Louvain-la-Neuve : la maison d'édition "Read & Rate" veut changer les codes du secteur

David Dupont, premier auteur publié par Read & Rate, entouré des fondateurs de la plate-forme

© S. Vandreck

06 mars 2020 à 10:37 - mise à jour 06 mars 2020 à 10:37Temps de lecture3 min
Par Stéphanie Vandreck

Quand un auteur vient de terminer l’écriture de son roman et souhaite le faire publier, il envoie habituellement son "manuscrit" aux maisons d’édition. Celles-ci valident ou non le texte, après l’avoir soumis à un comité de lecture. David Dupont, auteur d’un premier roman intitulé "Sous influence" en a fait l’expérience. Une expérience qui s’est avérée peu concluante : "J’avais peu d’expérience du milieu du livre. Un peu naïvement, j’ai donc envoyé mon roman à de grosses maisons d’édition françaises. Je n’ai reçu que des retours négatifs, mais je n’ai même pas l’impression qu’on ait pris la peine de tourner les pages de mon bouquin", confie-t-il. Et il n’est pas le seul : "Des auteurs connus comme Stephen King ou J.K. Rowling ont été refusés des dizaines de fois par des maisons d’édition avant d’être publiés, alors que leur franchise vaut aujourd’hui des millions de dollars !", rappelle Benoit Guru, fondateur de la plateforme Read & Rate. "Le processus de sélection reste encore très traditionnel et très subjectif et peu adapté à l’environnement numérique dans lequel nous évoluons aujourd’hui", ajoute-t-il.

Chez nous, 700 personnes jouent le rôle du comité de lecture

Le roman noir de David Dupont sort pourtant en librairie en ce mois de mars. L’auteur est en fait passé par cette plateforme, lancée par d’anciens étudiants de l’UCLouvain. Il est le premier qu’elle publie. Son principe : permettre à tout écrivain en devenir de poster son texte en ligne et le soumettre à une communauté d’internautes qui vont le lire, le commenter, l’évaluer et le valider avant sa publication. "Cela permet de donner sa chance à chaque auteur, remarque Benoit Guru. Chez nous, ce sont en fait quelques 700 personnes qui jouent le rôle du comité de lecture et garantissent l’objectivité de l’avis, puisque ces premiers lecteurs, c’est en fait le marché". Le système s’inspire de plateformes anglo-saxonnes qui ont vu émerger certains auteurs à succès, "mais elles se basent uniquement sur le nombre de likes, nuance-t-il encore. Le problème avec cette approche, c’est que des gens moins populaires, qui traitent de sujets plus de spécifiques, ne seront peut-être pas publiés. Nous voulons innover en donnant à chaque auteur sa chance. Nous cherchons des avis objectifs et poussons nos lecteurs à donner un maximum de commentaires, pas juste un like". Le roman de David a ainsi été passé au crible par les lecteurs. "Et les retours ont été très positifs. Je ne m’attendais pas à une telle émulation. Rapidement les gens ont remarqué le style trash et cru. Mais ils ont été emballés par le contraste entre le côté glacial de l’histoire et les aspects attachants des personnages", confirme-t-il.

Écrire un roman représente déjà un tel investissement personnel que je ne me voyais pas y aller en plus de ma poche.

Pour voir son roman publié, David aurait pu passer par une formule "à compte d’auteur", comme cela se pratique dans certaines petites maisons d’édition. "Certains amis sont passés par là et me l’ont déconseillé, raconte-t-il. Ici, c’est Read & Rate qui prend le risque. Écrire un roman représente déjà un tel investissement personnel que je ne me voyais pas y aller en plus de ma poche". L’impression est financée par les précommandes du livre. Comme une vraie maison d’édition, Read & Rate se charge ensuite de le commercialiser. "On le vend en ligne, mais aussi en librairie. On vient chez le libraire avec de nombreux arguments : on sait quel genre de personne aime le lire, que cela a été vendu à autant d’exemplaires et que ça a été validé par un certain nombre de personnes. On met aussi en avant notre business model innovant", précise Benoit Guru. L’ambition de Read & Rate était au départ de proposer ce modèle aux maisons d’édition déjà établies. Ses représentants iront d’ailleurs démarcher auprès d’elles lors de la Foire du Livre. Faute de réponses jusqu’ici, la plate-forme est donc devenue elle aussi un éditeur. Une vingtaine de romans sont aujourd’hui dans son giron, dans l’espoir de connaître le même sort que "Sous influence". Mais la plate-forme ne compte pas se limiter aux seuls romans : "C’est un modèle adaptable à beaucoup d’industries culturelles, comme celle du cinéma, pour les scénarios de films", suggère Benoit Guru.

 

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