est l’une des plus belles choses que j’ai faite sur un vélo !" analyse-t-il, un énorme sourire aux lèvres.

Alors que les plus grandes victoires lui étaient promises depuis des années, Remco signe donc un nouvel exploit. Déjà celui d’une maturité acquise au fil des (rares) échecs ? L’avenir le dira. Reste désormais à tenir le rythme. La Vuelta est encore longue. Et l’exploit du Pico Jano sera encore plus beau… s’il n’est pas sans lendemain.

Sur le même sujet : Extarit JT (25/08/2022)

6e étape : Bilbao > Ascensión al Pico Jano. Victoire de Jay Vine. Remco Evenepoel en Rouge

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