Louvain-la-Neuve : un rassemblement pour réclamer une meilleure prise en charge des victimes d'agression sexuelle

Un rassemblement à l'appel de plusieurs collectifs
07 oct. 2020 à 14:14 - mise à jour 07 oct. 2020 à 14:14Temps de lecture3 min
Par Stéphanie Vandreck

Ils étaient près de 200 ce mercredi rassemblés sur la place de l’Université, à l’initiative de plusieurs collectifs. Et avec un slogan : "stop aux agressions sexuelles sur le campus". Un message adressé prioritairement aux autorités académiques de l’UCLouvain et des hautes écoles, ainsi qu’à la commune d’Ottignies-Louvain-la-Neuve. Une nouvelle agression, dont a été victime une étudiante qui rentrait de soirée fin septembre, a remis feu aux poudres. Les manifestants réclament notamment que les moyens pour prévenir les faits et accueillir les victimes, mis en place par l’UCLouvain, soient mieux connus des étudiants.

Manque de visibilité

Un dispositif baptisé "Together" a été mis en place, déjà suite à une interpellation étudiante il y a deux ans. Il se compose d’une adresse mail via laquelle tout témoin ou victime peut déposer un signalement, d’un réseau de personnes de soutien et d’une cellule d’aide spécialisée, pour aider la victime dans ses démarches. "On a tous été bousculés par le mouvement #metoo. Cela a été une prise de conscience aussi pour l’université de la nécessité d’agir concrètement et d’offrir un service à la hauteur", indique Tania Van Hemelryck, conseillère du recteur pour la politique de genre. Si les associations étudiantes ont applaudi l’initiative, elles déplorent son manque de visibilité. "On a fait un sondage l’an passé auprès de 2500 étudiants, explique Mathilde Amela, cofondatrice du groupe "Thé OK", qui sensibilise le public étudiant au consentement. On leur a demandé s’ils ressentaient un besoin d’information et d’accompagnement sur le consentement et s’ils savaient réellement que faire en cas d’agression. On remarque que plus d’un sur deux demande plus d’information, plus d’accompagnement et plus d’éclaircissement sur les démarches à faire". Même son de cloche sur la toute jeune page Facebook "Louvain-la-Safe". Destinée uniquement aux filles, elle a été lancée après l’agression de fin septembre, pour leur permettre d’organiser des retours de soirée groupés. "Depuis le lancement de la page, je reçois des messages privés de copines qui me racontent ce qu’elles ont vécu, témoigne sa fondatrice, Cloé Machuell. Elles-mêmes ne savaient pas que l’UCLouvain avait une cellule qui pouvait les aider".

Une dizaine de signalements

L’université ne nie pas le problème. Depuis sa création, la cellule "Together" n’a été contactée qu’une dizaine de fois par des victimes d’agression. "Des signalements qui ne sont pas plus élevés que ce que la police peut récolter", relève Tania Van Hemelryck. Cela s’explique par le fait que les victimes de viol sont encore peu nombreuses à porter plainte, comme le rappelle la dernière enquête d’Amnesty International à ce sujet. Mais aussi parce qu’effectivement, l’outil "Together" reste méconnu du public qu’il vise. "Nous devons, en tant qu’institution, nous interroger sur son peu de visibilité, reconnaît encore la conseillère. Une réflexion est menée pour donner l’information de manière plus visuelle et plus directe au public étudiant. Via par exemple un widget ou leur bureau virtuel, qui sont ce qu’ils consultent le plus dans leur vie d’étudiants". Le rôle de l’UCLouvain doit-il aller plus loin face à ce phénomène ? "Notre rôle est aussi de conscientiser le politique, avec l’ensemble des partenaires en Fédération Wallonie-Bruxelles, sur l’urgence d’éduquer de la maternelle à l’université et de manière transversale sur cette question", répond-elle.

On ne veut pas qu’il y ait une psychose à l’idée de sortir à Louvain-la-Neuve

Car la plupart de nos interlocutrices insistent : la plupart des agressions sexuelles se produisent dans la sphère "privée" et sont rarement commises par un inconnu qui surgit au détour d’un coin mal éclairé. "Les rues sont assez insécurisantes, il y a beaucoup de lieux sombres. J’ai des amies qui ont été agressées dans la rue, mais 90% des agressions sexuelles sont commises par des personnes qu’on connaît : des colocataires, des amis d’amis, des gens dans les cercles", nous dit l’initiatrice de "Louvain-la-Safe". Beaucoup de victimes, mises en confiance, ne voient les signaux d’alerte d’une agression potentielle : propos sexistes, proximité physique non désirée, gestes déplacés… "Mais on ne veut pas qu’il y ait une psychose à l’idée de sortir à Louvain-la-Neuve. C’est pour ça qu’il est important de mettre des outils de prévention et d’accompagnement en place et surtout d’unifier toutes les démarches (..) On a la chance d’avoir une cellule de prise en charge à la clinique Saint-Pierre d’Ottignies, la plate-forme Together, un planning familial, un service psychologique… Le problème, c’est que tout est un peu disparate, et quand on est sous le choc d’une agression, c’est parfois difficile de s’y retrouver", souligne encore Mathilde Amela, de Thé Ok.

 

Rassemblement à l'UCL contre les agressions sexuelles: JT du 07/10/2020

UCL: rassemblement contre les agressions sexuelles

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